NETTALI.COM – Seul représentant africain nominé au poste de substitut du procureur à la Cour pénal internationale (Cpi), Mandiaye Niang est un magistrat sénégalais qui, au fil de son parcours, a su gagner le respect au niveau national comme international.

Le magistrat Mandiaye Niang pourrait bien être le prochain procureur adjoint à la Cour pénal international (Cpi). La sélection va se faire au mois de décembre, mais d’ores et déjà, les chiffres font de cette prénomination une fierté nationale. Sa candidature a été retenue parmi 200 prétendants et il est le seul Africain dans la liste des 6 nominés. S’il est choisi, Mandiaye Niang fera partie de l’équipe du procureur Karim Khan, qui a succédé à la Gambienne Fatou Bensouda en juin 2021. Il sera surtout un signal lancé par la Cpi aux Africains qui, de plus en plus, désavouent l’institution. «Il s’agira de se battre pour que l’Afrique ait bien son représentant. L’Afrique est le plus gros ” client “, si je peux l’appeler comme ça, de la CPI, en termes d’affaires. (…) Je pense que je serais un bon représentant », a déclaré Mandiaye Niang au soir de sa nomination. L’actuel procureur général auprès de la Cour d’appel de Saint-Louis en a le pedigree. Titulaire d’une maîtrise en droit privé et d’un diplôme de l’école nationale et de magistrature de Dakar, Mandiaye Niang, 61 ans, est un produit du système universitaire et judiciaire sénégalais; avec une expérience nationale et internationale de plus de 30 ans. Ses différents postes au Tribunal pénal international pour le Rwanda, au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et à l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime pour l’Afrique australe devraient parler pour lui au moment du vote de la Cpi. Pour ses collègues et amis, le succès du natif de Pikine, dans la banlieue dakaroise, ne fait aucun doute.

Un parcours impeccable

Le procureur général Mandiaye Niang fait partie des magistrats au parcours impeccable. Né d’une famille attachée aux valeurs islamiques, il est moulé, dès la jeune enfance, aux principes et règles islamiques. « Ma mère tenait à ce que nous fassions l’école coranique avant d’intégrer l’école française. C’était une exigence absolue », se souvient le magistrat. Qui, après la satisfaction de l’exigence familiale, se retrouve parachuté à l’école 5 de Pikine pour sa scolarité. Très à cheval sur l’éducation, sa mère veille là aussi au grain. Du cycle primaire à celui secondaire, l’élève fait toujours partie des meilleurs de sa classe. Amadou Niang, inspecteur principal de classe exceptionnelle des impôts et ami de lycée, se souvient de ces années studieuses. « Au lycée, nous étions trois à porter le même nom. Mandiaye, Mar et moi-même. On venait d’horizons différents et chacun était habitué à se classer major de sa classe. Faute de moyens, il ne prenait pas régulièrement de cours, mais à chaque évaluation, à chaque semestre, il nous devançait. Le proviseur du lycée disait souvent qu’il y a trois Niang exceptionnels, mais Mandiaye est le meilleur », témoigne-t-il. Pourtant, à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, le crack et nouveau bachelier se retrouve face à un dilemme, un problème d’orientation entre la philosophie et les matières littéraires. « Je n’avais pas une attirance particulière pour le droit. Le droit a été une option autant que la philosophie. A la limite, j’étais plus attiré par la philosophie. Comme j’ai eu un bac littéraire, j’avais le choix entre étudier le Droit et les Lettres. Le hasard a voulu que je sois orienté à la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Ucad. Je peux dire que c’est le sort qui a décidé ». A la fac, les étudiants font face à un cours compliqué, « Le droit des obligations », dispensé par un certain professeur Tozzi, craint pour ses notes en dessous de la moyenne. « La meilleure note qu’il donnait était 3 sur 20 », témoigne Amadou Niang. Mais à la proclamation des résultats de deuxième année, Mandiaye brise la chaîne. Il réussit à obtenir une note de 19 sur 20 dans la matière. «Tozzi a soutenu n’avoir vu qu’une seule personne qui lui était supérieure intellectuellement et c’était Mandiaye », continue l’ami d’enfance. La bonne série continue jusqu’après la maîtrise obtenue en 1985. Mandiaye qui se présente au concours de L’Enam, sort major de sa promotion et est affecté, pour son premier poste, au tribunal régional de Dakar, comme chargé des affaires civiles et pénales. Trois ans après, il sera promu au poste de substitut du procureur de la République près le tribunal régional de Dakar. Il passera encore six autres années à Dakar à faire des conclusions juridiques pour le procureur général près la cour de cassation. Il acquiert alors une solide réputation d’un « magistrat qui maîtrise les textes et leur esprit ». Lui répond en toute humilité : « Déjà, depuis l’école de formation, on nous inculque certaines valeurs comme l’exemplarité. Pour avoir la prétention de juger ses semblables, il faut avoir une conduite exemplaire. On nous interdit de fréquenter certains lieux, tels les bars, les boîtes de nuit ». Pour Mandiaye, la bonne connaissance du droit, l’expertise, la maîtrise de la langue et la maîtrise de l’écriture constituent les fondamentaux pour être un bon magistrat. En sus de servir de modèle à la société.

