NETTALI.COM - La Can de football a baissé ses rideaux, avec une victoire du Sénégal sur le Maroc. Mais pour un sport qui est censé rapprocher et développer l'amitié entre les peuples, le spectacle offert par la Can 2025, est aux antipodes de ce que l'on attend d'une fête africaine du football, censée célébrer la fraternité entre les peuples d'un même continent.
En effet, lorsqu’un tournoi de football devient à ce point gangrené par une passion incontrôlée et des actes anti sportifs qui tuent le fair-play, l'équité, génère de la suspicion à tous les étages, ainsi que de la violence, l'on sort indubitablement du cadre du sport, avec une issue qui ne peut être que fâcheuse. Passons sur les faits que tous les pays avec toutes ces complaintes qui ont été faites, les médias s’en sont déjà chargés en démontant au passage, toute cette volonté de manipulations qui ne visaient qu’un seul objectif, celui de travestir les faits.
Le phénomène du hooliganisme dans ce sport européen, est là pour nous rappeler à quel point l’excès de passion et d’agressivité incontrôlées, peut avoir des conséquences désastreuses, telles que des violences physiques, des dégradations et même des comportements racistes. Le drame du Heysel, survenu le 29 mai 1985 à Bruxelles, lors de la finale de la Coupe d'Europe des clubs champions, est de ce point de vue, l'une des plus grandes tragédies du football. Avant le match entre Liverpool et la Juventus, des hooligans anglais ont chargé des supporters italiens, causant 39 morts et plus de 600 blessés.
Des actes très peu honorables commis
L'on n'en est certainement pas à ce niveau avec cette Can là, même si on n'en est pas finalement très loin. En effet dans cet évènement sportif, d'aucuns ont vite oublié que le foot n'était juste qu'un jeu, en glissant dangereusement sur un terrain d’hostilités, d’injures, d’inimitié entre des peuples et qui les place de fait en position de hors-jeu. Si dans les stades et en dehors, l’on a assisté à des scènes peu honorables de la part d’officiels, de stadiers, de supporters et de joueurs Marocains, aussi bien dans le cadre de l’accueil, l’organisation, le jeu, sans oublier cet arbitrage douteux, ce qui ressemble à une bataille entre deux camps adverses, s’est prolongé sur les réseaux sociaux.
En effet, Ils nous ont révélé à travers les dérives de cette compétition, ce qu’il y a de plus scabreux et de hideux, jusqu’en France et en Belgique. Du côté des perdants, beaucoup de ceux qui sont ulcérés par la défaite des Lions de l’Atlas, ont inondé les canaux digitaux comme Facebook, X, Tiktok de propos racistes à l’encontre des Noirs. “Animaux”, “Macaques”, “Bande de sauvages”, “N*gres”, “On va continuer de vous jeter dans le désert”, “Vous avez montré votre vrai visage lors de ce match : vous n’êtes bons que pour l’esclavage”…
En retour, certains Français d’origine sénégalaise ont répondu par des propos racistes anti-maghrébins tout aussi virulents : “Bougn*ules”, “Sales Marocains”. En gros il y en a eu pour toutes les insultes et de toutes les couleurs.
Un spectacle bien triste avec des manifestations du racisme dans son état le plus primaire.
Même un secteur où ne s'attendait pas du tout à ce type de réactions d'émotions, n'a pas échappé aux conséquences désastreuses de cette finale. A l'université international de Casablanca, une enseignante a tout simplement craqué en proférant des propos racistes à l'endroit des supporters sénégalais euphoriques après la victoire. Sur Instagram, la désormais ancienne de l’UIC avait notamment laissé le commentaire “esclaves” sur une vidéo postée par la chaîne française Brut.
Presque dans la foulée, pour sauver la réputation de l’université, l'établissement a publié un communiqué. “L’Université internationale de Casablanca tient à exprimer ses excuses à l’ensemble de sa communauté ainsi qu’à toutes les personnes qui ont pu être choquées ou blessées par les propos récemment relayés à titre personnel par une collaboratrice. Bien que ces propos aient été publiés à titre strictement personnel, l’Université assume pleinement sa responsabilité morale en tant qu’institution académique et éducative”, peut-on lire dans la note d'excuse.
L’UIC a évidemment tapé fort, ne tolérant pas de telles dérives qui de surcroît, sont attribuées à une enseignante. “La situation a fait l’objet d’un examen rigoureux, aboutissant à une décision ferme et définitive. La personne concernée n’exerce désormais plus aucune fonction au sein de l’établissement”.
