NETTALI.COM - Lors de la séance de questions d'actualités, à l'assemblée nationale, ce mardi 24 février, si le premier ministre a tiré à boulets rouges sur l'ancien régime sur la question de la dette dite cachée, Cheikh Diba a tempéré et tenté de rassurer sur le sujet. 

Hier merci à l'hémicycle, le Premier ministre a tiré à boulets rouges sur le régime précédent en demandant des comptes. “Ces gens avaient caché plus de 7 600 milliards. Où est passé cet argent? Si les responsables de ces actes vaquent à leurs occupations tranquillement, comment on peut demander aux autres de faire des sacrifices ? Je vais vous le dire, moi je n'ai aucun espoir sur les dossiers. Ça risque de ne déboucher sur rien du tout”, a fustigé le PM.

Pour lui, il y’a des mains tapies dans le système qui bloquent tous les dossiers. Citant la responsabilité des magistrats de la Cour des comptes qui approuvaient certaines conventions de financement, il peste : “Il faut que les comptes soient rendus. Si on ne le fait pas, moi je ne vais pas demander aux Sénégalais de faire des sacrifices. Si on ne le fait pas, les mêmes pratiques vont perdurer.

Dans le même sillage, Ousmane Sonko a également attaqué vigoureusement le Fonds monétaire international. Citant l’économiste Jeffrey Sachs dont il dit partager le point de vue, il fulmine : “Ce qui intéresse le FMI, ce n'est pas votre développement, ce qui l'intéresse c'est que vous restiez pauvre et sage.

Prenant la parole, le ministre des Finances Cheikh Diba est pour sa part revenu sur l’état des négociations avec le FMI. Les sujets, selon lui, étaient de deux ordres. D'abord le misreporting, c'est à dire la communication de données erronées au FMI ; ensuite la négociation d'un nouveau programme.

Sur le misreporting, tous les sujets ont été stabilisés. Nous sommes tombés d'accord sur l'audit, la situation de la dette, la correction des stats sur les finances publiques, sur tous les sujets d'ordre quantitatif, ainsi que sur les réformes à mettre en oeuvre”, a déclaré Cheikh Diba.

Selon lui, il ne reste plus que deux mesures préalables que le gouvernement pourra exécuter d'ici le prochain Conseil d’administration. Le gros problème, rapporte Diba, c’est surtout les discussions autour du nouveau programme. “…. Ces discussions portent sur le cadrage macroéconomique et budgétaire. Nous avions quelques divergences sur les projections relatives au cadrage macroéconomique. Nous, nous pensions que les hypothèses du Fonds sont pessimistes, eux ils nous ont trouvé trop optimistes. On a travaillé à rapprocher nos positions. Le vendredi passé, le Fonds a mis à jour son cadrage macroéconomique qu'il nous a envoyé. Dans les prochains jours, nous allons en discuter et arriver à un résultat qui va permettre de finaliser ces discussions”, a expliqué le ministre des Finances.

La gestion active de la dette

Pour Diba, c’est essentiel pour harmoniser les positions par rapport au sujet de la restructuration. “C’est le cadrage qui va nous permettre de déterminer le volume de financement dont nous avons besoin d’ici à 2028 par exemple. Sur la base de ses projections, le FMI pense que la restructuration est la solution pour traverser cette situation. Si nous arrivons à converger, le besoin va se rétrécir, nous permettant de boucler le financement”, souligne l’argentier de l’État.

À l’en croire, ce n’est pas par orgueil que le Sénégal rejette la restructuration. “Nous sommes contre parce que nous estimons qu'il y a une solution scientifique, économique et technique, qui nous permette de gérer cette question. C'est la gestion active de la dette. Du point de vue quantitatif, le résultat est presque le même. Et nous ne subissons pas les conséquences d'une restructuration”, a-t-il expliqué.

Pour ce faire, le gouvernement compte s’appuyer sur deux leviers. Il donne l’exemple de la dette bancaire locale. “Depuis fin 2024, nous travaillons sur la gestion active de la dette bancaire locale. En 2025, les tombées d'échéance étaient à peu près à 821 milliards avec une pression forte sur la liquidité des banques, et donc sur leur capacité à financer l'économie. Nous avons invité les banques à titriser certaines de ces créances. Cela a permis de négocier les termes de financement, améliorer le profil de maturité, gagner des espaces budgétaires à hauteur de plus de 500 milliards, rien que sur l'année 2025.

L’Etat compte faire la même chose avec la dette extérieure. “Le profil de cette dette est caractérisé par des coûts plus ou moins élevés et des maturités serrées. Ce que nous avons commencé à faire, c'est de travailler sur des instruments de rehaussement avec des institutions de garantie (Bad, Atidi...), pour pouvoir mobiliser des ressources à des coûts beaucoup plus faibles que les coûts d'endettement que nous connaissons aujourd'hui, avec des maturités plus longues”, soutient le ministre.

Cela va permettre, selon lui, de réduire le service de la dette et de libérer des espaces de trésorerie et budgétaires.