NETTALI.COM - Ça y est, le Sénégal l’a fait, malgré tout le doute qui entourait l’issue de cette finale du dimanche 18 janvier 2026. La vérité est que dans cette rencontre crânement disputée par des Sénégalais, l’arbitrage a bien failli leur jouer des tours. D’aucuns auront beau critiquer le coach Pape Thiaw pour avoir demandé à ses joueurs de se retirer dans les vestiaires, suite à ce pénalty jugé incompréhensible, mais fallait-il laisser l’arbitre et une CAF un peu trop passive pour jouer son rôle, décider aussi facilement du sort des Lions, surtout après le but sénégalais refusé ?
L’arbitrage et les abus des Marocains, au centre des complaintes de cette CAN
Cette coupe d’Afrique était déjà si pleine de complaintes des autres équipes sur le chemin du Maroc dirigées contre un arbitrage jugé bien douteux qu’il fallait à un moment donné, dire stop. Eh bien, c’est ce que fut Pape Thiaw, non sans produire un certain effet chez les Marocains qui devaient bien craindre, en ces instants-là, pour leur image internationale. N’oublions quand même que le Maroc postule pour une candidature conjointe pour le mondial 2030 aux côtés de l’Espagne et du Portugal !
Mais, pendant que certains s’attardaient sur les conséquences de la réaction de Pape Thiaw, Samuel Éto’o invitait plutôt à regarder la réalité en face, à s’intéresser aux causes de la réaction du sélectionneur sénégalais. Et parmi ces causes profondes, il y a l’arbitrage au centre de toutes les polémiques. “Les arbitres restent des humains, je ne souhaite pas venir ici les accuser, mais il y a eu des faits de jeu qui ont marqué cette CAN à jamais. Maintenant, il revient à la CAF de prendre ses responsabilités et de voir ce qui a moins fonctionné, afin de prendre les décisions qui s’imposent.” Ce même Samuel Eto’o, qui, il n’y a guère longtemps, pour avoir osé dénoncer l’arbitrage lors du match Maroc-Cameroun, en quart de finale - perdu par le Cameroun sur le score de 2-0 -, a écopé de quatre matches de suspension.
Moins diplomate, le journaliste Hédi Hamel avait pourtant averti depuis les huitièmes de finale sur la chaîne algérienne Ifrikya, sur le niveau catastrophique de l’arbitrage de cette Coupe d’Afrique, en particulier durant les matches concernant le pays organisateur. “Jamais une CAN n’a connu des arbitres aussi peu compétents, aussi peu expérimentés, aussi peu connaisseurs et observateurs, respectueux des règlements de l'arbitrage et des lois du football”, dénonçait le journaliste, ancien conseiller des présidents Issa Hayatou et Ahmad Ahmad, auteur du livre : Il était une fois la Can : 70 ans d'histoire.
Des abus, il y ‘en a vraiment eus dans cette CAN ! Comme ces jours Sénégalais exposés au public à leur arrivée à Rabat pour disputer la finale, avec une sécurité réduite à peau de chagrin ; ou cet hôtel de moindre standing où ils ont été, dans un premier temps logés, avant d’atterrir par la suite, dans un 5 étoiles ; sans oublier ce terrain d’entrainement si éloigné de leur hôtel. Comment ne pas déplorer cette « guerre des serviettes » ? Une scène digne d'une dispute de gosses dans une cour de récré, avec un Yehvann Diouf, doublure du gardien du Sénégal, pris en chasse et traîné sur le sol par des stadiers et ramasseurs de balle, alors qu’ils cherchaient à subtiliser la serviette du gardien Edouard Mendy, au point même de pénétrer dans la pelouse ; que dire de l’attitude du joueur Ismael Saibari qui se tenait devant Yehvann afin de l’empêcher de protéger les serviettes de Mendy qui lui servaient juste à s’essuyer les gants et le visage du fait de la pluie ? Des images affligeantes relayées par les réseaux sociaux qui n’ont apparemment choqué personne parmi les autorités de la Caf !
Ce qui a d’ailleurs été le plus étonnant dans cette affaire, c'est le fait que cette dernière ait attribué le prix du fair-play à Achraf Hakimi pour le compte du Maroc, alors que le même capitaine du Maroc avait lui-même participé à la mascarade en subtilisant la serviette d’Edouard Mendy, avant de la balancer hors du terrain, derrière les panneaux publicitaires ; il a fallu qu’El Hadji Malick Diouf se charge de la récupérer en sautant derrière ces panneaux.