L'établissement marocain compte aussi agir pour que le football et tout autre sport unissent au lieu d'avoir l'effet contraire, comme l'illustrent les propos suivants. “L’Université Internationale de Casablanca appelle enfin à l’apaisement et réaffirme sa volonté de tirer les enseignements nécessaires afin de prévenir toute situation similaire à l’avenir ». Mais dans ce grand désordre, une voix plus qu'autorisée est montée au créneau fort heureusement.
Des appels à l'apaisement, mais...
Vendredi 23 janvier, que le Cheikh de la Zawiya Tidjane prêche la bonne parole et appelle à l’apaisement, à la retenue, relève d’une posture très responsable. En effet, après la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2026 et des réactions qu’elle a suscitées sur certaines plateformes de réseaux sociaux, Mohammed El Kébir Ben Sidi Ahmed Tidjani a publié un communiqué officiel appelant à l’apaisement, à la retenue et au respect des liens spirituels et fraternels unissant les peuples marocain et sénégalais.
Dans ce message, le Cheikh de la voie Tidjane au Maroc souligne que les tensions observées, aussi vives soient-elles, ne sauraient remettre en cause la profondeur des relations historiques, spirituelles et humaines qui lient le Royaume du Maroc et la République du Sénégal. Des liens qui, rappelle-t-il, dépassent largement le cadre d’un événement sportif, aussi intense soit-il sur le plan émotionnel. Il insiste sur la sacralité de cette fraternité fondée sur l’unité de la foi et l’héritage commun de l’islam confrérique, notamment tidjane. Elle rappelle que les deux peuples forment une communauté de coeur et de croyance, soudée par un amour en Dieu qui ne peut être altéré par des circonstances passagères. Le communiqué s’appuie également sur l’héritage spirituel légué par les grandes figures de la Tidjaniyya ayant oeuvré, au fil des siècles, à renforcer les liens entre le Maroc et le Sénégal.
Sont notamment cités El Hadj Omar Foutiyou Tall, El Hadj Malick Sy et Cheikh Ibrahim Niass, dont l’action a fait des zaouïas des espaces de savoir, de piété et de dialogue, reliant Fès, Dakar et l’ensemble du Sénégal. Face aux discours jugés clivants, la Cheikhie de la Zaouiya Tidjane met en garde contre toute tentative d’instrumentalisation des compétitions sportives à des fins de division. Elle appelle ses disciples, sympathisants et, au-delà, l’ensemble des peuples frères, à faire preuve de discernement, de sagesse et de maîtrise de soi, rappelant que la fraternité de foi exige tolérance et responsabilité. Dans un appel solennel à la coopération et à la solidarité, le Cheikh de la voie Tidjane exhorte à dépasser cette séquence conjoncturelle et à poursuivre la dynamique de fraternité exemplaire entre les deux pays, sous la conduite de Mohammed VI, Roi du Maroc, et de Bassirou Diomaye Faye, Président de la République du Sénégal. Citant le verset coranique appelant à la paix entre les croyants, le communiqué se conclut par des prières en faveur du Maroc et du Sénégal, invoquant la pérennité de la sécurité, de la paix, de l’harmonie et de l’amour entre les deux nations.
En somme, une vraie prise de position, limpide et sincère.
Quant au roi du Maroc, Mohamed VI, il a certes pris la parole pour calmer les esprits. Mais une position loin d’être aussi claire que celle du Cheikh de la Zawiya Tidjanya. “[...] Une fois la passion retombée, la fraternité inter-africaine reprendra naturellement le dessus, car cette réussite marocaine est aussi une réussite africaine. Le Maroc reste fier d’avoir offert, sur sa terre, un mois de joie populaire et d’émotion sportive, et d’avoir contribué au rayonnement de l’Afrique et de son football”, il déclaré.
Un discours sur la fraternité qui est toutefois le contraire de ce qui a été vécu par les autres équipes africaines. Un communiqué qui peut même semer le trouble dans les esprits, parce qu’écrit dans des termes qui peuvent laisser penser que la fraternité a été interrompue, le temps que la passion se vive ! Les conseillers devraient revoir leur copie.
