NETTALI. COM- Pratiquée par plus de 71% des personnes âgées de 15 ans au Sénégal, la dépigmentation artificielle engendre des coûts énormes pour celles qui la pratiquent. Rien qu’à Pikine, 10 milliards F Cfa sont dépensés annuellement dans les produits cosmétiques, sources de plusieurs maladies. 

Une étude réalisée par l’Association internationale de l’information sur la dépigmentation artificielle (Aiida), en Afrique, a révélé que plus de 71% des plus de 15 ans au Sénégal pratiquent la dépigmentation. Et, c’est le département de Pikine qui est à la tête du peloton où en moyenne, 10 milliards de francs Cfa sont dépensés par an dans les produits cosmétiques.

“C’est 3 000 F par femme ; vous multipliez par 12 et les 71 %, cela vous donne les 10 milliards l’an”, a renseigné la présidente de ladite association Docteur Fatimata Ly.

Selon le même document, au niveau national, 20 % des revenus des ménages sont consacrés à l’achat de ces produits et à la prise en charge des complications dermatologiques liées à cette pratique. Il faut dire que ce coût n’avait pas pris en compte les nouveaux produits comme le glutathion beaucoup plus onéreux, puisque la somme totale dépensée pour obtenir l’éclaircissement souhaité varie entre 250 mille et 450 mille F Cfa (533 à 686 euros). Par ailleurs, les hommes ne sont pas en reste car, on a constaté dans la plupart du temps, ce sont les artistes ou la communauté gay qui le font dans notre pays.

Selon la présidente de ladite association, on note des prévalences de 62, 58 et 71 % à Kaffrine, aux Parcelles-Assainies et à Pikine.

Selon Dr Ly qui est également Maître-Assistante en dermatologie à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, qui s’est entretenue avec “EnQuête’” la prévalence est plus élevée en Afrique subsaharienne et en Asie, mais elle est également rapportée au Maghreb.

Pour étayer ses propos, elle a brandi les chiffres d’une étude menée par Peltzer K et al. Cette étude renseigne que la prévalence globale de la Dcv, au cours des 12 derniers mois, était de 24,5 %. Elle variait selon les pays, allant de 0% en Turquie et en Guinée-Bissau, à 83,8 % en Thaïlande. Cr n’est pas tout parce qu’une prévalence de la dépigmentation de 25 à 67 % a été signalée dans les pays africains.

 

Complications de la dépigmentation : 11 cas de cancer cutané

Les complications de la dépigmentation intéressent pratiquement toutes les spécialités médicales et chirurgicales, sans compter l’addiction et le retentissement sur le plan sociologique et sociétal. Egalement agent à l’Institut d’hygiène sociale (Ihs), De Ly renseigne que les complications dermatologiques en zones tropicales sont dominées par les infections fongiques (mycoses superficielles), parasitaires (gale), bactériennes, en particulier les dermohypodermites bactériennes (Dhb) des membres inférieures pour lesquelles une étude de cas témoins multicentriques menée en Afrique subsaharienne a clairement établi la Dcv comme facteur de risque.

A l’en croire toujours, ces Dhb peuvent engager le pronostic vital et contribuent à la mortalité de la Dcv. Il en est de même des cancers cutanés associés à l’utilisation des Pd utilisés à visée cosmétique.

Récemment, selon notre interlocutrice, 8 cas de cancers cutanés ont été rapportés au Sénégal et une imputabilité des Pd était très fortement suspectée, sans compter 11 autres cas recensés entre janvier et juillet 2019. Les autres complications non infectieuses sont représentées par les toxidermies sévères comme le syndrome de Lyell dû au glutathion, l’acné, les troubles dyschromiques tels que l’ochronose exogène, l’eczéma, les vergetures, les troubles trophiques.

“Si les pathologies dermatologiques demeurent les plus visibles et les plus fréquentes, il n’en demeure pas moins que tous les appareils peuvent être la cible de la toxicité et des effets secondaires de cette pratique. Des maladies endocriniennes (syndrome de cushing, insuffisance cortico-surrénalienne), un diabète cortico-induit, une Hta, une insuffisance rénale, des troubles neurologiques ont été rapportés chez des femmes utilisant des Pd à visée cosmétique. Une fréquence relativement élevée de 34,72 % des complications oculaires au cours de la Dcv a été rapportée dans une étude menée à Dakar’’, a aussi soutenu Docteur Fatimata Ly.