NETTALI.COM – Après « Terre ceinte»  qui a obtenu le «Prix Ahmadou Kourouma » et le « Grand Prix du roman métis » ; « Silence des chœurs » qui a été récompensé par les « prix Littérature Monde », « Etonnants Voyageurs » en 2018 et « De purs hommes », le Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr a obtenu le Prix Goncourt 2021. Un sacre face à Christine Angot pour « Le voyage dans l’Est » (Flammarion), Sorj Chalandon pour « Enfant de salaud » (Grasset) et Louis-Philippe Dalembert pour « Milwaukee Blues » (Sabine Wespieser Editeur). De quoi le féliciter, mais aussi aller à la découverte de ce qui lui a valu cette récompense pas si facile à obtenir.  

A seulement 31 ans, cet ancien élève du Prytanée militaire de Saint-Louis, est le plus jeune lauréat du prestigieux prix littéraire, depuis Patrick Grainville, primé à 29 ans en 1976, et le second Africain, après René Maran à être distingué au Goncourt. Prix littéraire le plus convoité en France, il assure de fait à son récipiendaire, une promotion et des tirages importants, même si celui-ci ne reçoit qu’un chèque symbolique de 10 euros, soit l’équivalent de 6600 F CFA. Le gain pour l’éditeur par contre serait évalué à au moins trois millions d’euros (deux milliards de francs Cfa) dans les huit semaines suivant l’obtention du prix. décerné par un jury de sept hommes et trois femmes. Il garantit des ventes en centaines de milliers d’exemplaires. De quoi ne pas plaindre Mbougar qui n’aura pas écrit pour rien…

Pour la petite histoire, le prix Goncourt a été créé pour récompenser des auteurs d’expression française. Il est attribué presque exclusivement à un roman et est décerné au début du mois de novembre par l’Académie Goncourt, après trois présélections successives, en septembre et en octobre, parmi les romans publiés dans l’année en cours. Il s’agit du plus ancien et de l’un des plus prestigieux prix littéraires français.

Qu’en est-il de l’histoire qui est au juste relatée ? Si on en croit « Le Nouvel Obs » qui a consacré un article au sujet datant du 3 novembre, « la Plus Secrète Mémoire des hommes » a conquis ceux du Goncourt, mais pas seulement puisqu’il est arrivé dans les dernières sélections du Grand Prix de l’Académie et du Renaudot. Un triplé assez rare qui se conjugue à de très bonnes ventes inattendues – le roman a déjà connu plusieurs réimpressions et est diffusé à 30 000 exemplaires – et de demandes de traductions  de 23 pays intéressés !

Mais qu’y a-t-il donc dans ce récit qui provoque une telle unanimité ? D’abord une histoire, accrocheuse en diable. Elle raconte la quête d’un jeune écrivain sénégalais, Diégane Faye, parti sur les traces d’un mystérieux auteur, T.C. Elimane. Ce dernier a publié en 1938 un chef-d’œuvre, « le Labyrinthe de l’inhumain » qui lui vaut d’être qualifié de « Rimbaud nègre » et d’être porté aux nues par la critique de l’époque. Mais hélas, T.C. Elimane a sombré dans le déshonneur après qu’un chercheur a trouvé son « Labyrinthe » trop copié-collé sur une cascade d’auteurs classiques.

De fait, on ne sait jamais – et c’est le choix de Mbougar Sarr – si l’auteur, mis au ban est un reconstructeur de génie ou un simple plagiaire. Et si sa chute était le prix à payer pour avoir écrit un immense livre, de ceux d’on se dit, comme Diégane, qu’après, « plus rien n’est à ajouter » ?

Elimane est un personnage inventé par Mbougar Sarr. Mais cet ex-doctorant en littérature à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) – il a abandonné sa thèse – s’est clairement inspiré de l’aventure tragique, authentique celle-là, de Yambo Ouologuem. Cet écrivain malien fut accusé au début des années 1970, peu après avoir reçu le Renaudot, d’avoir un peu trop « emprunté », entres autres, à Graham Greene et André Schwartz-Bart. Il est rentré dans son pays, humilié et serait, dit-on, devenu un peu fou.

