NETTALI.COM - Le 4 février dernier, l’État du Sénégal a autorisé Starlink, société appartenant à Elon Musk, à opérer sur le marché national en qualité de fournisseur d’accès à internet (FAI). Cette décision, présentée par le gouvernement comme un levier d’accélération de la connectivité universelle, suscite de vives réactions au sein des syndicats des opérateurs de télécommunications.

Starlink propose un service d’accès à Internet via une constellation de satellites en orbite basse. L’entreprise exploite des fréquences radioélectriques et s’appuie sur sa propre infrastructure spatiale privée pour fournir directement un accès Internet au grand public.

Le gouvernement justifie cette autorisation par sa politique de connectivité universelle, évoquant notamment une offre de connectivité gratuite destinée à un million de Sénégalais à travers la mise à disposition de 5 000 kits Starlink.

Mais du côté des syndicats des opérateurs, des réserves sont exprimées. Ils dénoncent l'opacité entourant les conditions d’octroi de cette autorisation, ainsi que l’absence de publication du cahier des charges. Selon eux, si l’État affirme avoir pris en compte les enjeux de souveraineté dans ce document, celui-ci tarde encore à être rendu public.

L’autorisation d’exploitation accordée à Starlink soulève, d’après ces organisations, des interrogations sur le régime juridique appliqué, l’équité concurrentielle, la réalité de la connectivité universelle et la souveraineté numérique du Sénégal.

Les syndicats rappellent les montants versés par les opérateurs historiques pour l’acquisition et le renouvellement de leurs licences. La Sonatel a payé 100 milliards de FCFA pour la 4G et le renouvellement de sa concession, puis 34,5 milliards de FCFA pour la 5G. Yas (ex-Free) a déboursé 27 milliards de FCFA et 13,5 milliards de FCFA pour ses licences 4G, tandis qu’Expresso a versé 5 milliards de FCFA pour l’acquisition de la licence 5G.

N’est-il pas normal que Starlink paie des dizaines de milliards de FCFA pour son autorisation ?”, s’interrogent-ils, soulignant que l’entreprise présente, selon eux, des caractéristiques similaires à celles des opérateurs classiques : infrastructure propre, utilisation de ressources souveraines rares et capacité à adresser le marché aux mêmes proportions.

Les syndicats contestent également les chiffres avancés par le gouvernement sur le taux de pénétration d’Internet. Le ministre aurait indiqué que seuls 40 % des Sénégalais sont connectés. Selon les opérateurs, ce taux concerne uniquement l’Internet fixe (ADSL et fibre). Ils affirment que le taux de pénétration global, incluant l’Internet mobile, atteindrait 120,05 %, selon des données issues d’un rapport de l’ARTP.

Pour eux, une interprétation erronée des chiffres pourrait justifier une décision engageant la souveraineté numérique du pays.

Au-delà de la concurrence, les syndicats évoquent un risque d’atteinte à la souveraineté numérique du Sénégal. Ils s’inquiètent d’une possible dépendance accrue à un acteur étranger disposant d’une infrastructure hors du territoire national et susceptible, selon eux, d’influencer l’accès à la connectivité.

Ils estiment également que l’entrée de Starlink pourrait entraîner une baisse des recettes fiscales pour l’État, un ralentissement des investissements dans les infrastructures terrestres, notamment la fibre optique, ainsi qu’une exposition accrue des données.

Enfin, ils appellent l’État à reconsidérer la Contribution spéciale des télécommunications (CST), estimant que cette taxe, censée financer la couverture universelle, devrait être réévaluée dans le nouveau contexte.

Le débat autour de l’entrée de Starlink sur le marché sénégalais s’annonce ainsi comme un enjeu majeur, à la croisée des questions économiques, technologiques et de souveraineté nationale.