NETTALI.COM - L’éventuelle candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations Unies avait été évoquée, à un moment donnée. Evoquée à nouveau, l'affaire a suscité des commentaires dans les rangs de Pastef.  Sera-t-elle soutenue par l’État du Sénégal ? Le député Guy Marius Sagna et le Directeur exécutif de la section d’Amnesty International (AI), Seydi Gassama, mettent en garde ; l’ancien ministre d'État Babacar Gaye prend le contre-pied.

La polémique est déjà lancée, alors que la position du président Bassirou Diomaye n'est pas connu sur un éventuel soutien ou pas à une éventuelle candidature du président Macky Sall. Sans doute que ceux qui réagissent, veulent anticiper et tuer toute velléité de soutien.

Déjà, le député Guy Marius Sagna est contre le soutien d'une éventuelle candidature de Macky Sall. “Les présidents Bassirou Diomaye Faye et Sassou Nguesso ont aussi discuté de la candidature de Macky Sall aux Nations Unies”, disent les médias congolais et la page Facebook de la présidence de la République du Congo, a réagi le député. Qui prévient : “Le Sénégal ne peut pas soutenir la candidature de quelqu'un qui a encouragé l'assassinat de près de 100 Sénégalais et l'emprisonnement de milliers de détenus politiques.

À l’en croire, ce serait trahir ces morts et ceux qui ont été emprisonnés durant le régime de Sall. “Ce serait pire qu'une trahison envers nos martyrs, envers nos détenus politiques. Et un mauvais signal à tous les dictateurs africains et non africains. Et un coup de massue aux peuples qui se battent pour leurs libertés”, soutient le député.

Directeur exécutif de la section d’Amnesty International (AI) Sénégal, Seydi Gassama est du même avis. “Monsieur le Président Bassirou Diomaye Faye, si le Sénégal soutient la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général de l'ONU, vous aurez trahi la mémoire de plus de 65 Sénégalais tués par son régime, y compris les 4 tués suite à sa décision de reporter l'élection présidentielle de février 2024”, réagit-il. “Sans le sacrifice de ces jeunes Sénégalais, dont les familles attendent toujours que justice soit rendue, vous ne seriez jamais devenu président de la République”, poursuit M. Gassama, rappelant aux États membres de l'Union africaine que la paix et la sécurité, le développement et les droits humains constituent les trois piliers de l'Organisation des Nations Unies.

Conseiller du Président, Bentaleb Sow laisse entendre que Diomaye Faye n’a pas pris la décision de soutenir la candidature de Macky Sall. Il qualifie la publication de Guy Marius Sagna de “spéculation inutile”. “Ce que disent ces médias n'engage qu'eux. Dans nos rêves les plus fous et nos cauchemars les plus sombres, au nom de quoi ce pays soutiendrait-il la candidature de cette personne qui pourrait être amenée à répondre à notre justice pour toutes les exactions faites sous son magistère ?”, répond-t-il au post du député.

“Seule compte la volonté des cinq majeurs…”

Prenant le contre-pied de ces derniers, Babacar Gaye, ancien ministre d’État et ancien député, a sèchement répondu à Seydi Gassama. “Comme beaucoup de Sénégalais, j’ai été frappé par le ton comminatoire et l’usage d’arguments moraux fallacieux présentés comme des vérités d'Évangile, alors qu’ils reposent sur une lecture sélective et malhonnêtement orientée de notre histoire récente”, fulmine le leader de Mankoo Mucc.

Sur le fond, il considère que Seydi Gassama fait une confusion institutionnelle. M. Gaye précise que nul ne se présente à titre personnel au poste de Secrétaire général des Nations Unies. D’après lui, ce sont des États parties qui portent des candidatures, et celles-ci ne prospèrent qu’à la faveur d’équilibres diplomatiques complexes, scellés notamment par l’adhésion des membres du Conseil de sécurité qui disposent du droit de veto.

Ni votre mise en garde, ni même l’absence de soutien officiel du Sénégal, ne sauraient à elles seules empêcher ou déterminer l’issue d’un tel processus. Seule compte la volonté des cinq majeurs, dont Macron et Trump”, affirme Babacar Gaye.

En présentant cette question comme un test moral, vous simplifiez à l’extrême un enjeu diplomatique qui relève d’abord de l’intérêt supérieur de la Nation. Gouverner, ce n’est pas céder à l’émotion ni aux pressions militantes ; c’est décider avec responsabilité, dans la sérénité et la hauteur que requiert la conduite de l’État. Et le Président Bassirou Diomaye Faye a appris très vite que les désirs de Pastef et de ses suppôts ne gouvernent pas le Monde”, persifle l’opposant.

Babacar Gaye estime que personne, dans ce pays, ne conteste la douleur des familles endeuillées, ni l’exigence légitime de justice pour toutes les victimes. Mais, à ses yeux, ériger ces tragédies en “instrument d’intimidation politique”, en conditionnant la conduite diplomatique de l’État à une injonction militante pose un problème de méthode et d’équité. La mémoire des disparus, dit-il, mérite la dignité, pas son instrumentalisation.

Lors de leur entretien, le président Bassirou Diomaye Faye et son homologue congolais Denis Sassou N’Guesso ont évoqué la question de la candidature de l’ancien président, Macky Sall, au poste de Secrétaire général des Nations Unies. Le président sortant a affirmé son souhait d’apporter sa contribution pour redorer le blason de l’ONU. Le candidat Sall a toutefois besoin du soutien des membres du Conseil de sécurité, du ralliement du bloc africain et de l’appui du monde islamique.

Avec 54 voix à l'Assemblée générale de l'ONU, le bloc africain est décisif. Le consensus de l'Union africaine (UA) est un pré-requis pour toute candidature continentale face à la concurrence d'autres régions. L'UA a rigidifié sa procédure, rendant obligatoire une “déclaration de vision” et des auditions publiques pour les candidats.

En ce qui concerne l’ancien président sénégalais, il a laissé une empreinte durable lors de son passage à la tête de l'UA (2022-2023), notamment par son plaidoyer pour l'intégration de l'UA au G20 et pour la réforme du Conseil de sécurité. Sa candidature doit normalement être portée par l'État d'origine du candidat. Mais il lui sera difficile d’obtenir ce soutien, car il faudra que l'État du Sénégal soumette et défende activement sa candidature devant le Conseil de sécurité. C'est une condition sine qua non. Et c’est loin d’être gagné.