NETTALI.COM – L’Afrique francophone, voilà un espace encore sous domination française même avec la fin de la colonisation. La prégnance française est en tout cas plus manifeste depuis le retour en force du pays de Marianne, suite au constat d’une perte de parts de marchés en faveur des Chinois, des Turcs et des Marocains.

Et depuis ces pays précités, en plus de la France, se sont installés dans cet espace et occupé des pans entiers des secteurs économiques et financiers (banques et assurances) tout en raflant au passage ceux des bâtiments et travaux publics (infrastructures publiques, immobilier, autoroutes à péage), de la grande distribution, mais aussi des domaines aussi stratégiques que les ports et aéroports, le transport, la restauration, les loisirs, etc. Ils ont en effet élaboré des stratégies de pénétration des marchés africains mais également d’occupation du terrain. Et pour boucler la boucle, ils mettent désormais dans leurs baluchons, leurs supports d’information et de communication. La France a ses médias : France 24, TV5 et RFI. Le Maroc (avec Mehdi TV/ Mehdi Radio) et la Chine ont leurs radios, télévisions et magazines. Des télénovelas turcs et films chinois font leur apparition et révèlent la culture de ces pays qui cherchent à vendre leur mode de vie.

Une stratégie de domination à travers la culture qui a fait ses preuves, tant les Américains ont de tout temps usé de cette arme pour dominer le monde. A travers Hollywood et sa grosse machine de diffusion de l’American way of life, ils ont balayé tous les endroits du monde où ils pouvaient vendre le rêve américain. Depuis la glorification du brave soldat américain au Vietnam, en Iraq, en passant par celle du policier américain modèle et protecteur, la machine de la propagande américaine a fonctionné de manière efficace et imparable. Mais, dans la vie réelle, l’on a pourtant noté un nombre impressionnant de noirs ou d’hispaniques tués par des policiers et que la justice américaine finit bien souvent par blanchir.

Avec France 24, TV5 et RFI par exemple, c’est la vision de la politique étrangère de la France qui est subtilement imposée aux auditeurs et téléspectateurs africains avec à l’appui, des spécialistes en géopolitique ou géostratégie pour faire passer la pilule. Leurs analyses pénètrent dans nos pauvres cerveaux d’Africains et influencent nos grilles de lecture. La colonisation des esprits est bien plus efficace et puissante que n’importe quelle autre arme. Elle dépasse même le cadre de l’implantation d’un Auchan ou d’un Carrefour au coin d’un quartier de Dakar. Mais quelles stratégies ont élaboré ces pays d’Afrique francophone face à l’assaut de ces impérialistes économiques ?  On attend de savoir.

Dans cette brume épaisse de la colonisation économique, émerge un homme nommé Vincent Bolloré. Il se fait particulièrement remarquer le monsieur. Il n’est pas n’importe qui, Il n’est pas un novice de la politique non plus puisqu’il est présent en Afrique bien avant tous ces hommes d’affaires de pays ou d’entreprises étrangères que l’on cite de nos jours. Il est hyper puissant et dispose d’un groupe tentaculaire long comme un fleuve. L’homme d’affaires français a en effet choisi, depuis de nombreuses années de consacrer à l’Afrique, la majeure partie de ses investissements. Sa filiale, Bolloré Africa Logistics y, selon le site officiel du groupe, est le leader du transport et de la logistique, où elle dispose d’un énorme réseau dans 46 pays en Afrique.

Vincent Bolloré qu’on confond volontiers avec les intérêts français en Afrique, a franchi, depuis le renforcement de sa participation en décembre 2018 dans Vivendi, le seuil des 26 % du capital. Vivendi, mieux connu en Afrique avec le passage de Jean Marie Messier, est un puissant groupe industriel intégré dans les médias et les contenus. Présent sur toute la chaîne de valeur, elle a mis en place une organisation tout aussi tentaculaire. Universal Music par exemple, est le leader mondial de la musique et dispose à cet effet de plus de 50 labels couvrant tous les genres musicaux.