Artisan de la loi criminalisant le viol et la pédophilie

Après le Sénégal, c’est à l’international que le magistrat désire faire ses preuves. Le Rwanda sera sa première destination, en 1997, il intègre le Tribunal pénal international pour le Rwanda où il est chargé d’effectuer des enquêtes. A cet effet, il est resté de 1997 au début des années 2000 en qualité d’enquêteur de cette juridiction internationale. Après l’épisode des enquêtes, il reste au Tpir comme juriste-conseiller avec comme mission de coordonner le travail des assistants juridiques. « J’ai participé à la rédaction des premières décisions du Tpir à Arusha », commente-t-il. Son travail est magnifié par le greffier-administrateur qui, à la suite, fait de lui son directeur de cabinet. Explications : « Dans les tribunaux pénaux internationaux, les greffiers-administrateurs ont le rang de sous-secrétaire général des Nations-Unies. Ils sont les administrateurs de la cour et ils sont les représentants du secrétaire général des Nations-Unies. A l’époque, on comptait plus de mille fonctionnaires internationaux, avec plus de 100 nationalités différentes. Et il m’a choisi comme son directeur de cabinet. Parallèlement, j’ai été promu conseiller juridique principal. Donc, je conseillais en même temps les juges ». L’aventure du Rwanda se termine en 2010, avec sa nomination comme directeur régional de l’Organisation des Nations-Unies contre la drogue et le crime (Onudc). Ses compétences s’étendent de l’Afrique du Sud jusqu’à la République Démocratique du Congo en passant par le Mozambique, la Namibie, l’Angola, le Botswana… Ce nouveau défi dure trois années; avant qu’il ne soit rappelé au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. En 2016, après avoir épuisé les derniers dossiers qui lui étaient assignés, le magistrat décide de revenir au bercail où il initiera d’importantes réformes.

De 2016 à 2020, Mandiaye Niang occupe la fonction de directeur des affaires criminelles et des grâces au ministère de la Justice. A ce poste, il travaille sur beaucoup de dossiers concernant l’aménagement des peines et l’installation des comités d’aménagement des peines. « C’est moi qui ai préparé la loi criminalisant le viol et la pédophilie et beaucoup d’autres lois », révèle-t-il. Le ministre de la Justice d’alors témoignait en sa faveur d’un « travail exceptionnel ». Au mois de mai 2020, il est récompensé du poste de procureur général près de la cour d’appel de Saint-Louis. Mais pour l’enfant de Pikine, habitué des défis et des postes en avant-garde, il reste encore des lignes à ajouter au Cv. Dont celui de substitut du procureur à la Cour pénale internationale (Cpi).