NETTALI.COM – La communauté mouride a célébré, jeudi dans une grande allégresse, le Magal de Touba. Et dans cette grande communion, une jeune femme s’est particulièrement fait remarquer. La veuve de Cheikh Béthio Thioune a réussi à se mettre sous les projecteurs en violation totale des fondements du mouridisme. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le cas Aïda Diallo dérange et agace les autorités de Touba.

On l’aime ou on ne l’aime pas. Mais Sokhna Aïda Diallo ne laisse personne indifférent. Épouse “préférée” de Cheikh Béthio Thioune, la jeune femme a toujours réussi à attirer la lumière sur elle. Alors que son mari était encore en vie, c’est elle qui était à la manœuvre pour les fameux “sante” (actions de grâce) pendant lesquels ces pas de danse et déhanchements faisaient perdre à certains leur sérénité. Jouissant d’une confiance totale de son défunt mari, elle gérait la bourse dont elle désserrait les cordons selon ses propres désirs. Mieux, Sokhna Aïda Diallo avait réussi à écarter les fils et filles de Cheikh Béthio de la “gestion des affaires” des Thiantacounes. Son mari l’avait même élevée au grade de Cheikh. Ce qui est totalement rejeté par l’orthodoxie mouride.

Après le décès de Cheikh Béthio Thioune, nombreux sont ceux qui pensaient que l’état de grâce était terminé pour Sokhna Aïda. Mais c’était mal connaitre la jeune dame. Il en fallait beaucoup plus pour la décourager. Ambitieuse, elle se proclame khalife de Cheikh Béthio Thioune. Une première dans la communauté mouride.  Pourtant, beaucoup de dignitaires mourides ont des filles comme aînées. Mais jamais leurs filles ou mêmes leurs veuves n’ont osé revendiquer un quelconque droit au califat. Mais Sokhna Aïda, elle, n’en a cure.

Le khalife général des mourides intronise Serigne Saliou Thioune, fils aîné de Cheikh Béthio, comme khalife de son père. Mais la jeune veuve refuse de se plier à cette directive. Elle fait son lobbying et réussit à avoir une audience avec Serigne Mountakha Bachir Mbacké.  Malgré les conseils de ce dernier, elle organise son propre Magal à Ngabou, village situé à quelques kilomètres de Touba. Avec un art maîtrisé de la mise en scène, elle réussit une communication parfaite. Ses moindres faits et gestes sont suivis par les médias. Certains sites d’informations en ligne n’ont d’autres préoccupations que de la suivre. Impossible de se lever le matin sans voir des vidéos ou lire une déclaration sur elle. Pendant le Magal, certains sites et chaines de télévision mettent des équipes à la disposition de la jeune femme.  Elle dépense sans compter, reçoit des actes d’allégeance et pousse la provocation jusqu’à célébrer des mariages. Ce qui est proscrit par la religion musulmane. On lui prête même l’ambition de trouver un mari parmi les hauts dignitaires mourides. Ce qui lui permettrait de consolider sa position.

Toutefois, les agissements de Sokhna Aïda Diallo commencent à agacer sérieusement dans certains cercles mourides. D’ailleurs, depuis le Magal, les réseaux sociaux se déchaînent contre elle. C’est le cas chez les associations de jeunes marabouts qui luttent pour la préservation du patrimoine de Serigne Touba. Pour beaucoup, il est temps que les autorités de Touba mettent fin aux agissements de la jeune dame. Au lendemain de ce Magal 2019, certains craignent que ce cas ne fasse tache d’huile. Certains Mbacké-Mbacké sont même convaincus que les collaborateurs du khalife ne lui disent pas toute la vérité sur les agissements de la veuve de Cheikh Béthio Thioune. Sans les citer, ils les accusent de complicité.

En attendant que d’éventuelles mesures soient prises, Sokhna Aïda Diallo continue de drainer des foules de talibés qui lui chantent, non sans fierté : “sunu Serigne jiggén la” (notre guide est une femme). Un précédent dangereux selon de nombreux marabouts et talibés mourides.