Le Groupe Canal +, présent également en Afrique, en Pologne, au Vietnam et au Myanmar (Birmanie), est à travers sa filiale Studiocanal, un leader européen dans la production, l’acquisition et la distribution de films de cinéma et de séries TV.

Havas est considéré comme l’un des plus grands groupes de communication au monde.

Dans le monde du divertissement et du spectacle, le Groupe est aussi présent et compte à son actif, la salle de spectacles L’Olympia et le Théâtre de l’œuvre à Paris, les salles de spectacles CanalOlympia en Afrique, Olympia Production (entité de production de spectacles et de concerts).

On peut aussi évoquer ses 250 millions d’utilisateurs par mois avec Dailymotion qui est l’une des plus grandes plates-formes d’agrégation et de diffusion de contenus vidéo du monde.

Le groupe Bolloré Africa Logitics tient aussi trois concessions ferroviaires en Afrique – Sitarail qui relie Abidjan (Côte d’Ivoire) et Ouagadougou (Burkina Faso), Camrail (Cameroun) et Benirail (Bénin)

En se concentrant rien que sur Canal+, on se rend bien compte que l’Afrique est une terre de prédilection où Bolloré a fait une grande partie de son chiffre d’affaires. En France il n’a pas la main heureuse avec ses chaînes de télé, C8 tout comme C News qui peinent à progresser de manière significative. A titre d’exemple Canal+, en France à la fin mars 2019, comptait 8,011 millions d’abonnés, y compris avec les offres souscrites auprès des opérateurs télécoms, contre 8,067 millions fin 2017. A la fin du premier trimestre, 4,702 millions d’abonnés avaient souscrit un contrat directement avec Canal+ contre 4,751 millions fin 2017.

Canal+ a ainsi stabilisé son chiffre d’affaires en France à 807 millions d’euros (-0,7%) au premier trimestre, alors qu’il progresse globalement de 2,1% sur la période, tiré par ses revenus à l’international (Source Challenge.fr)

Mais un petit hic, le groupe de télévision payante Canal+ a ainsi récemment été amené à annoncer à travers un communiqué repris par l’AFP, un “projet de transformation de ses activités françaises” qui passera par un plan de départs volontaires “d’un maximum de 492 personnes”, soit un peu plus de 18% des effectifs en France. La filiale du groupe Vivendi doit faire face depuis plusieurs années à un contexte difficile en France, avec notamment la concurrence dans le sport de BeIN Sports, SFR (Altice) et bientôt celle de Mediapro, et, dans les séries et films, l’essor accéléré des plateformes de vidéo sur abonnement comme Netflix et Amazon Prime.

Une mauvaise passe que traverse le groupe Canal+ en France qui est toutefois loin d’impacter les performances de sa filiale africaine. Et ce n’est pas un hasard si Canal+ a décidé de respecter la spécificité de chaque pays où il est présent, en diffusant des films sénégalais en wolof sur une chaîne dénommée “Sunu Yeuf” qui commencera à émettre le 7 Novembre prochain. En Côte d’ivoire, avec la chaîne A+ Ivoire, sont diffusés des films ivoiriens. L’objectif est connu, il ne vise rien d’autre qu’à accroître ses parts de marchés en menant une concurrence aux chaînes locales.

L’on ne peut à partir de ce moment comprendre comment face à cette embellie, l’homme d’affaires a voulu promouvoir un journaliste aussi clivant et haineux sur sa chaîne d’informations CNews. L’on peut bien évidemment intégrer un objectif qui est de remonter la pente en France dans un marché où il est en difficulté. Mais est-ce un une raison suffisante pour introduire un tel inconvénient sur un marché où ses affaires sont en constante progression ?

L’arrivée du polémiste sur la chaîne n’a d’ailleurs pas laissé indifférents les journalistes de la chaîne qui s’y sont opposés. Mais le management n’en a eu cure « Vous pouvez faire six mois de grève, Zemmour viendra », avait assuré le patron de la chaîne du groupe Canal + à certains de ses journalistes mécontents de la venue de celui-ci. Le polémiste récupère ainsi la tranche horaire réservée à Laurence Ferrari, qui se trouve décalée à 17 heures. Officiellement la direction brandit la diversité des opinions sur sa chaîne, alors qu’on se rend bien compte qu’une émission aussi impertinente que “les Guignols de l’Info”, a été supprimée. De même que l’investigation sur CNews. Motif, ces émissions gêneraient les intérêts de certains.

