NETTALI.COM - Le programme de modernisation des infrastructures judiciaires connaît une nouvelle zone de turbulence. Un bras de fer est engagé entre l’État du Sénégal et la société Ellipse Projects, accusée de retards importants malgré des décaissements évalués à 75 milliards de FCFA. Le ministre des Infrastructures, Déthié Fall, a officiellement sommé l’entreprise de reprendre les travaux.

Le dossier des infrastructures de la Justice revient au cœur de l’actualité avec une confrontation ouverte entre État du Sénégal et Ellipse Projects. Le ministre des Infrastructures, Déthié Fall, a adressé une mise en demeure au directeur général de l’entreprise, Alex Alize, exigeant la reprise effective des chantiers relevant de la Tranche 1 du vaste programme de modernisation du ministère de la Justice.

Le contrat en cause porte sur la construction de 69 blocs de bâtiments judiciaires à travers le pays, ainsi que d’un hôpital à Ourossogui, pour un coût global estimé à 250 milliards de francs CFA, payable en dix échéances. Bien que le marché ait fait l’objet de deux avenants, son exécution a été fortement perturbée après l’arrivée du nouveau régime, qui a procédé à un état des lieux des réalisations, entraînant le gel de certains paiements.

Malgré ces blocages, les autorités soutiennent que l'Etat a déjà décaissé 75 milliards de francs CFA au titre de la première tranche. Un niveau de décaissement jugé incompatible avec l’état d’avancement réel constaté sur plusieurs sites stratégiques.

Dans une correspondance datée du 15 décembre 2025, le ministre Déthié Fall souligne des retards notables, notamment au camp pénal de Sébikotane et à la Maison d’arrêt et de correction de Fatick. Il insiste sur la nécessité d’une exécution rigoureusement conforme au cahier des charges, condition indispensable à la poursuite du programme.

Quelques jours avant cette mise en demeure, le ministre s’était rendu à Ourossogui pour constater l’état du chantier de l’hôpital lancé le 18 juin 2021. Le site est aujourd’hui à l’arrêt depuis l’avènement du nouveau régime. À l’issue de cette visite, Déthié Fall avait adopté un ton ferme, tout en indiquant que la réponse de l’entreprise était en cours d’examen au niveau du ministère de la Justice, afin de déterminer la suite à donner à ce dossier jugé « extrêmement sérieux ».

De son côté, Ellipse Projects reconnaît les retards mais en rejette la responsabilité sur l’État, évoquant des arriérés de paiement. Assistée par Me Seydou Diagne, la société affirme être prête à reprendre immédiatement les travaux, à condition que les engagements financiers soient respectés. Selon des sources proches de l’entreprise, les paiements réclamés auraient été inscrits dans les budgets 2024, 2025 et même 2026, sans toutefois être effectivement versés.

Ce différend place désormais le programme de modernisation de la Justice à un tournant décisif, entre exigence de redevabilité de l’État et obligation d’exécution pour l’entreprise adjudicataire.