NETTALI.COM - Le Sénégal est-il en train de tourner la page de ce que certains qualifient de « monarchie républicaine » ? La question s’impose à la lecture des avant-projets de révision constitutionnelle portés par le président Bassirou Diomaye Faye.
Invité de l’émission « Objection » sur Sud FM, le Dr Moustapha Fall, enseignant-chercheur en droit public à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, a livré une analyse détaillée des enjeux de cette réforme.
Selon le juriste, les changements envisagés dépassent de simples ajustements techniques. Ils traduisent un véritable réaménagement de l’architecture institutionnelle, avec un Premier ministre désormais appelé à jouer un rôle central.
Le point le plus structurant concerne la définition de la politique de la Nation, qui ne serait plus l’apanage exclusif du chef de l’État, mais se ferait désormais « en concertation » avec le Premier ministre.
« La logique telle qu’elle apparaît dans les textes donne l’impression de l’avènement d’un nouveau régime », souligne le Dr Fall.
Cette évolution se matérialise par trois innovations majeures :
- La co-définition de la politique nationale, qui positionne le Premier ministre comme un véritable partenaire stratégique
- La présidence déléguée du Conseil des ministres, permettant au chef du gouvernement de diriger certaines réunions
- Le droit de saisine du Conseil constitutionnel, qui confère au Premier ministre un statut de requérant institutionnel autonome
Autant de prérogatives qui marquent une montée en puissance inédite du chef du gouvernement dans le système sénégalais.
Malgré ce rééquilibrage, le Dr Fall invite à relativiser toute lecture d’un basculement vers un régime parlementaire.
Le président de la République demeure, selon lui, la clé de voûte des institutions, notamment en raison de son pouvoir de nomination et de révocation du Premier ministre.
« Le Président garde la main haute », insiste-t-il.
Cette prudence s’explique aussi par l’histoire politique du pays, marquée par la crise institutionnelle de Crise politique sénégalaise de 1962, opposant Léopold Sédar Senghor à Mamadou Dia.
Un précédent qui continue d’influencer la méfiance envers toute dualité au sommet de l’exécutif.
Une réforme entre équilibre et incertitudes
L’enjeu majeur de cette révision sera donc de trouver un équilibre entre efficacité gouvernementale et stabilité institutionnelle.
En atténuant l’hyperprésidentialisme sans affaiblir le rôle du chef de l’État, l’exécutif semble rechercher une voie médiane.
Reste une interrogation centrale : la concertation inscrite dans les textes résistera-t-elle aux réalités du pouvoir et aux éventuelles divergences politiques ?






