NETTALI.COM - Mais qu’a dit El Hadji Diouf de si grave pour mériter que la fédération sénégalaise de football se fende d’un communiqué long comme un fleuve dans le seul but de se démarquer de ses propos ? La fédération n’a-t-elle pas d’autre activité plus importante surtout avec ce dossier du Sénégal pendant devant la Caf ? A peine installé à la tête de la fédération, Abdoulaye Fall, le nouveau président de la fédération sénégalaise de football semble déjà se perdre dans les priorités, tout en montrant des limites dans la communication de la fédération.
L’origine de ce qui a poussé la fédération à rendre public un communiqué pour se démarquer de l’ancien international, remonte en effet aux célébrations du sacre des Lions à la CAN. Sur scène, aux côtés de Youssou Ndour, El Hadji Diouf s’était lancé dans une tirade mémorable et provocatrice : "Youssou Ndour et moi, nous sommes un État. Nous sommes plus vieux que l’État. Nous avons tout fait pour cet État, donc l’État doit nous respecter et nous laisser tranquilles. Sinon, il n’y aura pas de paix." Dans cette déclaration, le point de friction majeur est en vérité lié à l’interpellation des autorités politiques par El Hadji Diouf, relative à l’attribution de biens immobiliers, mêlant reconnaissance sportive et avantages matériels.
Et réaction à la déclaration d'El Hadji Diouf, la fédération a condamné "tant sur le fond que sur la forme, les réclamations formulées concernant l’octroi des terrains". "S’agissant des prises de position de l’intéressé sur la gouvernance du football international et l’actualité des instances dirigeantes du sport, la FSF tient à marquer sa démarcation. La politique internationale de la FSF est définie par son Comité exécutif et s’exprime par la voix de son président de ses porte-paroles officiels, dans le strict respect des règles diplomatiques et des relations de bon voisinage avec les instances sœurs", a tenu à préciser la FSF.
Et pourtant, si l'on note bien, El Hadji Diouf n’est ni un élu, ni un membre de la fédération et encore moins un membre du comité exécutif de la fédération et ne s'est en aucun cas exprimé en tant que membre de la fédération. Que la fédération ait senti le besoin de se fendre d’un communiqué long comme un fleuve, dans le seul but de se démarquer des propos d’El Hadji Diouf, est donc bien étonnant.
Qu’il ait aussi évoqué une affaire de terrains attribués par l’ancien régime, en son nom propre, au nom de joueurs actuels ou anciens de l’équipe nationale, ou encore de membres de la fédération de l’ancienne équipe (encore présents à 99%), en quoi cela devrait-il constituer un problème ? El Hadji Diouf pourrait même être intéressé à titre personnel ou même indirect ; une raison certainement valable pour dénoncer un état de fait qu'il considère à son avis normal.
Pour ceux qui le connaissent bien, El Hadji Diouf, l'international tantôt qualifié de "bad boy", a toujours été un personnage libre, provocateur, mais généreux et aimant l’ambiance, la fête et surtout rigoler sur son statut de meilleur joueur d’Afrique avec des footballeurs africains de sa génération. Qu’El Hadji Diouf dise par exemple : « je suis le plus grand joueur d’Afrique, ce que j’ai fait, personne ne l’a fait. Je suis le double ballon d’or africain, sans forcer », qui est-ce que cela peut bien gêner ? N’est-il pas libre de clamer ce qu’il veut, tout haut et fort ? Qu’il ait été sacré double ballon, cela est vrai. Qu’il se considère comme le meilleur joueur d’Afrique pour cette raison, cela ne relève-t-il pas de sa liberté ? Les sorties d'El Hadji souvent faites sous l'angle de la provocation d'ailleurs jamais méchante, valent-elles un communiqué ? A moins que l'on considère qu'il faille pondre un communiqué pour la moindre sortie.
Le patriotisme d’El Hadji n’est plus à démontrer, et sa présence en équipe nationale, même en tant qu’électron libre, n’a pu apporter que motivation et détermination à ces jeunes joueurs, lors de la Can. Et Sadio Mané, dans un de ses témoignages, a dit tout le bien qu’il pense de l'international, à savoir qu’il est tellement généreux que "lorsqu’on le connaît, on ne peut que l’aimer."