Que dire des personnes arrêtées et qui sont principalement des supporters venus encourager les Lions du Sénégal ? Parmi eux figurent , selon des informations, cinq membres du groupe 12ème Gaïndé, trois membres du mouvement Lebou Gui, ainsi que d’autres fans ayant fait le déplacement pour suivre leur sélection nationale lors de cette finale très attendue. Une affaire qui continue de susciter de nombreuses réactions au sein de l’opinion publique. Des quotidiens de la place nous annoncent qu’ils seront jugés le 4 février prochain. Dans les réseaux sociaux, des informations circulent sur des sévices exercés sur certains d’entre eux. Le journaliste Ayoba Faye sur X a d’ailleurs écrit qu’ « ils ont été provoqués, agressés, violentés », estimant que « les autorités doivent faire tout leur possible pour qu’ils soient bien traités dans les lieux de détention durant ces deux semaines ». Des images insoutenables qui circulent sur les réseaux sociaux, qui devraient faire réagir les autorités sénégalaises, au moment où des messages d’intox tendraient à attribuer des attaques aux supporters sénégalais.
Bref la liste des abus est bien longue et on y passerait la nuit en essayant de les énumérer.
Fouzi Lekjaa, l’homme au centre de l’affaire Pape Thiaw
Avec cette annonce de plainte de la Fédération marocaine de Football auprès de la Caf et de la Fifa afin de faire la lumière sur les évènements ayant conduit à l’arrêt de la finale face au Sénégal, le Maroc semble ainsi avoir trouvé un exutoire et le coupable parfait en la personne de Pape Thiaw qui risque de porter seul le poids d’une affaire aux contours bien floue. Un geste jugé « grave », « anti sportif » par la partie marocaine. Et dans cette ambiance électrique, Walid Regragui a été le premier à allumer la mèche en tirant à boulets rouges son homologue, sur Canal +, estimant que son geste ne l’honorait pas. Une sortie qui semblait déjà baliser la voie d’une responsabilité individuelle.
A la vérité, c’est une indignation sélective qui s’est abattue sur le bouc émissaire Pape Thiaw. Et pourtant si on replace les choses dans leur chronologie et contexte, ainsi que le souligne le journal « Le Témoin », une autre lecture peut s’imposer. Au centre de cette affaire apparaît le tout puissant Fouzi Lekjaa, président de la Fédé¬ration Royale Marocaine de Football, vice‐président de la CAF et membre du conseil de la FIFA. Pour Lekjaa, la défaite du Maroc face au Sénégal, vécue devant les plus hautes autorités et tout un pays, a dépassé le simple cadre sportif. Elle a été ressentie comme une humiliation personnelle, ce qui peut se comprendre.
Et le journal qui a effectué des recherches, de rapporter les faits suivants, dans son édition du 21 janvier. A savoir qu’en 2019, à l’issue de la finale de la coupe de la Caf entre Zamalek d’Egypte et la RS Berkane, plusieurs témoins et un rapport officiel affirment que Fouzi Lekjaa aurait donné un coup de tête à l’arbitre international éthiopien Bamelak Tesema. Une plainte est déposée mais l’affaire sera finalement classée sans suite par la CAF, alors même que Lekjaa siégeait comme 3ème vice-président de l’instance.
De même, en juillet 2025, rapporte-t-il, lors de la finale de la CAN féminine perdue par le Maroc face au Nigeria, une scène filmée fait le tour des réseaux sociaux. On y voit Lekjaa s’en prendre verbalement au trio arbitral féminin namibien, après l’annulation d’un penalty ma¬rocain par la VAR. Dans la foulée, des accusa¬tions de partialité sont lancées contre la CAF et des menaces auraient été proférées à l’encon¬tre des arbitres. Quelques semaines plus tard, le directeur des arbitres de la CAF, Désiré Nou¬mandiez Doué, est remplacé par Bakary Papa Gassama. Les dossiers étaient connus de Gianni Infantino et de Patrick Motsepe.
Tout comme en novembre 2025, ses critiques acerbes contre l’arbitrage en coupe du monde U 17, alors que le Maroc perd face au Brésil. Là encore aucune sanction n’est prononcée contre lui. Et toujours fin 2025, selon des informations relayées par Romain Molina, Lekjaa aurait insulté et menacé le président de la fédération nigériane Ibrahima Gusau, lors d’une réunion du Comité exécutif de la Caf pour avoir dénoncé l’arbitrage d’un match Maroc-nigéria Dans le même climat, la lourde suspension infligée à Samuel Eto’o (4 matchs et 20 000 dollars d’amende pour un geste de colère dans les tribunes) est perçue par certains observateurs comme le symptôme d’un système disciplinaire à géométrie variable, où l’influence pèse parfois plus que les faits.