La question au-delà, est dès lors de savoir pourquoi le roi n’a pas pris le soin de féliciter le Sénégal ? Et il sera bien difficile de ne pas condamner l’attitude condescendante, arrogante et même discourtoise de Moulay, son frère qui n’a même pas daigné remettre la coupe, se contentant de l’effleurer, avant de laisser ce qui ressemblait à une corvée à Motsepe et Infantino, l’invité d’honneur bien envahissant et même très suspect dans sa rapide recommandation à condamner le Sénégal.
Mais comment ne pas déplorer l’attitude des autorités marocaines qui semblent s’acharner sur des supporters sénégalais qu’elles maintiennent en détention, comme dans le cas d’une prise d’otages. C’est comme si cet acte leur servait d’exutoire, avec la programmation de leur audience en jugement le 29 janvier prochain.
Mais était-il vraiment nécessaire pour le Président de la Fédération Sénégalaise de Football (FSF), Abdoulaye Fall, de mettre de l'huile sur le feu en accusant le Royaume du Maroc de « manipuler la CAF » et d’exercer une influence occulte sur la gouvernance du football continental ? Une déclaration qu'on aurait certainement attendu d'un supporter. Mais certainement pas de lui. Le Club des Avocats au Maroc a en tout cas exprimé sa vive réprobation. Dans un communiqué ferme, l’organisation estime que ces propos dépassent le cadre de la critique sportive pour s’inscrire dans une démarche assimilable à une calomnie institutionnelle, portant atteinte à l’intégrité des institutions marocaines et africaines du football. La mise en cause de l’équité procédurale de la Confédération Africaine de Football (CAF) est qualifiée d’offense directe à la crédibilité de l’instance continentale.
Selon le Club, ces allégations, jugées dépourvues de toute preuve, constituent une atteinte grave à l’honneur des organes sportifs concernés. L’organisation dénonce une rhétorique reposant sur des insinuations et une tentative de détournement de responsabilités, visant à masquer des insuffisances internes par une théorie du complot susceptible de fragiliser la cohésion du football africain.
Sur le plan réglementaire, il rappelle que de telles déclarations pourraient constituer une violation des principes fondamentaux édictés par la FIFA et la CAF, notamment en matière de neutralité, de loyauté et d’intégrité. Les propos incriminés seraient susceptibles de tomber sous le coup des articles 14, 15 et 16 du Code d’Éthique de la FIFA, de l’article 82 du Code Disciplinaire de la CAF, ainsi que des dispositions relatives à la diffamation et aux comportements offensants prévues par les règlements des deux instances.
Face à cette situation, le Club des Avocats au Maroc annonce son intention d’engager une procédure officielle de saisine auprès des organes compétents de la FIFA et de la CAF, en vertu des mécanismes prévus par leurs textes disciplinaires. Une enquête préliminaire pourrait ainsi être ouverte afin d’examiner la recevabilité des griefs et d’éventuelles sanctions.
Enfin, l’organisation souligne qu’aucune frustration sportive ne saurait justifier des attaques contre l’honneur des institutions, réaffirmant son attachement à la dignité du football marocain et à la préservation de la fraternité africaine.
Rééquilibrer un peu plus nos rapports
Mais à la vérité, l’on ne peut se retrouver dans un cas de figure où l’on prône d’une part, la fraternité et d’autre part, faire preuve d’un manque notoire de cohérence dans les manifestations de cette fraternité. Il y a comme qui dirait, une fraternité déclamée par les autorités marocaines et qui ne serait au fond qu’une posture diplomatique officielle, là où les peuples africains noirs vivent une réalité diamétralement différente.
Le chef du gouvernement sénégalais, Ousmane Sonko, se trouve actuellement à Rabat pour une visite qui prend fin le 27 janvier, dans le cadre de la 15e Grande Commission mixte de coopération bilatérale. Une première visite officielle du responsable sénégalais au Royaume depuis l’élection du nouveau président sénégalais de la république, début avril 2024. L’occasion sera sûrement saisie pour évoquer les tracasseries et autres mauvais traitement vécus par les Sénégalais au Maroc.
L’histoire de la présence des Sénégalais au Maroc foisonne en effet de témoignages de Sénégalais qui rapportent les calvaires qu’ils vivent au Maroc, ainsi que des traitements dégradants et humiliations qu’ils subissent au quotidien, sur fond de propos racistes qu’on leur profère, alors que beaucoup sont amenés à faire profil bas, dans le but d'éviter des problèmes, dans ce pays où des citoyens sentent un certain complexe de supériorité vis-à-vis des subsahariens noirs. Cela n’est certainement pas le cas du comportement de tous les Marocains, mais un fait demeure, est qu’un racisme décomplexé existe chez certaines catégories de populations qui n’hésitent pas à traiter des noirs d’esclaves.