Mais « La plus secrète mémoire des hommes » n’est pas seulement une bonne histoire. C’est aussi un récit très solidement campé, c’est-à-dire franchement ambitieux en termes de construction. De fait, le roman est construit sur une succession de récits enchâssés, s’appuyant sur divers formats de narration (journal intime, articles de presse, mail…), se déroulant à diverses périodes historiques (Première Guerre Mondiale, années 1930, Occupation, période actuelle…) et dans plusieurs villes (Paris, Buenos Aires, Amsterdam, Dakar). Et pourtant, petit miracle : le lecteur ne s’y perd jamais. Il savoure de surcroît une langue élégante, d’une grande fluidité, et capable de mots d’auteurs jamais guettés par la lourdeur – ce qui n’est pas si courant.

Une œuvre de création si succulente et presque parfaitement bien écrite que la critique française a salué un écrivain original, travailleur et perfectionniste. Avec ce prix, c’est la vitalité et l’universalité de la langue française qui sont consacrées. « La plus secrète mémoire des hommes » démontre ainsi tout le talent et la puissance de l’œuvre de Mouhamed Mbougar Sarr, malgré les critiques sur ses terres sénégalaises.

Une récompense qui a toutefois laissé son récipiendaire bien pantois, entre autres réactions : « Je ressens beaucoup de joie. Tout simplement », a réagi Sarr. Une attitude humble et même blasée de quelqu’un qui n’est pas tombé sous le coup de l’euphorie.

Fait particulier de ce roman, il est coédité par une maison d’édition française de taille modeste, dénommée « Les éditions Philippe Rey » et « Jimsaan », une maison basée au Sénégal. Autant dire que ce prix est loin d’être usurpé. Une des critiques jadis faites au Goncourt, est que le jury aurait tendance à privilégier des romans issus de grandes maisons d’édition au détriment des petites, dont  Gallimard, Grasset et Le Seuil. Une donne qui a d’ailleurs changé puisque de nouvelles règles ont été instituées en 2008 pour éviter tout soupçon de connivence entre des membres du jury et ces grandes maisons d’édition. Ce qui est aussi souvent reproché aux jurés de ce Goncourt, c’est en effet un certain académisme dans leur approche de la littérature. Il reste dès lors évident qu’un roman qui ne décèle aucune originalité, aussi bien dans son histoire qui le soutend, que dans son écriture, ne devrait pouvoir espérer quelque récompense que ce soit.  Être critiqué, c’est en effet le destin voué à toute œuvre de création.

Mbougar Sarr accepte les critiques, mais…

Le jeune écrivain a tellement compris cela et accepte volontiers le droit d’être critiqué qu’il préfère ne pas se lancer dans la polémique et encore moins l’entretenir. « C’est vrai que pour ma part, je ne sais même pas si j’ai quelque chose à dire à ce propos. Je suis écrivain et je tente simplement de faire mon travail comme écrivain. Et cela peut parfois évidemment entraîner des malentendus, des incompréhensions ou des réactions qui sont vives, suite à des choses que j’aurais pu écrire. Mais moi, je demande simplement toujours qu’on lise ce qui est écrit, qu’on sache lire aussi. Savoir lire, c’est aussi quelque chose qui s’apprend. Je respecte toutes opinions tant qu’elles s’expriment dans le respect et la liberté qui est la mienne d’écrire  et aussi celle aussi que les autres ont de faire leurs critiques, tant que la critique fait l’effort d’être le plus juste possible », a simplement commenté celui-ci.

Tout est dit. Toute critique est bonne à entendre. Mais à la condition d’être constructive et fondée sur une logique de bonne foi et non sur une volonté destructrice d’un succès ou de son auteur. Difficile d’ailleurs de voir une œuvre humaine parfaite, et l’ouvrage ne fait pas l’unanimité. Le déchainement sur les réseaux sociaux et la passion qui l’accompagne, pose des problèmes de fond et même de forme évidents que ceux qui critiquent l’écrivain lieraient à un complexe d’infériorité. Une volonté de rabaisser les Noirs. On est en effet face à des critiques très acerbes et même violentes adressées à Mbougar Sarr.