Qu’Infantino, le président de la Fifa n’ait rien trouvé d’autre à dire qu’à se focaliser sur l’attitude des Sénégalais sortis du terrain, nous édifie sur son manque d’impartialité évident. Avec son commentaire, le président de la Fifa est indubitablement sorti de son devoir de réserve et de neutralité, sans oublier que les deux fédérations sont membres de la Fifa. Le Maroc ne pouvait mieux espérer qu’une position exprimée en haute et intelligible voix par le président de la Fifa en défaveur du Sénégal. Qui n’a pas remarqué sa moue agacée lorsque Brahim Diaz a raté le pénalty ?
Difficile en tout cas de savoir la posture futur de la Caf. Mais qu’a-t-elle fait contre les nombreux abus de la partie marocaine ? Et l’affaire des serviettes, l’arbitrage ? Et ces exactions contre des supporters sénégalais ? Des spécialistes du sport et juristes spécialisés ont en tout cas tenté des explications pour minimiser l’ampleur des sanctions qui pourraient être envisagées.
C’est une posture en tout cas bien étonnante de la Caf qui a été notée dans cette affaire. D’apprendre par exemple que le sélectionneur des Lions de l’Atlas, Walid Regragui, a été choisi meilleur entraîneur de la CAN 2025 par la Confédération africaine de football, fait gentiment sourire. Un choix que l’instance justifie ce choix par “son parcours solide et sa maîtrise tactique affichée par le Maroc tout au long du tournoi.”, alors qu’il a été tactiquement par son compère Pape Thiaw, qui a mené le Sénégal au sommet du Continent, dimanche dernier, à Rabat. Peut-être veut-on lui faire payer l’affront d’avoir retiré ses joueurs dans les vestiaires ?
La fédération sénégalaise de football est en tout prêt à en découdre, même si le Premier ministre Ousmane Sonko a annoncé sur sa page Facebook s’être « longuement entretenu avec mon homologue, Premier ministre du Royaume du Maroc, Monsieur Aziz Akhannouch ». Un échange jugé direct et qui s'inscrit dans une volonté commune, sous les directives des deux chefs d'État, de « continuer à œuvrer, dans un esprit d'apaisement, de sérénité et de détente, à la consolidation des liens séculaires et très profonds qui unissent nos deux pays ».
Une légende nommée Sadio Mané
Mais une fois l’indignation passée, comment ne pas avoir un coup de cœur pour ce cher Sadio Mané ? Cet énorme joueur, passé par Metz, Salzbourg, Southampton, Liverpool, Bayern de Munich, avant d’atterrir à Al Nasr, aura porté sur ses épaules, ce lourd héritage du Sénégal de 2002 d’El Hadji Diouf et donner la victoire au Sénégal sur un pénalty mythique face à l’Egypte, au Cameroun en 2022.
Quelle résilience ! Quel mental ! Quelle sagesse ! Ce Mané. Tel un phénix, il a su renaître de ses cendres, après cette blessure avec son nouveau club, le Bayern de Munich, à la veille du mondial 2022. Cette blessure qui l’avait empêché de revenir à sa meilleure forme, jusqu’à cette coupe d’Afrique compliquée de Côte d’Ivoire compliquée, avec l’élimination du Sénégal en 8èmes de finale.
A la vérité, le Sénégal avant l’avènement de Sadio Mané n’avait connu qu’une seule finale ; et avec lui, ce sont trois finales en quatre éditions.
Dimanche lors de la finale, il aura surtout permis à ses coéquipiers de retrouver la raison et de revenir dans le jeu, leur évitant, avec cet éclair de lucidité digne des grands hommes, ce qui pouvait leur être fatal. Il croyait fermement que le Sénégal devait crânement défendre sa chance jusqu’au bout, dans ce match d’hommes contre le Maroc. Un sacré grand homme, félicité de toutes parts. Et comme le sort l’avait prédit, grâce à une chevauchée, signe d’une prise en main du destin de l’équipe, alliant détermination, volonté d’en finir avec ce match et technique, il sèmera le milieu de terrain marocain, avant d’adresser cette énorme talonnade et permettre à Pape Guèye de récupérer la balle, de se débarrasser d’un marquage encombrant avant de doucher les espoirs des Marocains.
Avec ces prouesses remarquables, Sadio entre indubitablement dans la légende.
Une réalité du football à transposer à la gouvernance politique
Cette victoire a cette grande vertu, celle de rappeler au Sénégal qu’il doit demeurer cette nation unie et soudées par des années de paix sociale et de cohésion ; mais aucun cas, ce pays marqué par les divisions et les clivages récents. Cette impressionnante foule à l’accueil des Lions et cette parade touchante dans les rues de Dakar, permettent de se rendre à l’évidence que lorsque ces facteurs sont réunis, les résultats peuvent être au rendez-vous, sur tous les plans, mais à la condition que les meilleurs des Sénégalais soient choisi pour y arriver. Le choix de Pape Thiaw de sélectionner les meilleurs joueurs, dans une savante composition d’expérimentés et de plus jeunes mais talentueux, pour prendre la relève dans le futur, est de ce point de vue illustratif de ce qui doit se faire en termes de gestion des ressources humaines dans la gouvernance étatique.