Déjà pour montrer à quel point l’ancien collègue de Naulleau est clivant en France, lors de la Convention de la droite, samedi 28 septembre dernier, il avait tenu un discours à l’égard de l’Islam et de l’immigration qui avait choqué une partie de la population. Le CSA avait été saisi plus de 400 fois après ces propos jugés violents, et diffusés en direct sur LCI. Des propos qu’il a d’ailleurs maintenus au cours de sa dernière émission Zemmour et Naulleau, sur Paris Première.

 Comment admettre dès lors qu’Eric Zemmour soit accepté sur une chaîne visible en Afrique où il pourrait continuer à asséner des contrevérités sur l’Islam et les musulmans ? Comment imaginer qu’il soit autorisé à déverser ses mensonges et lieux communs sur les terres des Noirs et Arabes ? C’est justement là où est le problème pour un groupe qui fait une grande partie de son business sur les ports, les voies de chemins de fer et les écrans africains.

Comment imaginer payer pour se faire insulter par un islamophobe ? Pour laisser insulter leur foi, leurs croyances ? A moins que ceux-là ne soient bien masochistes !

Zemmour est en effet un personnage particulièrement clivant, malhonnête et surtout dangereux. Il dresse les Français issus de l’Immigration contre les Français de souche. L’homme qui a eu connu son succès chez Ruquier à l’émission « On n’est pas couchés », a continué à déverser ses torrents de haine en compagnie d’Eric Naulleau. Mais qu’est-ce qu’il a regretté Laurent Ruquier d’avoir offert une tribune à Eric Zemmour ! De l’avoir rendu célèbre. Il l’a publiquement reconnu et semblait sincère.

L’essayiste est en effet dangereux. Très dangereux même. Il se définit comme journaliste pour avoir collaboré au Figaro Magazine et sur RTL qui n’en veut d’ailleurs plus.  Mais, est-il toujours journaliste celui-là ? Une bonne question d’autant plus que depuis qu’il est entré par effraction dans la galaxie de l’opinion, on ne sait plus dans quelle case le ranger. Il diffuse en effet des opinions qui divisent, heurtent, font mal et qui intègrent beaucoup de lieux communs, de préjugés, mais surtout de contrevérités.

Le polémiste est raciste, c’est sûr. Il ne s’en cache plus. Il prend juste des précautions de langage pour ne pas tomber dans la spirale des condamnations en justice. Mais comme on le dit, « chasse le naturel, il revient au galop. ». Avec l’essayiste, c’est le mélange des genres incroyable. On lui trace un destin politique, il anime des conférences publiques et flirte avec l’extrême droite. Ses conférences sont attendues, il essaime les coins et recoins de la France. Il distille ses idées nauséabondes, les répand insidieusement. Les séances de dédicaces de ses livres font le plein, les files d’attente sont longues. Il affole les ventes et gare celui qui le dépasse dans les chiffres, il tournera tout simplement son bouquin en dérision, le minimisera pour le classer dans la catégorie de la littérature niaise.

Sacré Zemmour, il a la rhétorique dans le sang. Il s’essaie à l’histoire, il défie même des historiens de renom sur les plateaux-télés et les entraîne sur le terrain de la polémique pour éviter de rentrer dans la technique de collecte des faits et tout ce qui touche à la scientificité de la matière. Il n’est pas historien pour un sou et ça s’entend. Il est malhonnête, ce sophiste des temps modernes, il colle des bouts d’histoires en pensant faire de l’histoire. Il cherche même à faire de Pétain et du gouvernement de Vichy, des résistants, des héros. On est avec lui en plein dans le révisionnisme. Le polémiste Eric Zemmour raconte en effet une version de Vichy et du rôle de Pétain qui est démentie par toute la recherche en histoire depuis plus de cinquante ans. Il spécule sur un contestable récit révisionniste de Vichy entamé il y a déjà plusieurs années, auquel l’historien Laurent Joly répondait justement pied à pied en publiant, en septembre 2018, L’Etat contre les juifs. Sacré Eric.