A cela, s'ajoute le fait que rencontrer une équipe maghrébine à domicile, n’a jamais été une partie de plaisir. Il existe en effet dans le jeu des équipes maghrébines, une telle culture avec une propension à influencer les arbitres, à simuler des fautes et à accueillir les adversaires non sans tracasseries, à un point tel que les équipes subsahariennes sont toujours sur leurs gardes lorsqu’elles rencontrent des maghrébines. Cette crainte, comme on s’y attendait, s’est transformée en réalité pour presque toutes les équipes qui se sont retrouvées sur le chemin des Marocains dans cette Can. C’est pourquoi, il fallait à un certain moment dire stop et c’est ce que Pape Thiaw, le coach du Sénégal, a fait.
Mais, à la vérité, il est temps, l’expérience aidant, de sonner la fin progressive des rapports trop déséquilibrés qui finissent par même ressembler à de la faiblesse. Le Sénégal a en effet cette mauvaise habitude de se montrer plus bienveillant qu’il ne faut avec certains états qui ne le lui rendent point. Loin d’appeler à de la xénophobie ou à un quelconque chauvinisme, ce genre de contextes de crise, doit servir d'exemple au Sénégal, afin que soit amorcé un rééquilibrage de ses rapports avec les autres états qui ne le respecteraient pas assez ; mais tout cela, avec réalisme, mesure et sérénité.
L’état de nos rapports actuels avec le Maroc, montre d'ailleurs que c’est le royaume qui en sort largement gagnant. Que récoltons-nous réellement sur le plan des échanges commerciaux ? Avec des Sénégalais qui oeuvrent essentiellement dans le commerce au Maroc, les petits boulots dans les centres d’appel (services) et autres activités moins valorisantes, une contrepartie économique conséquente, est loin d'être au rendez-vous.
Sur le volet économique et politique de ce partenariat, selon des sources émanant des services de la primature, en 2024, les exportations du Sénégal vers le Maroc étaient évaluées à 24,7 milliards FCFA, alors que les importations étaient estimées à 147 milliards FCFA. Principalement, le Sénégal exporte du poisson frais ; des conserves de thon et de sardine ; la pâte d’arachide ; la noix de coco ; la noix de cajou ; les produits horticoles, notamment les piments et les mangues.
Quant aux importations, elles sont dominées par des produits manufacturés et de consommation courante. Le document note ainsi les pâtes alimentaires, le couscous et les pains préparés ; les détergents et les savons ; les produits de boulonnerie et de visserie ; les fruits et légumes, notamment les agrumes….
Sur le niveau important des investissements directs étrangers marocains au Sénégal. “Le stock d’IDE marocains au Sénégal s’établit autour de 105 millions USD en 2016 et 2017, avant de progresser pour atteindre environ 116 millions USD en 2018 puis un sommet de près de 136 millions USD en 2019. Cette montée en puissance traduit un ancrage financier et stratégique croissant des groupes marocains au Sénégal, particulièrement dans les services financiers, l’immobilier, les télécommunications et les services aux entreprises”, indique le document.
De plus, sous nos cieux, les Marocains possèdent quatre banques (CBAO, Crédit du Sénégal, Banque Atlantique, BOA avec des devises à la clef) qui servent de soutiens actifs à leurs PME/PMI qui s’implantent au fur et à mesure sur notre sol ; idem dans le secteur de la microfinance, les assurances avec AMIFA et Wafa assurance” ; de même que dans celui des BTP, l’agroalimentaire, la pharmacie, les mines, les services, la maroquinerie, les exportations de fruits et légumes, la formation de leurs médecins sous nos cieux, etc.
Le Maroc a récemment connu une large expansion en Afrique subsaharienne inspirée par une vision du roi. Mais quelle est réellement la stratégie de l’Afrique et par ricochet du Sénégal dans ses rapports avec les autres ?
Il est en tout cas grand temps que l’Afrique se réveille et qu’elle cesse d’être naïve dans ses rapports avec les autres. Si elle n’a rien à offrir en termes de stratégies dans ses rapports avec le reste du monde, elle sera toujours considérée avec mépris. Le poids économique d’un pays, qu’on l’accepte ou pas, est ce qui lui confère les bases du respect qui lui est dû.






