Nettali.com – La Gambie s’achemine tout droit vers sa première crise politique depuis la chute de Yahya Jammeh. En bisbilles avec la direction de l’Udp qui avait porté sa candidature à la présidentielle de décembre 2016, Adama Barrow a décidé de limoger le vice-président Ousainou Darboe, chef du parti majoritaire à l’Assemblée nationale.

 

Rien ne va plus en Gambie entre le Président Adama Barrow et la direction du Parti démocratique uni (Udp) qui avait porté sa candidature contre Yahya Jammeh en décembre 2016. D’après Bbc Afrique et l’Agence France presse, le numéro un gambien a limogé ce vendredi le vice-président Ousainou Darboe et les ministres Amadou Sanneh et Lamin Dibba, jusqu’ici chargés respectivement du Commerce et de l’Agriculture.

Pour beaucoup d’observateurs, la Gambie s’achemine ainsi vers sa première crise politique depuis le départ de Yahya Jammeh. En effet, le désormais ex vice-président de la Gambie n’est pas n’importe qui. Opposant historique de l’ancien président, c’est lui qui devait défendre les couleurs de son parti à la présidentielle de 2016. Sa candidature ayant été rejetée par le pouvoir de Jammeh, son parti a dû se rabattre sur Adama Barrow qui en était le trésorier. Barrow a finalement battu Jammeh qui n’a dû reconnaître sa défaite qu’après intervention de la communauté internationale, notamment la Cedeao qui avait, d’ailleurs, envoyé des soldats à la frontière entre le Sénégal et la Gambie. Barrow avait par la suite gracié Darboe qui occupera le poste de ministre des Affaires étrangères avant de devenir vice-président en juin 2018.

Mais très vite, les relations se détériorent entre les deux hommes. D’après le site de Bbc Afrique, la direction de l’Udp soupçonne Adama Barrow de vouloir transformer un mouvement de jeunesse acquise à sa cause en parti politique et en faire une rampe de lancement pour sa candidature à la prochaine présidentielle.

Déjà, lors du remaniement de juin 2018, l’homme fort de Banjul nommait, contre toute attente, Mam Bury Njie et Momodou Tangara, anciens ministres des Finances et des Affaires étrangères de Yahya Jammeh, aux mêmes fonctions. Quelques heures après la nomination de Njie, il y a eu des tergiversations, puisqu’un communiqué a, devant la colère des jeunes de l’Udp, enlevé de la composition du nouvel attelage le ministre des Finances et des Affaires économiques. Le lendemain, 30 juin, il est confirmé dans ses nouvelles fonctions.

 

Assiste-t-on à un revirement spectaculaire de Barrow qui s’était engagé pour  un mandat de transition de trois ans? 

Une fois élu,  l’ex-trésorier de l’Udp qui s’était engagé à organiser une présidentielle anticipée, à laquelle il ne participera pas, au terme d’un mandat de trois ans, rétropédale. Les partisans de ce dernier posent l’argument d’une violation de la constitution gambienne par un président qui déciderait de limiter de lui-même son mandat en convoquant une présidentielle anticipée. « Je ne me considère pas comme un politicien. Je pense que Dieu m’a investi pour sauver la Gambie et initier un changement. Après ce changement, les politiciens prendront la relève Mon parti continuera, mais je ne serai pas de la partie. Je suis businessman, je continuerai mes affaires», avait-il déclaré dans un entretien accordé  à «Jeune Afrique» et plusieurs médias francophones (RFI, France 24, TV5) à son domicile de Banjul, le samedi 3 décembre 2016.

Ainsi, le limogeage de Darboe et des ministres membres de son parti ne sera pas sans conséquence. Puisque l’Udp, majoritaire à l’Assemblée nationale, pourrait bloquer la politique du gouvernement du Président Adama Barrow.