Pour l’heure ce dernier a été condamné pour la seconde fois, après avoir été reconnu coupable de provocation à la haine raciale. Mardi 17 septembre en effet, la Cour de cassation a rejeté son pourvoi, établissant ainsi une condamnation définitive. Celui dont on ne sait plus s’il est journaliste, essayiste, polémiste, chroniqueur ou encore animateur, a été condamné, en mai 2018, à 3 000 euros d’amende par la cour d’appel de Paris.

Idem en 2011, il avait aussi été condamné après avoir déclaré à la télévision que « la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c’est comme ça, c’est un fait ». Le tribunal avait alors jugé que le contributeur du Figaro avait « dépassé les limites autorisées de la liberté d’expression ». Poursuivi pour avoir affirmé dans un journal italien que les musulmans « ont leur code civil, c’est le Coran », il avait été pour cette fois-là relaxé en appel l’an dernier. Des faits qui prouvent à souhait que le journaliste en a réellement après les musulmans.

Ce qui est clair, c’est que Bolloré n’en a cure de tout cela. Depuis quelques jours, l’essayiste officie sur C News. Et selon les données de Médiamétrie, L’émission qu’il a animée, a été regardée par 253 000 personnes, toutes catégories confondues. Soit une part d’audience de 1,4 % sur cette tranche horaire de 19 heures à 19h55.

Si ce chiffre paraît modeste par rapport à ceux des chaînes historiques, il représente un gain spectaculaire pour CNews par rapport à son audience habituelle qui évolue autour de 0,5 % sur cette case horaire – hors très forte actualité type Gilets jaunes. Soit une part d’audience triplée !

Une performance, dont beaucoup se demandent si elle va se poursuivre. C News a en tout dépassé ses rivales LCI (182 000 téléspectateurs et 1 % de part d’audience sur ce même créneau horaire) et franceinfo (47 000 téléspectateurs et 0,3 %), et suit de près, le N° 1 des chaînes d’info, BFM TV (301 000 téléspectateurs et 1,6 % de pda). L’on nous annonce une audience qui se stabilise autour de 175 000 téléspectateurs.

Il faut dire que pour une première, l’émission était consacrée à ses sujets et thèmes favoris liés à l’actualité du moment : la Turquie, la place de l’islam dans la République et le port du voile.

Reste maintenant à voir comment les téléspectateurs africains vont, au fil du temps apprécier l’émission d’Eric Zemmour. Mais pour l’heure, l’homme d’affaire français doit d’abord régler ses problèmes avec la justice française. Sa holding a été soupçonnée de probables conflits d’intérêts autour de l’obtention de concessions portuaires en Afrique de l’Ouest.

Le pôle financier du tribunal de Paris soupçonne en effet le groupe Bolloré d’avoir utilisé les activités de conseil politique de sa filiale Havas afin de décrocher la gestion des ports de Lomé, au Togo et de Conakry, en Guinée, via une autre de ses filiales, Bolloré Africa Logistics. Les deux personnalités étaient à l’époque conseillées par Havas. Les magistrats soupçonnent Havas de sous-facturation de services rendus aux deux candidats victorieux pour obtenir, en contrepartie, la gestion des concessions portuaires.

Mais rebondissement, le 27 juin 2019, la Cour d’appel de Paris a reconnu la prescription des faits de « corruption » et de « faux et usage de faux » en Guinée, pour lesquels le milliardaire français Vincent Bolloré et son groupe avaient été mis en examen en 2011. Il lui reste donc plus que l’affaire du Togo dans laquelle, il reste mis en examen.

Aux dernière nouvelles, l’homme d’affaires a précipitamment quitté la direction du groupe Bolloré. Il reste toutefois président de la société propriétaire de l’empire familial.