NETTALI.COM - Jamais, dans l’histoire politique récente du Sénégal, un chef de gouvernement n’aura autant exposé les fractures internes de l’exécutif. Attaques publiques à peine voilées contre le Président de la République, mises en cause répétées de ministres (Abdourahmane Diouf, Mabouba Diagne, Cheikh Diba), règlements de comptes médiatiques. Ousmane Sonko semble gouverner comme s’il était encore dans une opposition permanente, en rupture avec les exigences de solidarité gouvernementale et de discipline institutionnelle.

Sa posture en tant que Premier ministre, interpelle et interroge profondément le fonctionnement de l’exécutif sénégalais. Elle est non seulement déroutante, mais potentiellement dangereuse pour une République qui s’est toujours voulue stable d'un point de vue institutionnel et respectueuse des équilibres de pouvoir.

Deux lectures de cet état de fait à déplorer, s’imposent. Soit le Premier ministre peine à assumer la transition entre posture militante et responsabilité étatique. Soit il s’agit d’une stratégie délibérée de tension, visant à entretenir un rapport de force permanent, y compris au sommet de l’État, dans le but soit d'obtenir ce qu'il veut voire de laisser paraître aux yeux de sa base qu'il est resté le leader charismatique et le gardien de l'orthodoxie et de la rupture. Dans les deux cas, le résultat est le même : une confusion du commandement et un affaiblissement de l’autorité exécutive.

Et pourtant, gouverner un État ne consiste nullement à humilier publiquement, ni à régler des différends internes sur la place médiatique. La fonction de Premier ministre, eh bien, impose retenue, prise hauteur, exemplarité, méthode et loyauté institutionnelle. Elle exige de construire, de coordonner et de stabiliser. Or, le discours dominant perçu de la Primature laisse paraître que le bruit, l’agitation et la confrontation remplacent le travail de fond, la rigueur administrative et la responsabilité politique.

Cette dérive populiste pose à ne pas en douter, un problème majeur : elle fragilise l’État lui-même. En attaquant publiquement le Président ou ses propres ministres, le chef du gouvernement, (sans s'en rendre compte peut-être) sape la crédibilité de l’action publique, désoriente l’administration et nourrit une instabilité politique préjudiciable à l’économie, à la confiance des partenaires et à la cohésion nationale.

Un État, à la vérité, ne se gouverne pas à coups de slogans, encore moins par des mises en scène permanentes, voire des leçons de morale publiques. Le populisme ne crée ni emplois, ni richesse, ni souveraineté alimentaire. Il ne remplace ni la planification, ni l’exécution, ni la reddition des comptes.

Le Sénégal traverse une période très morose, marquée par des tensions budgétaires, une défiance accrue des marchés et des attentes sociales fortes. Dans un tel contexte, la République a besoin d’un Premier ministre rassembleur, respectueux des institutions et conscient de la gravité historique de sa fonction.

À ce stade, une évidence s’impose : on ne gouverne pas durablement une République avec de la défiance, de l’improvisation et de la conflictualité permanente. L’exercice du pouvoir appelle hauteur, exemplarité responsabilité et sens de l’État — tout le contraire de la logique de confrontation continue qui semble aujourd’hui prévaloir chez Ousmane Sonko.

Si seulement et pour une fois, il se décidait enfin à assumer sa part d'erreur et de responsabilités dans ce qu'il a une propension à critiquer ?