La consécration de ce roman a incité à revisiter les œuvres antérieures du jeune écrivain. Félicité dans un premier temps par beaucoup sans avoir lu la moindre phrase de son livre à l’annonce du prix, il a fallu voir des extraits de son œuvre antérieure, présente et quelques phrases prononcées dans une interview pour effectuer un rétropédalage, en accusant le jeune écrivain de faire l’apologie de l’homosexualité. L’histoire de « de purs hommes »  commence en effet par une vidéo qui montre une foule hystérique dans un cimetière musulman exhumant le cadavre d’un homme “impur“, car soupçonné d’être homosexuel. Des noms, comme dans ce roman primé, sont attribués aux personnages. Rama montre la vidéo à son amant Ndéné Guèye, professeur de littérature française à l’université.

Une vidéo qui va remettre en question l’existence de ce jeune professeur qui, après ses études supérieures en France, ne comprend pas cette discrimination. Le professeur Ndéné Gueye n’a d’abord pas d’avis tranché sur le sort réservé à cet homme post-mortem, il afficherait même une sorte d’homophobie qui scandalise sa maîtresse, la belle Rama, femme libre et bisexuelle. Mais la vidéo fait son chemin dans sa tête et l’interroge. Qui était cet homme ?  Personne ne se soucie de son identité mais Ndéné se met en quête de sa famille. Il va tenter de tout connaître de cet homme et de rencontrer ceux qui l’ont connu.

Un roman qui date pourtant de 2018 et qui n’avait point soulevé de polémiques jusqu’à ce que ce prix vienne frapper à la porte de l’écrivain. Ce qui prouve qu’une grande majorité de ces gens n’avait pas lu le livre.

Au-delà Mbougar a pêché selon ses détracteurs pour avoir utilisé des mots inappropriés, tels que « négraille » ou des références à « l’oignon » ou au « quotient intellectuel », au « français laborieux » s’agissant d’un passage sur l’évènement Bercy ou encore « ces Sénégalaises dépeintes sous un angle bien caricatural », le tout sur fond de généralisations et de lieux communs.

 Des écrits qui sonnerait comme une volonté de rabaisser les Sénégalais. Et la dimension idéologique de ce roman est même pointée du doigt. Sacrés Sénégalais lorsqu’ils s’y mettent ! L’organisation « Jamra »,  toujours prompte à réagir lorsqu’il est question de la défense des moeurs, a préféré ne pas se précipiter. Réagissant aux commentaires d’internautes, Oustaz Matar Sarr y est allé de son « tchim » pour marquer son dépit et sa désapprobation.

Des critiques, à tort ou à raison. Mais beaucoup qui hurlent avec les loups. « Lire ça s’apprend », voilà un message en tout cas fort, courtois, mais en même temps, une douce pique de l’écrivain sans doute pour ceux qui critiquent sans être des lettrés en français ou qui n’ont eu de réactions que par ouïe dire ! Ou encore ceux qui à son avis n’auraient pas compris ce qu’il a voulu dire ou ne saurait pas lire. D’aucuns ont pu voir du second degré ainsi que des effets de style, là où d’autres perçoivent une caricature des Sénégalais et noirs, humiliés par un des leurs.

Ce que beaucoup perdent de vue, est qu’on a affaire à une œuvre littéraire et artistique de surcroît. Et le propre de l’écrivain ou de l’artiste à l’époque contemporaine, est de bousculer les codes, les croyances, les conventions en cours dans la société. Il se pose même des questions qui peuvent parfois être de l’ordre du blasphème ou même de la déviance. On est en effet loin de cette époque où l’écrivain était enfermé dans une sorte de dictature sociale et culturelle qui encadrait ses prises de position. L’écrivain de notre époque, est désormais seul dans son monde. Son activité créatrice le projette même dans un univers où il fait valoir des tendances qui vont impliquer des postures parfois prémonitoires qui vont impacter l’avenir de la société dans laquelle il vit. Celui-ci ne se fixe plus de limites qui s’imposent aux gens ordinaires, plongé qu’il est dans cette solitude créative, lorsqu’il accouche ses idées. Il n’a désormais de censeur que sa propre conscience. Aussi, les thèmes qu’il développe ou les équations qu’il pose, peuvent heurter beaucoup de sensibilités, avec le risque de voir sa réputation ternie. Ce qui peut le propulser dans une posture de paria ou d’homme adulé. La seule reconnaissance qui va dès lors le plus valoir à ses yeux, va être celle de ses pairs ou de la communauté littéraire qui intègre les éditeurs, les critiques littéraires et autres universitaires, écrivains, etc.

