NETTALI.COM - Il l’avait fait et il l’a refait. On parle bien sûr de Baye Mayoro Diop, celui qui est présenté comme un camarade de promotion de Diomaye et de Diba à l’École nationale d’administration et qui officie comme Directeur de la Coopération décentralisée au ministère de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement du territoire, depuis le 25 mars 2025.

A travers un autre post sur sa page FB intitulé "RAPPEL D'UN PRINCIPE : AU SENEGAL, LE PM NE DÉTERMINE PAS L'AGENDA EXTÉRIEUR DES MINISTRES ", ce dernier a remis ça en écrivant : " C'est une imposture pour un PM d'essayer d'empêcher les voyages de ses Ministres à l'étranger. Le PM ne détermine pas l'agenda extérieur des Ministres. Il coordonne et l'action du Gouvernement et il est attendu de lui qu'il le fasse avec respect et responsabilité. Pas sur la base de ses humeurs personnelles ou calculs politiques.

Mesdames et Messieurs les Ministres, refusez ce dictat et preservez votre dignité; voyagez partout, si l'intérêt national le commande.

Par ailleurs, c'est faire preuve de limites inacceptables, pour un PM, que de confondre ses meetings politiques avec les missions gouvernementales à l'étranger. Et c'est triste que cela se passe au moment où lui-même il dresse un tableau aussi sombre de la situation de son pays. "

Après une première sortie ayant suscité une vive polémique sur les réseaux sociaux plusieurs heures durant, ce membre de la coalition Diomaye Président semble n’en avoir cure de l’indignation des défenseurs du premier ministre et des condamnations de son ministre de tutelle. Il semble agir comme un membre de la coalition qui cherche non seulement les affronts répétés contre le président de la république, mais encore comme une sorte de sentinelles qui est là pour rendre coup pour coup à la façon gatsa gatsa.

Rappelons tout de même que le membre de " Diomaye président " appelait ni plus, ni moins au limogeage du Premier ministre Ousmane Sonko.

" En ce jour solennel, je n’ai qu’une seule demande à formuler : le limogeage immédiat de ce petit PM, Ousmane Sonko, qui ne vaut rien ", avait-il déclaré dans un message largement relayé. Selon en effet Baye Mayoro Diop, le chef du gouvernement « ne travaille pas pour la réussite du mandat du Président, mais pour son échec ". Il cite notamment comme griefs certaines déclarations politiques, dont l’évocation d’un « mandat de transition » ainsi que la tenue de meetings politiques en cours de mandat.

Il avait aussi reproché à Ousmane Sonko, un manque de respect envers les institutions, évoquant l’organisation d’une activité au moment où le président de la République devait s’adresser à la Nation. "J'éprouve du mépris pour celui qui méprise nos Institutions. Illustrations : l'organisation par le PM, hier (3 avril), sans gêne, d'une activité au même moment où le Président de la République devait adresser un message à la Nation. Tant que ce manque de respect vis-à-vis du pays et du Président ne cessera pas, je continuerai à le dénoncer ", avait-il affirmé.

Il n’en fallut pas plus pour mobiliser tout l’appareil Pastef qui a exigé son limogeage. Dans un communiqué, le Bureau communal de Pastef Diourbel (région d’origine de Mayoro) s’était indigné de "propos outrageants et inacceptables…, à l’encontre de Monsieur le Premier ministre Ousmane Sonko". De tels écarts de langage constituent, selon le BP, "une grave atteinte aux valeurs républicaines, à la décence politique et à la cohésion nationale. S’attaquer de manière aussi vile et irrespectueuse à une haute autorité de l’État ne saurait être toléré ni banalisé". L’instance avait ainsi demandé des excuses publiques etdes mesures idoines soient pour mettre un terme à ce genre de comportement.

La tournure prise par ces déclarations avait d’ailleurs poussé le ministre de tutelle, également de la région de Diourbel, à monter au créneau pour dégager ses responsabilités. Celui-ci avait ainsi dénoncé de propos "d’une particulière gravité, des attaques inacceptables à l’encontre de Monsieur le Premier Ministre Ousmane Sonko". "Le ministre condamne avec la plus grande fermeté de tels agissements, en totale contradiction avec les exigences de responsabilité, de retenue et de loyauté inhérentes à l’exercice de toute fonction publique, en particulier pour un responsable investi de hautes fonctions administratives", indiquait le communiqué publié par les services de Moussa Balla Fofana.