Après 20 mois d’exercice du pouvoir et les complaintes du Premier ministre contre certains de ses ministres, l’on se rend à l’évidence que le casting aussi bien gouvernemental, qu’au niveau des sociétés publiques que des conseils d’administration, est loin d’avoir produit les effets attendus. C’est pourquoi l’on se doit d’explorer la voie initiale tracée, à savoir ces appels à candidatures sincères, en lieu et place de ces choix subjectifs basés sur une « croyance au projet », dans lesquels, l’on semble accréditer l’idée que les personnes choisies se forgeront une expérience et seront en même temps soutenus par des conseillers. Quelle illusion ! La vérité est qu’un métier ne s’apprend pas au sommet, et il faut pour gérer certains secteurs spécifiques, des managers très expérimentés et dignes de ce nom.
Le Président de la république qui s’est inscrit dans une logique de préservation de l’intégrité du territoire et d’unité nationale, ainsi qu’il l’a réitéré dans son discours de fin d’année, a choisi la bonne voie à suivre qui est celle de l’unité et de la réconciliation. Mais tout ceci ne doit toutefois pas se faire au détriment de la justice. Il y a d’ailleurs, et soulignons-le fortement, dans ce pénalty manqué de Brahim Diaz et ce but scellant la victoire sénégalaise, ce qui peut être perçu comme une justice divine. De ce point de vue, cette reddition des comptes en cours, doit être laissée aux seuls magistrats qui ont la mission de rendre la justice de manière indépendante, sans pression et sans acharnement de l’exécutif, de quelque manière que ce soit. Sinon le risque est de créer des situations qui finissent par profiter aux mis en cause et de voir cette nécessité de rendre justice se dégonfler comme un ballon de baudruche.
Dans son discours adressé aux Lions, le chef de l’Etat a en tout cas salué une victoire collective, insistant sur l’unité nationale. « Aucun défi n’est hors de portée si le Sénégal avance ensemble », a-t-il dit, avant d’être rejoint par le capitaine Kalidou Koulibaly en ces termes : « nous sommes convaincus que cette victoire contribuera à insuffler un nouvel élan à notre nation »
Et à son initiative, des invitations ont été adressées à plusieurs figures de l’opposition, comme l’avait fait Macky Sall, lors de la première Can remportée par le Sénégal. Une démarche saluée comme un geste fort en faveur de l’unité nationale, avec des responsables politiques qui ont répondu à l’appel : Khalifa Sall, Serigne Mbaye Thiam, l’ancien ministre de la Justice Sidiki Kaba, Thierno Bocoum, Mohamadou Lamine Massaly, la députée Anta Babacar Ngom, entre autres. La présence conjointe de responsables aux trajectoires politiques différentes, a ainsi donné à la cérémonie une portée qui dépassait largement le cadre sportif.
Ce pays a en tout cas un potentiel énorme et des ressources humaines qui doivent être mieux préparées à relever les défis futurs. Les pères fondateurs, tels que Senghor et bien d’autres présidents, ainsi que des grands hommes, qu’ils soient religieux, hommes de lettres, artisans, du monde de la culture, des arts et du spectacle, etc ont œuvré dans un sens où le Sénégal a toujours été considéré comme le pays des intellectuels d’Afrique, ainsi qu’un pays stable et de paix. Cet héritage, les gouvernants actuels ne doivent point le ruiner et ont la responsabilité de le hisser plus haut.
C’est pourquoi, il n’est nullement nécessaire de se perdre dans des conjectures et des dénigrements inutiles, alors que le rôle dévolu à tout gouvernant, n’est autre que d’agir dans le bon sens et de réparer ce qui doit l’être ? Comme cette question de dette dite cachée qui nous plonge dans un embarras indescriptible, bloque le fonctionnement de l’économie, sans toutefois que l’on sache réellement sur quel pied danser et comment nous en extirper. Ou encore cette histoire de restructuration dont le Premier ministre ne veut point entendre parler. Mais que nous propose-t-on réellement à la place de si clair et de si indiscutable ? Les appels publics ne sont en aucun la bonne clef.
Il revient dès lors à Bassirou Diomaye Faye d’assumer cette responsabilité de président de la république en évitant de faire moins que ses prédécesseurs. Tout cela ne sera pas possible sans amélioration de la gouvernance, sans renforcement des institutions, et pour cela, il doit surtout veiller à rétablir l’orthodoxie dans la gouvernance et bâtir des fondamentaux solides.






