NETTALI.COM – Dans cette affaire de hausse du prix de l’électricité qui tient l’opinion en haleine, Moustapha Diop, coordonnateur de Walf TV a, dans une tribune à l’émission « petit déj » du vendredi 20 décembre sur Walf TV, conseillé avec sa pertinence et son souci d’équilibre habituels, de «ne pas se tromper de combat ».

Il faisait référence aux critiques dont ont fait l’objet le ministre de l’Energie Mouhamadou Makhtar Cissé, ex-DG de Senelec et l’actuel directeur général Papa Mademba Bitèye. « Le combat n’est pas un problème de personne. Ces temps-ci vous avez entendu toutes ces sorties contre le ministre Makhtar Cissé. Les gens font aujourd’hui comme s’il n’avait rien fait à la Senelec, alors qu’on l’a encensé plusieurs mois durant. De même que l’actuel DG de Senelec Pape Mademba Bitèye qu’on a considéré à son arrivée à la tête de la société comme un bon connaisseur de la Senelec, alors qu’on le traite aujourd’hui de tous les noms », dit-il. Tout au plus, pense M. Diop, « Senelec n’a aucun problème au regard des informations recueillies lors de mes discussions et recoupements auprès de sources externes et internes et même de personnes qui n’y travaillent plus ».

Une manière pour le journaliste de s’insurger contre le débat orienté dans un mauvais sens, surtout qu’il requiert, d’un point de vue strictement professionnel, un meilleur traitement que celui accordé. Et il semble pourtant que le développement du pays soit fortement dépendant de la question de l’énergie. Le pouvoir d’achat des Sénégalais qui font face à des hausses de prix de denrées que leurs maigres bourses peinent à supporter, est tout aussi en jeu.

Mais au regard de la frénésie de l’information sur le sujet électricité, comment imaginer que cette avalanche de critiques si subites, soit fortuite ? Ces assauts constatés ne peuvent qu’être planifiés et coordonnés puisqu’ils ont en commun d’avoir tous, les mêmes idées forces. « Il nous a vendu des performances et voilà qu’on augmente le prix de l’électricité » ; « il nous a vendu une production excédentaire au point de vendre l’électricité et voilà qu’on augmente le prix de l’électricité ». Les mêmes phrases étaient reprises par quelques médias de la place, même si on peut par ailleurs admettre que certains journalistes qui se sont faits l’écho de ce qu’on pourrait voir comme une cabale, ont pêché plutôt par manque de maîtrise de la question de l’électricité, celle-ci étant rattachée à deux domaines éminemment techniques, l’électricité et les finances avec bien sûr une question économique en toile de fond. C’est connu que les journalistes sénégalais s’éclatent mieux en politique et en sport.

L’on a par la suite noté une jonction d’articles de la presse quotidienne et pas des moindres ; de radios aux commentaires délirants ; de sites internet rivalisant de contributions orientées et surtout de commentaires d’une rare violence dans les réseaux sociaux qui ont fait le reste.

On aura même eu droit à des chroniques et opinion de Madiambal Diagne ; à un passage à une émission télévisuelle où le journaliste a semblé jouer les prolongations. C’est vrai qu’à chaque fois qu’il est question de sujets à enjeux, il est toujours présent. L’on se rappelle de sa récente sortie contre Mayena Jones lorsqu’il s’est agi de démonter le reportage de BBC Afrique dans l’affaire Petrotim. Dans ce cas-ci, Il a en tout cas livré une de ses diatribes dont lui seul a le secret. Chose étonnante, le journaliste encensait, il n y a guère longtemps celui qu’il critique aujourd’hui. En effet dans une tribune du lundi 13 mars 2017, intitulée « Les bonnes notes de Makhtar Cissé » il disait ceci : « Il reste que les succès probants (de SENELEC) sont dus pour beaucoup à un management et un contexte favorable. Le nouveau directeur général (Makhtar Cissé) a eu l’intelligence de mobiliser les cadres et autres travailleurs dans un projet motivant, a su stimuler leur orgueil et faire naître une flamme pour atteindre le succès. Il n’était pas arrivé dans la boîte avec de nouveaux personnels, mais a su utiliser les ressources humaines trouvées sur place pour leur faire accomplir ce qu’elles n’avaient jamais pu faire auparavant ». Qu’est ce qui a bien pu changer entre temps ?

Il y a eu aussi ces commentaires passionnés sur une certaine radio et qui étaient plus de l’ordre de l’opinion que du commentaire journalistique. Nos chers confrères aiment bien utiliser ce grand principe selon lequel « les faits sont sacrés et le commentaire est libre ». Commentaire ne voulant point dire opinion déconnectée des faits dans le cas qui nous concerne car le journaliste doit être différent de l’homme de la rue dans l’approche des actes de son métier.

Que penser de la confusion entretenue au sujet d’une production excédentaire qui permettrait de vendre de l’électricité alors que dans le même temps, l’on a augmenté le prix de l’électricité ? Ce que ces détracteurs ignorent, c’est qu’aujourd’hui la demande maximale en 2019 se situe autour de 700 mégawatts alors que Senelec dispose de près de 1.200 MW de capacité. Relevons juste qu’aucun pays au monde ne produit juste ce dont il a besoin. Il y a en effet un besoin en réserve de sécurité pour palier d’éventuelles pannes ou de maintenance des machines, ou d’un besoin qui augmente de manière circonstancielle, L’essentiel est d’arriver à équilibrer de manière à ne tomber en dessous des 700 mégawatts dont la Senelec a besoin. De même, l’on peut se demander où réside le problème de vendre une partie de son excédent au Mali ou à la Gambie plutôt que de perdre cette partie de la production qu’on utilise pas sur le moment ? Il arrive pourtant au Sénégal d’acheter à la Mauritanie, une partie de son quota sur l’énergie hydro-électrique du barrage, moins chère et excédentaire pour ce pays. La Côte d’Ivoire vend au Mali et à la Sierra Leone et achète au Ghana. Et pour prendre l’exemple du Maroc, la moitié de la production est importée le soir d’Espagne et d’Algérie.