Ces prises de position, exprimées à titre strictement personnel, selon lui, n’engagent en aucune façon le ministère, ses autorités, ni l’Administration dans son ensemble. Monsieur Fofana rappelle que le respect dû aux institutions de la République, aux autorités légalement établies, ainsi qu’aux principes de discipline, de neutralité et de réserve, constitue une obligation fondamentale pour tout agent public. “À cet égard, il est porté à la connaissance de l’opinion que l’intéressé a été convoqué, depuis septembre 2025, à plusieurs reprises par le Ministre et le Secrétaire général, aux fins de rappels à l’ordre et de notification des sanctions encourues”, a révélé l’autorité qui se désolidarise fermement.

Mais à l’épreuve de l’analyse des faits, il sera bien difficile de ne pas s’étonner de la posture des Pastéfiens qui se sont émus de ce qui peut être considéré à leurs yeux comme un affront. Sont-ils vraiment justes et conséquents ceux-là qui s’indignent et condamnent ce qu’ils considèrent comme une attaque ? Si les attaques de Baye Mayoro dépassent certes l’entendement dans une République normale, il est aussi bon de rappeler que les partisans du PM ont été les premiers à traiter le chef de l’État de tous les noms d'oiseaux. Parmi eux, le plus féroce dans ses attaques, n’est autre que le député sniper Cheikh Bara Ndiaye. Il n’ y a guère longtemps, il s’en était pris au président de la république, le qualifiant de « bébé de l’année » ? Qui s’en était offusqué ? Personne dans les rangs de Pastef. Pire, il avait osé comparer Bassirou Diomaye Faye au président de la république

Macky Sall, arguant qu’il n’était pas dans le même cas que lui, dont les parents ne sont plus de ce monde. Des propos troublants à travers lesquels, l’on pouvait voir des menaces à peine voilées.

Il est tout aussi récurrent de voir de hauts responsables du régime accuser le PR en des termes à peine voilée, le présentant comme celui qui protège directement ou indirectement des voleurs de deniers publics et des criminels ou le qualifiant de "traitre".

Le PM lui-même n’était-il pas allé jusqu’à demander au président de la République de le laisser gouverner s’il n’est pas en mesure d’assumer toute son autorité. “Le Sénégal n’a aucun problème. Il a juste un problème d’autorité. Et il faut qu’on prenne nos responsabilités par rapport à cette situation. Qu’on me laisse gouverner, et on verra si les choses vont continuer ainsi”, disait-il.

Recevant les députés de la majorité présidentielle, le président de la République s’était d’ailleurs prononcé sur ces nombreuses attaques contre sa personne. Aux députés qui l’informaient des critiques reçues quand ils ont décidé de répondre à son invitation, il rétorquait, selon le député Abdoul Ahad Ndiaye : "On dirait que c’est aujourd’hui que vous avez entendu des propos outrageants et ça vous fait mal. Et moi, qu’est-ce que je dois ressentir depuis le début de ces histoires ? Ou est-ce que vous pensez que je n’entends pas ce qui se dit tous les jours sur moi. Et même si je ne l’entends pas, mes proches vont l’entendre et ils vont forcément me les remonter."

Des témoignages ont été faits lors d’une émission sur la chaîne YouTube 313. Quoi qu’il en soit, il urge, selon de nombreux observateurs, de mettre un terme à ce désordre qui commence

Et lorsqu’Ousmane Sonko, dans sa communication, va jusqu’à aborder la question de ses rapports avec Diomaye Faye sous l’angle de la « cohabitation douce », il n’est pas très loin de décrire une réalité vécue, car même si le Sénégal n’est pas inscrit dans le cadre d’un régime parlementaire, la situation actuelle fonctionne comme telle. Le PM Ousmane Sonko lui détient la majorité issue des législatives, au moment où le président de la république a en charge l’exécutif, le pouvoir de nomination, certaines prérogatives régaliennes, même si certains de ses actes doivent être contresignés par le PM.