Au-delà, il convient de relever que l’homosexualité, que cela soit en France comme au Sénégal, fait l’objet de rejets dans beaucoup de milieux pour des raisons d’ordre religieux, moral, etc. Le sujet sous nos cieux, rien qu’à son évocation, soulève et  soulèvera pour longtemps encore des passions. Il convient dès lors de lire les livres dans leur entièreté et de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Comprendre que le livre a sa pertinence par certains côtés et des écrits qui peuvent indisposer sur d’autres. Et cela, pour le percer, il est nécessaire d’aller au bout des histoires, au lieu de tomber dans l’émotion, sans recul, ni distance critique. Il convient aussi de ne pas occulter le fait que comprendre une œuvre, peut parfois demander de plus grandes aptitudes. Il peut être fortement lié au capital culturel de l’individu, son expérience de la vie, sa culture littéraire et surtout son niveau d’éducation. Ce qui revient à finalement tout relativiser, même si on peut par ailleurs admettre que des Sénégalais qui ont compris ces écrits,  puissent être choqués.

Au service de la promotion du Sénégal…

Mais au-delà de tout ce vacarme, c’est le Sénégal que Mbougar a remis en selle le Sénégal dans le monde de la création littéraire et artistique, après les Souleymane Bachir Diagne, Boubacar Boris Diop, etc. Ce pays de Senghor, au passé si glorieux. Le jeune écrivain participe d’une certaine manière au rayonnement du Sénégal, lorsque dans ses interviews, il évoque par exemple Oumar Pène ou ses racines. Et beaucoup de personnes de par le monde, avec cette consécration, ne manqueront certainement pas de se poser des questions sur ce jeune écrivain, son pays d’origine, son parcours, etc. Sans oublier les nombreux articles de presse, les reportages et enquêtes. Comme du reste la participation du Sénégal à la coupe du monde sous Bruno Metsu avait permis la promotion de ce petit pays d’Afrique de l’Ouest.

Osons espérer que ce livre serve de modèle à une jeunesse sénégalaise et africaine dans l’idée qu’ils peuvent briller au niveau mondial, que cela soit dans celui-là ou dans d’autres. Une jeunesse malheureusement si happée par l’internet et les réseaux sociaux pour retrouver le goût à la lecture de leurs aînés, dans un contexte de baisse de niveau et d’un usage exacerbé du langage informatique caractérisé par une certaine pauvreté orthographique, une utilisation abusive des abréviations et autres émoticônes.

Mais l’on attend surtout de ce roman qu’il réveille l’esprit critique des jeunes. Mbougar est un produit de l’école publique. La preuve que celle-ci produit toujours de l’excellence. Le contexte peut être une occasion de redresser la barque face à une école publique que l’on dit en décadence.

Que l’on ne s’y trompe point, le français reste pour le moment la langue de véhicule de notre éducation nationale et supérieure. Le combattre reviendrait à contribuer davantage à la baisse du niveau déjà bien bas de nos élèves. A moins peut-être de trouver une alternative à travers enfin l’usage de nos langues nationales. Un chantier qu’il faut peut-être entreprendre sérieusement puisque l’idée revient toujours et sans cesse, mais sans une véritable action digne de ce nom. Avec ce livre, ne l’oublions point, c’est le rayonnement et la promotion de la langue française qui sont d’abord consacrés puisque celui qui est récompensé, vient d’une autre culture et du sud, dans un contexte où des pays africains francophones tels que le Gabon ou le Rwanda ont tendu la main au monde anglophone.

Une pierre dans le jardin de Zemmour

Pour d’aucuns, l’aspect idéologique, même si c’est une vue de l’esprit, ne peut être occulté dans cette récompense. Dans un contexte où un Eric Zemmour, en bonne position dans les sondages avec un discours anti immigration, anti Islam, xénophobe et raciste, alors qu’il n’a pas encore déclaré sa candidature, maintient encore le suspense. Il doit bien être dans ses petits souliers car les faits le démentent et montrent qu’à chaque fois qu’elle s’ouvre, la France y gagne. Une situation qui a de quoi enrager Eric Zemmour si anti islam, l’écrivain se nommant Mouhamed, du nom du prophète (Psl) ; ou le faire maigrir de jalousie.

