NETTALI.COM – Sylvain Ndiaye, ancien joueur de l’équipe nationale de football, s’est mué en recruteur. Plusieurs acteurs du ballon rond louent  ses qualités.

Pendant longtemps, très longtemps, Sylvain Ndiaye a parcouru le monde en culotte courte, en quête de sensations fortes. Sur les différents terrains européens qui ont été les théâtres de ses œuvres les plus accomplies, l’ancien international sénégalais a laissé des traces indélébiles. Ses passes lumineuses faisaient chavirer les cœurs et le Sénégal du foot chantait en chœur sa finesse technique, son inspiration. Son sens du jeu. Dès son entrée en équipe nationale, le 30 décembre 2001, en match amical contre l’Algérie, les promesses étaient belles. Au finish, la Tanière a été pour lui une forteresse imprenable, même si son talent faisait l’unanimité.

En sélection comme en club. José Anigo, son entraîneur à l’Olympique de Marseille, se montre élogieux : «Sylvain a fait de bons clubs et a atteint des objectifs qui étaient, pour lui, importants quand il démarrait ce métier (de footballeur). La chose qui est en lui assez frappante, c’est son intelligence. Dans un match, quand il est en situation, il est capable de vite analyser les choses. Il a une intelligence assez impressionnante et très réactive. En plus d’être brillant, Sylvain est très structuré. Ce n’était pas exceptionnel, mais un très bon joueur professionnel.» Seulement, l’ancien international sénégalais, qui a raccroché ses campons après 18 ans de carrière (1993-2011), n’avance plus balle au pied, mais stylo en main. Il n’est plus sous les projecteurs, mais dans l’ombre, pour mieux apprécier le spectacle et en tirer la quintessence. Ce footballeur, un des rares à son époque, à comprendre que faire une passe au bon endroit, au bon moment et au bon partenaire, vaut tout le reste, est devenu dénicheur de pépites. Recruteur pour les Français. «Scout» pour les Anglais. Valence lui a mis le pied à l’étrier, Psg lui a donné une reconnaissance mondiale, Liverpool, champion d’Europe, en a fait son œil en Espagne et au Portugal pour asseoir davantage son hégémonie.

Sylvain Ndiaye et les ficèles du métier

Ancien journaliste devenu un agent connu en France, reconnu à travers le monde, Christophe Mongai a managé de main de maître toute la carrière du joueur. Il n’est pas surpris par sa reconversion. «Sylvain a l’œil et le feeling pour identifier les futurs cracks. Je suis persuadé qu’il fait son travail dans les meilleures conditions de respect pour son employeur, parce que c’est quelqu’un de consciencieux. Je suis persuadé qu’il fera de grandes choses.» Dans ce métier, le statut d’ancien joueur n’est pas une garantie de réussite, il faut maîtriser les codes pour y exceller. José Anigo l’a très tôt compris. L’ancien défenseur central de l’Olympique de Marseille, devenu directeur sportif de l’Om (2005-2006), a démontré à plusieurs reprises son sens de l’observation. Son flair. Les recrutements, en 2005-2006, de Franck Ribéry, Mamadou Niang, Mathieu Valbuena, Steve Mandana, ont contribué au titre de champion de France décroché par le club phocéen en 2010. Preuve que José Anigo connait les ficèles du métier. «Il faut avoir l’œil, le feeling, faire les choses sans écouter les uns ou les autres. Avoir la faculté de faire sa propre analyse et anticiper sur l’avenir d’un joueur : c’est-à-dire l’analyse du lieu où il doit se trouver. Le contexte. La personnalité du joueur est importante aussi. Quand vous avez tout cela, c’est vous qui allez être le déclencheur : quand on s’engage pour un joueur, il faut y croire à 100%. Il ne faut pas le faire pour les autres, mais parce qu’on y croit vraiment soi-même.»

«C’est quelqu’un de très structuré»

Alors question : Sylvain Ndiaye a-t-il vraiment le profil de l’emploi ? Agent de joueurs sénégalais ayant bâti sa légende avec Didier Drogba, trois fois vainqueur du Ballon d’Or africain et champion d’Europe, Thierno Seydi répond par l’affirmative : «C’est un garçon qui a l’œil, qui est posé et a des propos très rassurants». Pas que. Son profil de recruteur est aussi large que la palette technique du footballeur qu’il fut. José Anigo, qui l’a vu dans ses nouveaux habits, en est resté baba. «Je l’ai croisé il y a quelques années, il travaillait pour Valence en Espagne. A l’époque, je travaillais encore pour Marseille. On voyait beaucoup de joueurs ensemble. Je savais qu’il allait trouver sa place dans ce métier. C’est quelqu’un de très structuré. Qui s’engage, prend des responsabilités. Ce n’est pas quelqu’un qui va faire les choses à moitié. C’est quelqu’un qui s’engage et c’est essentiel dans ce métier. Je pense qu’on le trouvera certainement un jour dans un autre club, avec d’autres responsabilités, parce qu’il peut travailler à des postes beaucoup plus valorisants encore.»

Pour mieux appréhender l’avenir, Amara Traoré apprécie le présent. L’ancien sélectionneur trouve que le costume de son ex-coéquipier lui va parfaitement. «Un recruteur, c’est presque un espion. Par sa manière de vivre, sa façon de parler et d’être, Sylvain est un espion. Au sens positif du terme Dans un groupe, il est là sans être là. Il a du caractère, de la personnalité, de la dignité, tout en restant effacé. Un bon recruteur doit être invisible pour être là avant les autres. Mieux, poursuit Amara Traoré, même en tant que joueur, Sylvain avait déjà le flair du recruteur. «C’est un gars posé, réfléchi, qui prend toujours du recul. Il perçoit bien les choses et le football en particulier. Un garçon très tactique, qui a su faire des bons choix. Il avait le sens du jeu à la Guardiola. Un joueur qui se moule dans le groupe avec humilité, de façon effacée. Ce sont les caractéristiques d’un bon recruteur. C’est quelqu’un qui est capable de déceler un talent, parce qu’il est patient, toujours dans le questionnement.»

A cela, Christophe Mongai ajoute une kyrielle de qualités humaines. «Sylvain est une personne intelligente, calme et réfléchie, qui a le sens des valeurs et n’oublie pas d’où il vient, qui il a été. Et ce sont des choses vraiment importantes. Il a la tête sur les épaules. C’est une personne toujours bienveillante, amicale et dévouée. Je peux dire que j’ai eu la chance, l’honneur et le privilège de le diriger durant toute sa carrière et que j’ai rencontré peu d’hommes comme lui.»

Avec L’Observateur