Comment ne pas considérer cette déclaration de plus comme une défiance de plus vis-à-vis de celui dont il est supposé être le fusible ? Il devient dès lors difficile de savoir qui tient les manettes. Car alors si le premier ministre dont le maintien dans le gouvernement ne dépend que du décret du Chef de l’Etat, ose publiquement critiquer le président de la république, cela ne signifie qu’une chose : les deux se tiennent par la barbichette dans une logique de confrontation dans laquelle chacun s’amuse à faire peur à l’autre.

En vérité, Ousmane Sonko qui est censé être sous l’autorité de Diomaye Faye ainsi que son fusible, renvoie l’image d’un PM tout puissant qui agit en toute liberté, alors que le PR, resté aphone sur bien des sujets, semble avoir pris du recul pour le laisser aller aux charbons. Sur la question de la dette par exemple, le PM est en première ligne et refuse la restructuration, sans que l’on sache clairement ce que pense réellement Diomaye Faye, même si l’on perçoit bien qu’il semble chercher une solution douce et sans polémique avec le FMI.

Dans la relation entre les deux, même adossée au slogan de campagne « Sonko mooy Diomaye, Diomaye mooy Sonko », le président de la république n’aurait jamais dû atteindre ce niveau de preuve de sa loyauté et de gages, à moins de passer par les voies légales et constitutionnelles ? Ces déclarations selon lesquelles, ce dernier pouvait « lorgner son fauteuil » ; qu’il s’ « employait à l’installer au pouvoir » ; qu’il il voulait « un premier ministre super fort », etc. n’ont pas été bien décryptées par Sonko comme de la simple courtoisie et de la bienveillance. Les deux n’ont sans doute pas pris en compte que l’amitié est une chose et la gestion du pouvoir une autre. Cette dernière implique d’autres logiques assises sur des prérogatives constitutionnelles et l’impossibilité d’exercer le pouvoir en duo, surtout avec un Ousmane Sonko, leader charismatique et à la forte personnalité.

Aujourd’hui leur relation est devenue si exécrable qu’elle ne manque pas d’impacter la gouvernance, tant ils émettent sur des fréquences diamétralement différentes. Et pour ne rien arranger, la proposition de loi en vue de modifier les articles L29 et L30 du Code électoral, relatifs aux conditions d’éligibilité, qui est arrivée comme un cheveu sur la soupe, viserait selon des informations rapportées, à sécuriser juridiquement la candidature d’Ousmane Sonko en 2029, en anticipant toute interprétation restrictive du Conseil constitutionnel. D’ailleurs, dans sa parution du jour, le quotidien L’Observateur évoque une véritable « bombe législative » susceptible de rebattre les cartes. Le journal révèle les contours d’une proposition de loi portée par plusieurs députés, dont Ayib Daffé, Fatou Ba, Saliou Ndione et Ismaïla Abdoul Wone.

Une situation bien incongrue qui est vue par des observateurs comme un forcing qui ne dit pas son nom, imposé à Diomaye. De l’avis de Moundiaye Cissé de l’ONG 3 D, cité par un journal de la place du mardi 8 avril, à déclarer : "une réforme électorale sans inclusion de l’opposition et sans l’adhésion du président de la république, auraient peu de chance d’aboutir. Tout forcing risquerait de contraindre le président de la république à activer les leviers constitutionnels susceptibles de déboucher sur une crise institutionnelle ".

Alioune Tine de son côté, cité par le même quotidien, de dire : "la suppression de l’article 29 du code électoral , problématique, était discuté lors du dialogue politique et c’est Pastef qui s’y opposait ", ajoutant que "cette proposition de loi est un signe palpable de l’escalade dans la bataille pour le pouvoir qui oppose le premier ministre et le président de la république"

Mais dans un contexte économique aussi morose après 2 ans d’exercice du pouvoir, accrue par un poids insupportable de la dette, aggravé par une note du Sénégal sans cesse dégradée, sans oublier un contexte mondial, relevé par le Premier ministre Ousmane Sonko, avec en vue des mesures de rigueur et de mise en garde contre des perspectives difficiles pour le Sénégal, n’aurait-il pas été plus indiqué de se concentrer sur ces sujets-là, au lieu de s’inscrire pour ce couple de l’exécutif, dans une logique de gatsa gatsa qui n’a qu’un soubassement, un pouvoir qui se dispute ?