Autres prises de position brandies, c’est la question du mix-énergétique sur laquelle beaucoup s’excitent en se demandant le pourquoi de l’absence de recours à l’énergie solaire et plus globalement au mix-énergétique dans un pays aussi ensoleillé que le Sénégal. Dans ce cas aussi la politique du mix existe mais elle reste limitée du fait de l’injection d’énergies renouvelables (22% de l’ensemble aujourd’hui – combinaison avec l’énergie thermique basée sur le fuel), selon un rapport qui a été publié. A cause de l’intermittence, l’on est obligé de consommer l’énergie produite en temps réel puisque comme indiqué précédemment, on ne peut pas la stocker du fait d’un stockage qui demeure excessif en raison des récents progrès de la recherche dans ce domaine. En effet l’énergie renouvelable ne peut pas être utilisée massivement au Sénégal car c’est le soir que l’on consomme plus d’énergie. A titre d’exemple, à Dakar, on consomme 300 mégawatts le jour et de 19h à 23h, la consommation passe entre 400 ou 450 avant de commencer à baisser à partir de minuit. Etant donné que le soleil se couche à 18h ou 19H. C’est quand on en a le plus besoin qu’on perd l’énergie solaire. Le stockage étant trop cher. Ce qui n’est pas le cas en Europe, où ils consomment beaucoup plus en journée que nous, étant un continent industrialisé.

Sur le problème de Senelec en tout cas, le journaliste Moustapha Diop a donné l’explication suivante : « Ce dont il est question, un imam l’a expliqué l’autre jour. L’Etat du Sénégal versait une subvention à Senelec (…) Par exemple dans le domaine de la santé, si on devait appliquer la vérité des prix, personne ne pourrait se soigner au Sénégal. (…) Dans le cas de Senelec, c’est à peu près cela. On nous avait dit que la Senelec a un problème de 12 milliards et l’Etat a mis 10 milliards. Si j’écoute bien les explications, on veut faire payer 2 milliards aux consommateurs . Il faut juste qu’on sache jusqu’à quand, on va faire payer 2 milliards… »

Le problème pour le journaliste réside dès lors dans la trésorerie exsangue de l’Etat :  « Ce qu’on note, c’est que l’Etat du Sénégal a investi dans un Ter qui coûte des milliards et des milliards, et jusqu’à présent, ce train n’arrive pas à rouler. En plus de cela, on a investi dans un BRT, un bus qui doit quitter Guédiawaye pour Dakar, ce qui constitue des investissements lourds encore. Il y a en outre ces nombreuses institutions dont chacune a son budget. Il savait bien qu’on allait vers ces augmentations de prix alors qu’il leur avait promis une vie meilleure avant son élection en 2019. Pourquoi n’a-t-il pas continué dans ces subventions, en disant que s’il y a une denrée qui coûte 50 F, vous payez 40 et l’Etat 10 F. Il y a aujourd’hui des institutions budgétivores telles que le Haut Conseil des collectivités territoriales, le Haut Conseil du Dialogue social, les 150 députés à L’Assemblée nationale et le Conseil économique social et environnemental où on paie des salaires du carburant, on achète des voitures ».

« Au lieu de nous concentrer sur la Senelec, j’ai entendu dire l’autre jour que Macky Sall en veut au ministre Makhtar Cissé et au DG de Senelec, il devrait en vouloir à lui-même. Ce n’est ni Makhtar Cissé, ni le DG de Senelec (…) Il ne faut donc pas se tromper de combat. », a conclu Moustapha Diop.

Une conclusion qui ressemble à plusieurs égards à une invitation à ne pas tomber dans une sorte d’hystérie collective au point que certains journalistes rivalisant de commentaires des plus acerbes, d’en arriver à dénier aux agents de Senelec, le droit d’avoir des avantages et à la société d’électricité de continuer à bénéficier de subventions. La presse ne bénéficie-t-elle pas d’une subvention, dénommée « aide à la presse » ?

En tout cas le risque encouru aujourd’hui, est de chahuter la Senelec au point de retourner à l’époque des délestages de 2011. Les coupures sont devenues rares et durent désormais peu de temps.  Aïda Mbodji à « Jury du Dimanche » d’I-Radio » de ce dimanche 22 décembre, fait bien de relever un fait important : « au lieu de prendre ses responsabilités, l’Etat est en train de se décharger sur les Sénégalais. L’Etat doit payer ses dettes pour permettre à la Senelec de donner un service de qualité », soulignant au passage que « c’est le Président Macky Sall qui a Makhtar Cissé fait de un ministre en guise de récompense pour le travail effectué à la tête de la direction de la Senelec. Donc, si Macky le nomme ministre, c’est parce qu’il a posé des actions à la Senelec ». Sauf que Makhtar Cissé a déjà été ministre du budget puis directeur de cabinet. Quand il se rendait à la Senelec, « Le Témoin » parlait de mission commando, car à l’époque, personne n’osait y aller. Avant on disait qu’il n y avait pas de courant, aujourd’hui, on dit qu’il y en a mais c’est cher. Ce qui n’est pas faux. C’est même plus que vrai.