NETTALI.COM - La crise politique qui secoue les plus hautes sphères de l'État sénégalais a franchi un nouveau cap ce mardi. Lors d'une conférence de presse particulièrement attendue, le président de Pastef et ancien Premier ministre, Ousmane Sonko, a affirmé qu'un accord politique formel avait été conclu avec le président Bassirou Diomaye Faye avant l'élection présidentielle de mars 2024.

Dans un récit détaillé et chargé d'émotion, Sonko est revenu sur ce qui est toujours qualifié de « protocole de Cap Manuel », du nom de la prison où il était détenu au moment des faits en même temps que l’actuel président de la République. Selon lui, cet accord définissait clairement les rôles politiques des deux hommes ainsi que les perspectives de gouvernance et de succession au sein de leur camp politique.

Face aux journalistes, Ousmane Sonko a affirmé sans ambiguïté que cet engagement avait bel et bien existé.

Selon sa version des faits, les discussions se seraient déroulées alors que le Sénégal traversait une crise politique majeure, marquée notamment par le report annoncé de l'élection présidentielle.

À cette époque, Sonko était détenu à la prison du Cap Manuel tandis que Bassirou Diomaye Faye apparaissait comme le candidat de substitution choisi par Pastef pour porter le projet politique du mouvement. L'ancien Premier ministre raconte avoir convoqué Diomaye Faye dans sa cellule afin d'évoquer l'avenir du parti et la stratégie à adopter face à la situation politique.

« Je l'ai fait venir dans ma chambre en prison. À ce moment-là, il ne me brandissait pas encore le décret présidentiel. Quand il est venu, je lui ai dit qu'on m'avait proposé de reporter les élections », a-t-il expliqué.

Selon Sonko, certains acteurs lui auraient proposé de soutenir un report du scrutin présidentiel. Une option qu'il affirme avoir catégoriquement rejetée. « J'ai refusé. Je lui ai dit : je t'ai désigné et, si nous sortons, nous allons battre campagne, gagner les élections et gouverner. En 2029, nous reprendrons le cours normal des choses », a-t-il déclaré.

À travers cette phrase, le leader de Pastef laisse entendre que la candidature de Bassirou Diomaye Faye s'inscrivait dans une stratégie politique préalablement définie entre les deux hommes.

Conscient de la portée de ses déclarations, Ousmane Sonko a tenu à renforcer leur crédibilité en jurant publiquement de leur véracité.

« Je le jure devant Dieu et le Saint Coran  que nous avions pris cet engagement», a-t-il affirmé.

Selon son récit, Bassirou Diomaye Faye aurait accepté cette vision et aurait présenté son futur mandat comme une période de transition destinée à conduire des réformes difficiles mais nécessaires.

« Il m'a dit : ce mandat sera celui des réformes difficiles. Je les prends sur moi et tu auras ensuite un boulevard devant toi », a rapporté Sonko.

L'un des passages les plus marquants de son intervention concerne la question des garanties entourant cet engagement. Ousmane Sonko affirme avoir souhaité formaliser davantage l'accord en présence de témoins afin d'en assurer la traçabilité politique. Selon lui, cette proposition aurait été refusée par Bassirou Diomaye Faye.

« J'ai voulu faire venir des témoins. Il m'a répondu que cela n'en valait pas la peine parce que, s'il devait un jour me trahir en politique, il penserait à son fils qui porte mon nom », a raconté l'ancien chef du gouvernement.

Cette confidence illustre, selon Sonko, le niveau de confiance personnelle et politique qui existait alors entre les deux hommes.

Au-delà des circonstances de l'élection de 2024, Ousmane Sonko affirme que la question de l'élection présidentielle de 2029 avait été clairement évoquée dès cette période. Selon lui, il avait explicitement indiqué à Bassirou Diomaye Faye les conditions qui pourraient conduire à un soutien pour un second mandat. « Je lui ai dit que, s'il continuait dans cette dynamique, je porterais sa candidature en 2029. Sinon, je serai moi-même candidat », a-t-il déclaré. Toujours selon son récit, la réponse de Diomaye Faye aurait alors été sans équivoque. « Il m'a répondu qu'il serait mon directeur de campagne. »

Ces déclarations surviennent dans un contexte de rupture désormais ouverte entre les deux figures qui avaient incarné ensemble l'alternance politique de 2024.

Depuis le départ d'Ousmane Sonko de la Primature, son élection à la présidence de l'Assemblée nationale et la formation d'un nouveau gouvernement sans participation de Pastef, les tensions n'ont cessé de s'accentuer entre les deux anciens compagnons de lutte.

En révélant l'existence de cet accord politique, Sonko cherche manifestement à démontrer que les divergences actuelles ne relèvent pas d'un simple désaccord de gouvernance, mais d'une rupture avec des engagements qui auraient été pris au moment le plus crucial de leur ascension politique.