NETTALI.COM - Entre démonstration de force et purge interne, le parti au pouvoir joue son unité et son avenir ce samedi lors de son premier congrès ordinaire. Vers un divorce inédit entre l'appareil et l'État ?

À la veille de son premier congrès ordinaire prévu ce samedi 6 juin 2026, le parti PASTEF – Les Patriotes affiche une double réalité. D’un côté, une dynamique d’expansion spectaculaire matérialisée par la fusion par absorption de soixante organisations politiques et citoyennes. De l’autre, une crise interne systémique que les sourires de façade ne parviennent plus à dissimuler.

Ce rendez-vous historique, qui devait être une célébration triomphale, s'annonce comme le théâtre d'un règlement de comptes sans précédent, où l'aile dure du parti s'apprête à trancher les têtes des “dissidents” ayant choisi la loyauté envers l'appareil d'État plutôt qu'envers la ligne tracée par l'ancien Premier ministre, Ousmane Sonko.

L’opération “Azalaï” : Une fusion XXL pour masquer les fissures

L'esprit “Pastef” tente par tous les moyens de faire bloc et de focaliser l'attention médiatique sur ses succès structurels. Pour détourner les regards d’une guerre des tranchées qui couve depuis des mois en coulisses, la direction du parti a orchestré une démonstration de puissance politique millimétrée.

Ce vendredi 5 juin à 17h, l’hôtel Azalaï de Dakar a ainsi abrité une grande cérémonie de signature d’une charte de fusion historique. Pas moins d’une soixantaine de partis politiques, de mouvements citoyens et d'organisations de la société civile ont officiellement dissous leurs structures respectives pour se fondre définitivement dans le moule du PASTEF. Parmi les signataires de ce pacte, on peut énumérer les alliés de la première heure comme Aida Mbodj, Malick Gackou ou encore Habib Sy. Cette manoeuvre de massification inédite marque une étape décisive dans le processus d’élargissement de la base politique de la formation.

Selon les organisateurs de l'événement, cette dynamique d’absorption ne s’arrêtera pas aux portes du congrès. Elle a vocation à se poursuivre et à s’élargir dans les mois à venir à l’ensemble des forces patriotiques, panafricanistes et souverainistes du pays. L'objectif est limpide : créer un bloc hégémonique face auquel aucune opposition ne pourrait logiquement subsister. Mais cette quête d'infaillibilité électorale peine à masquer un malaise beaucoup plus profond, lié à l'exercice même du pouvoir.

L'heure des comptes : les ministres du “camp de l'État” sur la sellette

Derrière le triomphalisme des chiffres, l'ambiance au sein des instances dirigeantes du PASTEF s'apparente plutôt à celle d'un tribunal révolutionnaire. Le congrès de ce samedi s'annonce comme celui de la clarification idéologique, pour ne pas dire de la purge. Dans le collimateur des gardiens du temple, on retrouve des figures de premier plan, aujourd'hui accusées de “faire allégeance” exclusive au président de la République au détriment des instances du parti.

Parmi les têtes prêtes à tomber, plusieurs ministres ayant bénéficié d'une promotion pourraient être directement visés par des procédures d'exclusion. Yankhoba Dieme, récemment promu au poste stratégique de ministre des Forces armées, est en première ligne. À ses côtés, les ministres Alioune Dione, Marie Angélique Mame Selbé Diouf et Abdoul Ahad Ndiaye risquent eux aussi d'être purement et simplement radiés du parti.

Il leur est reproché d'avoir privilégié la solidarité gouvernementale et les arbitrages du palais présidentiel face aux directives de la direction politique du PASTEF. Une ligne de fracture qui fragilise l'ossature même du pouvoir.

En même temps, cette probabilité pourrait n’être qu'une suite logique. Car d'aucuns comme Aldiouma Sow, un proche de Diomaye, font déjà les frais de leur dissidence. Le responsable a annoncé ce vendredi avoir été retiré des groupes de discussion restreints du parti. Dans une déclaration postée sur Facebook, M. Sow accuse Ayib Daffé d'être derrière toutes ces manoeuvres. “Monsieur Ayib Daffé, Secrétaire général provisoire de PASTEF, vient de me retirer du groupe WhatsApp du Conseil national, ainsi que du groupe Telegram du Bureau politique national du parti”, a-t-il soutenu depuis ses réseaux.

M. Sow fustige par ailleurs le fait de n’avoir reçu aucune notification préalable d’une éventuelle mesure disciplinaire. “Pourtant, aucune mesure disciplinaire formelle ne m’a été préalablement notifiée en ce sens”, a-t-il indiqué.

Selon lui, son “seul tort” serait d’avoir défendu “la vérité”, plaidé pour “le retour de la démocratie interne” au sein du parti et dénoncé ce qu’il qualifie de “messianisme”. Bref, Aldiouma Sow essaie de dire que ses prises de position assez virulentes, dernièrement, ont entraîné cette exclusion des panels numériques.

Le grand tabou : vers une destitution politique de Bassirou Diomaye Faye ?

Cette volonté farouche de réaffirmer l'autorité du parti face à l'appareil d'État pousse la logique de confrontation jusqu'à son paroxysme. Elle lève le voile sur une interrogation qui relevait encore de la fiction politique, il y a quelques semaines, mais qui s'impose désormais comme le véritable enjeu de ce congrès : qu’en sera-t-il du sort de Bassirou Diomaye Faye ?

Le président de la République, clé de voûte des institutions, se retrouve dans une position paradoxale. En rupture feutrée mais de plus en plus visible avec la frange radicale de sa propre formation, le chef de l'État court-il le risque d’être, lui aussi, exclu de sa famille politique d’origine ? Une telle sentence s'apparenterait à un suicide politique mutuel, créant une crise institutionnelle inédite où un président en exercice se retrouverait désavoué par le parti majoritaire qui l'a porté au pinacle.

Pourtant, dans l'entourage des radicaux du PASTEF, on murmure que nul n'est au-dessus du “Projet”. Si l'exclusion directe du chef de l'État reste une arme atomique difficile à manier, la mise au ban de ses plus proches soutiens au sein du gouvernement constitue un avertissement à peine voilé envoyé au palais de la République.

Entre la volonté de préserver la pureté idéologique du mouvement et l'impératif de stabilité nécessaire à la gouvernance du Sénégal, le PASTEF joue ce week-end son unité, sa crédibilité et, par extension, l'avenir politique de toute une nation. Les travaux de ce samedi s'annoncent électriques.

EnQuête