Eric Zemmour a aussi produit des livres à succès, tels que « La France n’a pas dit son dernier mot » (2021) qui lui a rapporté des centaines de milliers d’euros, « Destin français » (2018) ou encore « le suicide français » ((2014), etc. Des écrits qui ont résonné dans les oreilles de ceux qui rêvent encore de grandeur d’une France qui veut virer ses étrangers, alors qu’elle continue à vivre aux crochets de l’Afrique.

Les livres d’Éric zemmour n’ont de mérite pour lui que de faire part de ses hantises, ses névroses et ses obsessions assises sur des théories aussi fumeuses qu’illusoires qu’est celle du grand remplacement. Introduite en 2010 par l’écrivain français d’extrême droite Renaud Camus, cette théorie repose sur des principes xénophobes et racistes et affirme qu’il existerait en France, un processus de substitution de la population française et européenne par une population non européenne, originaire en premier lieu d’Afrique subsaharienne et du Maghreb. Un processus qui conduirait à un changement de civilisation  soutenu, voire organisé par une élite politique, intellectuelle et médiatique qualifiée de « remplaciste », qui maintiendrait à ce sujet une conspiration du silence et serait motivée pour ce faire par l’idéologie ou par l’intérêt économique. De tels discours de remplacement du peuple français prennent qui eux-mêmes ont pris racine dans l’antisémitisme sous la Troisième république et le nationalisme d’avant-guerre qui visaient les Juifs, les Arméniens, les Italiens et les Maghrébins parmi d’autres communautés.

Bref Zemmour est dans sa bulle et ne  se rend surtout pas compte que dans son illusion “d’empire français”, que de plus en plus de pays africains veulent s’éloigner du pays de Marianne et tendent la main au monde anglophone. Il feint certainement d’ignorer que cette Afrique francophone déjà vieille  de ses 61 ans, peine à sortir la tête hors de l’eau, vivant sous l’étreinte du Franc cfa et d’une exploitation sans bornes.

En amoureux de la littérature, Eric Zemmour doit s’être réveillé bien groggy en se rendant compte qu’il y a des étrangers qu’il déteste tant et qui maîtrisent bien mieux le Français que la grande majorité des Français, pourtant nourris au lait de la langue de Molière.

Mettre ses ouvrages au service de la haine, est une tâche bien trop facile pour que le fond soit aussi pertinent. Il y a juste que le discours développé trouve une résonnance aux yeux d’une certaine masse de gens frustrés, voire racistes qui prennent l’étranger ou le musulman ou plus exactement l’inconnu comme la cause de tous ses déboires et malheurs. L’on accouche bien plus facilement sa haine logée dans ses tripes. Elle est hélas bien plus aisée cette forme d’écriture-là qui est plus de l’ordre du pamphlet.

A l’opposée, le roman primé est une œuvre de création, une imagination fertile de Mbougar et mise en musique avec un énorme talent et une certaine manière de mêler les histoires dans l’histoire, dans une grande cohérence, de telle sorte que le lecteur en arrive même à se confondre à la réalité et la fiction puisqu’il s’y transporte et s’y transpose. C’est là toute la différence avec cet ouragan Zemmour dont le fond de ses écrits ne repose que sur la haine, à coups de déclarations mensongères et de chiffres qui n’existent que dans sa tête de son auteur.

Le polémiste devra surtout se rendre compte que la France ne s’enrichit que lorsqu’elle s’ouvre aux autres. Cette tentation d’instaurer des quotas de deux étrangers par club dans le championnat Français, pas aussi attractif que les championnats anglais, allemand, italien et espagnol, etc, est simplement une ineptie de plus. Qu’il s’aventure à le faire et le niveau n’en sera que plus faible. Mais pour l’heure, le chemin est encore long et Zemmour restera une attraction tant qu’il fera durer le suspense. Mais il n’est pour le moment qu’au stade des sondages parfois manipulés, qu’au niveau de Marine Le Pen.

Ce que doivent sans doute ignorer, les racistes de sa trempe, c’est que des personnages comme Mbougar sont utiles parce qu’ils montrent qu’une langue et une culture n’ont de rayonnement que parce qu’elles voyagent au-delà des frontières. La France gagne en la vendant à l’étranger et non en en réservant l’exclusivité aux nationaux. Qu’ils demandent aux Américains qui sont puissants grâce à la promotion de l’American way of life à l’étranger. Mouhamed Mbougar Sarr fait bien partie de ces gens qui ouvrent les yeux aux personnes bornées comme Eric Zemmour.