NETTALI-COM- Alors que les manifestations se poursuivent, Ahmed Gaïd Salah, le chef d’état-major des armées algériennes, a préconisé, hier, d’engager la procédure qui aboutira à la destitution de Abdelaziz Bouteflika, à travers les dispositions de l’article 102 de la Constitution. L’activation de cet article permet de transmettre les rênes du pays au président du Conseil de la Nation.

Ainsi,  le départ du président de la République sortant est programmé. Exit le débat autour du 5e mandat que voulait briguer l’homme fort d’Alger, au pouvoir depuis 20 ans !

Cependant, le prisme d’attaque de certains médias internationaux, notamment français, met en exergue une « méfiance » supposée des manifestants qui ne seraient pas en phase avec l’armée. « Algérie : l’armée en arbitre, la méfiance des opposants et de la rue », titre le site de Radio France Internationale, ce mercredi. « Les déclarations de Ahmed GaId Salah n’ont pas soulevé une vague de satisfaction dans le pays. D’abord, si l’application de l’article 102 de la Constitution permet le départ du Président Abdelaziz Bouteflika, il ne propose pas des conditions particulières pour une transition », explique la radio tricolore. « Algérie : l’armée ouvre la voie à un départ de Bouteflika, méfiance des Algériens qui appellent à la fin de tout un système politique », relève Franceculture.

« Les contestataires notent aussi que les courts délais prévus par l’article 102 pour organiser des élections ne permettent ni de garantir l’organisation d’un scrutin transparent, ni la mise en œuvre d’une transition. (…) De l’autre côté, le régime va tenter de profiter du départ de M. Bouteflika pour se refaire une virginité », ajoute Tv5 Monde.

En clair, l’armée est soupçonnée de vouloir maintenir le système en jouant sur un éventuel ramollissement dans les rangs des manifestants. Une crainte nourrie par le fait que dans ce pays, les militaires ont toujours constitué le pilier sur lequel repose le système, qui est aux commandes depuis 1962. Même le père de l’indépendance algérienne, Ahmed Ben Bella, a été éjecté par cette armée, en 1965, au bout de trois ans d’exercice du pouvoir.

Toutefois, dans les colonnes du site le monde-fr, la constitutionnaliste algérienne Fatiha Benabbou écarte toute possibilité de « confiscation du pouvoir », à travers une mise en œuvre de l’article 102 de la Constitution, par le chef de la transition. « Il ne peut pas réviser la Constitution, ne peut pas organiser de référendum, ne peut pas légiférer par ordonnance. Il aura comme fonction d’assurer la continuité de l’Etat et, surtout, d’organiser dans les trois mois une élection présidentielle. Il ne peut nommer un gouvernement ni se présenter lui-même à l’élection », rassure celle qui est maître de conférences à l’université d’Alger.

En définitive, l’article 102 de la Constitution est différemment interprétée. Les jours qui viennent nous édifieront. En Egypte, au lendemain du Printemps arabe, l’armée a profité de la brèche ouverte par une révolution ratée pour revenir au pouvoir.