NETTALI.COM - Le Sénégal traverse l’une des périodes budgétaires les plus délicates de son histoire récente. La révélation de l’affaire dite de la « dette cachée » a profondément fragilisé la crédibilité financière du pays, entraînant la suspension du programme avec le Fonds monétaire international (FMI) et une quasi-fermeture de l’accès aux marchés financiers internationaux. Privées de financements extérieurs classiques, les autorités sénégalaises ont opéré un recentrage stratégique massif vers le marché régional des titres publics de l’UEMOA.
En 2025, ce choix s’est traduit par une mobilisation record de ressources sur le marché intérieur. Le Sénégal a ainsi levé 2 224 milliards de francs CFA sur le marché UMOA-Titres, devenant l’un des plus gros émetteurs de la zone. Une dynamique qui a permis de couvrir les besoins immédiats de financement, mais au prix d’une pression accrue sur la liquidité du marché régional et d’un endettement à court et moyen termes.
Pour 2026, les ambitions sont encore plus élevées. Intervenant lors de la 8ᵉ édition des Rencontres du marché des titres publics, actuellement en cours au Togo, le directeur de la dette publique, Aliou Diouf, a annoncé un objectif global de mobilisation de 6 075 milliards de francs CFA.
Un montant qui reste proche de celui déjà réalisé en 2025 (5 716 milliards), avec un écart d’environ 300 milliards de francs CFA, que les autorités estiment soutenable. « Ce qui montre que ce montant peut être réalisé sur le marché intérieur », a assuré le responsable sénégalais, affichant une confiance assumée dans la capacité d’absorption du marché régional.
Pour atteindre cet objectif, l’État sénégalais a élaboré un calendrier d’émissions précis et diversifié, combinant plusieurs instruments financiers :
- 4 132 milliards de FCFA à lever sur le marché intérieur classique, incluant 90 milliards de besoins de trésorerie ;
- 2 752 milliards de FCFA via les Bons assimilables du Trésor (BAT) et les Obligations assimilables du Trésor (OAT) ;
- 1 200 milliards de FCFA à travers des syndications, réparties en quatre opérations (APE), une par trimestre ;
- 180 milliards de FCFA via un Sukuk domestique, prévu en août, destiné à capter l’épargne des investisseurs sensibles aux principes de la finance islamique.
Cette diversification vise à élargir la base des investisseurs tout en limitant les tensions sur certains segments du marché.
Le calendrier présenté par la Direction de la dette révèle une progression graduelle mais soutenue des levées :
- 1 008 milliards FCFA attendus d’ici fin mars 2026 ;
- 1 966 milliards FCFA à fin juin ;
- 3 150 milliards FCFA à l’issue du troisième trimestre ;
- 4 132 milliards FCFA au total sur le marché régional à la clôture de l’année, hors syndications et Sukuk.
Les syndications sont programmées en mars, juin, septembre et décembre, traduisant une volonté de lisser les émissions tout au long de l’année.
Si cette stratégie permet au Sénégal de maintenir le financement de l’État sans accès aux marchés internationaux, elle n’est pas sans risques. La forte sollicitation du marché régional pourrait accentuer la concurrence entre États de l’UEMOA, renchérir les coûts d’emprunt et peser sur la liquidité bancaire. À moyen terme, la réussite de ce pari dépendra largement du retour à un programme avec le FMI, seul à même de restaurer la confiance des investisseurs internationaux et de desserrer l’étau financier.
En attendant, le Sénégal avance sur une ligne de crête : financer l’État sans asphyxier le marché, tout en tentant de restaurer sa crédibilité macroéconomique dans un contexte marqué par l’urgence et la vigilance des partenaires financiers.






