NETTALI.COM – Les prix de l’huile et du riz ont connu une hausse, ces deux dernières semaines. Cependant, joint au téléphone par “EnQuête’’ hier, le directeur du Commerce intérieur, Ousmane Mbaye, soutient qu’on n’est pas menacé par une tension sur l’huile et annonce l’arrivée de stocks de riz indien.

Le marché sénégalais est marqué, ces derniers jours, par une tension sur le format 20 l de l’huile importée et le riz. Ce qui a entrainé une hausse des prix. Sur l’huile, le litre est vendu, dans certains marchés de Dakar, à 1 300 F CFA, au lieu de 900 F et la bouteille de 33 cl à 350 F au lieu de 300 F. Dans un communiqué transmis à la presse, vendredi dernier, la Direction du commerce intérieur (DCI) a fait savoir que des tensions notées sur les segments de marché de l’huile et du riz non parfumé sont liées à un rétrécissement de l’offre importée de riz d’origine indienne et d’huile de palme en format de 20 l, combiné à une variation de prix. L’autorité en charge de la régulation du commerce intérieur avait indiqué que des mesures sont prises pour un retour à la normale, dans “les prochains jours’’.

Contacté hier par “EnQuête’’ pour le suivi de la situation, le directeur du Commerce intérieur a fait savoir que, depuis deux semaines, ils travaillent sur l’huile à deux niveaux. Le premier, c’est le renforcement de la production au niveau local. En fait, il y a trois sociétés qui fabriquent de l’huile. Il s’agit de la Sonacos qui fait de l’huile d’arachide, d’Oléo Sen qui met sur le marché de l’huile de palme, celle de soja et de tournesol, et Maître Oil qui fait les deux.

D’après Ousmane Mbaye, ces trois sociétés sont en train de travailler “en plein régime’’ pour “contribuer fortement’’ au rétablissement des stocks, pour le format de 20 l sur lequel il y a des difficultés. “De la même manière, nous travaillons avec les importateurs, surtout ceux qui importent de la sous région, à savoir la Côte d’Ivoire, le Ghana. Nous facilitons, également, les sorties au niveau du Port autonome de Dakar, en relation avec la douane et les manutentionnaires, pour accorder la priorité à ces produits-là, pour qu’enfin le marché puisse trouver sa stabilité très rapidement. Mais je tiens à préciser qu’on n’est pas menacé par une tension sur l’huile. Parce que l’huile existe. Les autres formats sont disponibles dans tous les circuits de distribution’’, dit-il.

                                                                            Produits de substitution

Le directeur du Commerce intérieur reconnait que l’instabilité du marché crée des hausses de prix, en cas de tension, notamment pour les formats qui ne sont pas homologués (33 cl). D’ailleurs, souligne-t-il, c’est pourquoi ils ne veulent pas que ces derniers soient les seuls disponibles sur le marché. “Si de telles situations se présentent, c’est la loi de l’offre qui s’exerce. Sur l’huile, le meilleur schéma qui nous permet de retrouver la stabilité, c’est le retour du format de 20 l. Hier, j’ai fait un petit relevé au niveau des marchés. Les gens m’ont dit que cela commence à arriver petit à petit. Nous pensons que cette tendance va se renforcer’’, ajoute M. Mbaye.

Aujourd’hui, si la situation en est arrivée là, c’est parce qu’en fin d’année, l’offre au niveau sous-régional s’est rétractée, explique-t-il. Les importations d’Asie ont également baissé. En plus, il précise que l’huile asiatique est aujourd’hui concurrencée par celle de l’Afrique de l’Ouest. Parce que l’huile de la sous-région ne paie pas de droits de douane, contrairement à celle importée d’Asie.

Selon M. Mbaye, ils ont également travaillé sur les autres produits de substitution, à savoir les huiles de tournesol et de soja ou les autres formats. “Si on ne l’avait pas fait, la situation serait beaucoup plus catastrophique. C’est vrai que sur les produits qui ont des parts de marché assez importantes, s’ils manquent, c’est tellement perçu. Mais ces dix dernières années, c’est la première fois qu’on a eu sur le marché une tension sur les stocks d’huile de format 20 l. Des fois, les gens stockaient l’huile 6 mois dans les entrepôts, parce qu’ils n’arrivaient pas à trouver quelqu’un à qui la vendre’’, confie-t-il. Il convient de noter qu’au niveau national, l’Etat, à travers le ministère de tutelle, avait mis en place des stratégies, depuis 2018, pour la commercialisation de l’huile d’arachide. Cependant, M. Mbaye signale qu’on n’avait pas restreint les importations. “On avait plutôt obligé les importateurs, pour pouvoir importer, d’acheter en partie de l’huile locale, pour une valeur de 10 %. Ce qui était justifié par le fait qu’on avait une offre d’arachide qui ne vendait pas. L’huile de palme étant moins chère, si on ne fait rien, celle d’arachide ne se vendra pas. Mais ce n’est pas cela qui est l’origine de ces tensions notées ces derniers jours sur le format de 20 l’’, affirme-t-il.

                                                             Travailler pour une offre locale suffisante

En ce qui concerne le riz, Ousmane Mbaye explique que la difficulté est liée à la fin des récoltes en Inde. “Aujourd’hui, elle a démarré en Inde et les premières cargaisons sont chargées pour arriver sur le marché sénégalais, au courant février-mars. Nous pensons que c’est cette variété qui nous permettra de rétablir l’offre’’, annonce-t-il.

Sur ce, M. Mbaye admet que le riz local est certes présent, mais le seul hic, c’est qu’il ne peut pas couvrir les besoins du marché. Il sort par petites quantités. S’il était mis sur le marché en grande quantité, le DCI estime que le marché aurait pu se passer des importations pour un moment. “On a toujours besoin du riz importé pour stabiliser l’offre. C’est un prétexte pour dire qu’il faudrait qu’on travaille sur le riz local, pour être à l’abri des aléas du marché mondial. Un jour, c’est la fin des stocks en Inde ou un aléa quelque part et, systématiquement, on le ressent. Or, si on avait que du riz de Richard-Toll, le problème serait moindre. D’où l’intérêt de travailler pour une offre locale suffisante et se passer un peu des importations, et le gouvernement a raison de travailler sur le riz local’’, prône-t-il. Toutefois, Ousmane tient à notifier qu’il “n’y a pas d’augmentation de taxes à l’importation’’. “Elles sont restées les mêmes. C’est juste qu’il y a eu une tension au niveau des fournisseurs. Mais ce n’est pas une mesure que l’Etat a prise qui a eu un impact sur les prix’’, conclut-il.