Qu’il y ait maintenant des personnes embusquées dans les réseaux sociaux, lesquels, à travers des actions coordonnées et téléguidées, s’attaquent à lui, en se posant des questions sur son rôle dans la fédération et le bien-fondé de sa présence dans la délégation, relève tout simplement d’une volonté de l’éloigner de l’environnement de l’équipe. L’on espère juste qu’il n’y ait pas derrière ce communiqué de la fédération, une volonté de faire plaisir parce qu’on craindrait des reproches. Qu’il y en ait également pour soupçonner des raisons politiques cachées liant El Hadji Diouf à l’ancien régime, relève tout simplement d’une paranoïa qui ne dit pas son nom.
Ce qui est d’autant plus aberrant dans cette affaire, c’est qu’Abdoulaye Fall a commis la même faute qu’il impute à El Hadji Diouf. Comme dans la partie du communiqué où il se démarque " des prises de position de l’intéressé sur la gouvernance du football international… » et précise que « la politique internationale de la FSF est définie par son Comité exécutif et s’exprime par la voix de son président de ses porte-paroles officiels, dans le strict respect des règles diplomatiques et des relations de bon voisinage avec les instances sœurs ».
En effet, dans l’histoire du football, rares sont les dirigeants qui, après un sacre continental, choisissent de déplacer le centre de gravité du débat vers l’arbitrage, l’organisation et de supposées influences politiques. En accusant publiquement le Maroc de « tout contrôler » au sein de la CAF et en mettant en cause directement Fouzi Lekjaa, vice-président de l’instance continentale, Abdoulaye Fall a opéré un glissement dangereux : celui de la contestation sportive vers l’accusation institutionnelle.
Cette posture pose un premier problème de communication : elle dévalue le succès sportif. En suggérant que la victoire sénégalaise s’est produite malgré un environnement hostile et biaisé, le président de la FSF affaiblit paradoxalement la portée du triomphe des Lions, qui méritait d’être célébré sans arrière-pensée.
Deuxième erreur majeure : l’usage d’un discours accusatoire sans fondement juridiquement établi. Dans un écosystème sportif régi par des codes disciplinaires stricts (CAF, FIFA), la mise en cause publique de l’intégrité d’une fédération sœur et de l’instance continentale, expose son auteur à des procédures formelles. La réaction du Club des avocats au Maroc, annonçant une possible saisine sur la base des codes d’éthique et disciplinaire, montre que cette sortie n’est pas restée sans conséquences.
Un dirigeant fédéral n’est pas un chroniqueur et encore moins un supporter. Sa parole engage son institution. En franchissant cette ligne, Abdoulaye Fall a pris le risque de transformer un différend sportif en contentieux juridique international, au détriment du football sénégalais.
La séquence révèle également une incohérence interne. D’un côté, le président de la FSF accuse frontalement la CAF et le Maroc.
De l’autre, la même fédération publie un communiqué pour se désolidariser fermement des propos d’El Hadji Diouf, au nom du respect des institutions et de la retenue.
Cette dissonance affaiblit la crédibilité de la FSF. Comment appeler à la modération quand la parole la plus radicale émane précisément de son président ? La communication institutionnelle perd alors toute cohérence, donnant l’image d’une gouvernance émotionnelle et réactive.
Le football africain n’est plus un simple sport. Il est devenu un espace de diplomatie, d’influence et de coopération stratégique. Le Maroc y occupe une place centrale, tant sur le plan organisationnel que politique. En ignorant cette réalité, Abdoulaye Fall a sous-estimé la portée diplomatique de ses propos.
Au moment où les autorités étatiques sénégalaises et marocaines s’efforcent d’apaiser les tensions, la persistance de déclarations incendiaires de dirigeants sportifs, donne l’impression d’un double discours national, brouillant les canaux de coopération.
Enfin, cette séquence met en lumière une occasion manquée. Un président de fédération aurait pu, dans ce contexte, adopter une posture de leadership : rappeler les mécanismes de recours existants, défendre les intérêts sénégalais par les voies appropriées et recentrer le débat sur la performance sportive.
Au lieu de cela, la communication choisie a nourri la polémique, exposé la FSF à des risques disciplinaires et déplacé le débat vers des terrains sensibles — juridique, diplomatique et institutionnel.
Les erreurs de communication d’Abdoulaye Fall dans l’après-CAN 2025 rappellent une évidence : dans le football moderne, la victoire sur le terrain doit s’accompagner d’une maîtrise totale de la parole institutionnelle. À ce niveau, chaque mot engage, chaque accusation expose, chaque imprudence coûte.
Le Sénégal a gagné la CAN. Mais en matière de communication institutionnelle, cette séquence montre que le match est encore loin d’être maîtrisé.






