NETTALI.COM – Une affaire qui a occupé l’actualité ces dernières semaines, c’est la question de la fixation des objectifs à Aliou Cissé. A  savoir gagner la coupe d’Afrique des Nations et se qualifier à la coupe du monde prochaine. Objectifs qui lui ont été rappelés, si l’on en croit le ministre des sports, Matar Ba, à la suite de la prolongation de son contrat de deux ans. De quoi faire davantage comprendre au cher coach national qu’il ne s’agit pas d’autre chose que de cela puisque le Sénégal court derrière cette coupe d’Afrique des nations depuis belle lurette et n’imagine pas non plus, ne pas être présent à la coupe du monde.  

Pourquoi le ministre Matar Ba avait-il besoin de monter au créneau pour rappeler les objectifs fixés à Aliou Cissé dans son contrat prolongé ? Sinon que pour rétablir la vérité quant aux termes. A la vérité, lors de sa conférence de presse du vendredi 1er octobre, date de publication de la liste de la double confrontation contre la Namibie, l’entraineur des Lions avait semblé quelque peu amnésique en évoquant les objectifs à lui, fixés : « en ce qui concerne mon nouveau contrat, je peux dire que le plus grand objectif que la fédération m’a fixé, c’est de tout faire pour qualifier l’équipe nationale au prochain mondial. Avant ça, il y a la coupe d’Afrique qui demeure une attente forte et légitime pour le peuple sénégalais. Pour cela l’équipe grandit bien, elle gagne en maturité et je pense que nous pouvons nourrir des espoirs… » Puis il avait ajouté : «le Sénégal peut gagner la Can, mais il y a 5 à 6 équipes qui sont capables de la gagner  ». Un discours en tout cas bien ambigu focalisé sur une qualification a la coupe du monde, avec une prise de position totalement nuancée sur la Can.

Une déclaration qui en a étonné plus d’un puisque même le président de la Fédération Sénégalaise de Football, Me Augustin avait apporté des précisions sur le nouveau contrat d’Aliou Cissé. « L’objectif qu’on lui a fixé pour la Can au Cameroun, n’a pas changé. La qualification pour la coupe du monde 2022 fait partie aussi des objectifs.. » .

Toujours est-il que, polémique ou pas, les objectifs qui ont été fixés à Cissé sont clairs, même si Cissé croit pouvoir relativiser pour tromper son monde sur les termes.

Matar Ba, le ministre des sports a rems une couche puisque dans un entretien avec l’Observateur, ce vendredi 15 octobre, il a été encore plus précis : « Il ne peut y avoir de polémiques parce qu’Aliou Cissé est un agent de la fédération payé par l’Etat du Sénégal. Il a parlé en tant que technicien, avec beaucoup d’humilité, gagner une Can ne se décrète pas oui, mais nous ne parlons pas de décret, mais d’objectif. L’objectif légitime du Sénégal aujourd’hui, c’est de gagner la coupe d’Afrique des Nations. Que cela soit dans le contrat ou ailleurs, les objectifs majeurs, c’est de gagner cette Can et de se qualifier en coupe du monde. Ce sont des objectifs fixés dans le contrat d’Aliou Cissé que j’ai approuvés. Le contrat s’inscrit dans la continuité parce qu’il n y  a pas de changements majeurs et les objectifs, on les a juste rappelés et fixés. Je sais qu’Aliou Cissé travaille pour gagner la coupe d’Afrique, il ne peut en être autrement. Je me réjouis d’avoir entendu des joueurs dont Edouard Mendy dire que si on ne gagne pas la Can, c’est un échec. Il n y a donc pas possibilité d’installer une polémique entre un ministre des sports et un entraineur… »

A la question de savoir si Aliou Cissé va être démis, s’il ne gagne pas la coupe d’Afrique, ce dernier y est allé de ses propos diplomatiques pour répondre ceci : « On ne peut pas dire cela. Je crois dur comme fer qu’on va y arriver, maintenant dans un contrat quand on fixe des objectifs, s’ils ne sont pas atteints, des discussions peuvent être ouvertes. Je n’anticiperai pas parce que je ne suis pas pessimiste, je sais qu’il peut atteindre ces objectifs, d’ailleurs, il fait un grand pas vers Qatar 2022, prions pour qu’il gagne la Can.»

Il est en effet bien inutile de commenter ou d’ouvrir des brèches sur une situation qui n’existe pas encore ? Le ministre en est tellement conscient qu’il a préféré ne pas s’épancher sur un tel sujet.

El hadji Diouf lui par contre, a son idée sur la question. Interrogé à l’émission « Les Grandes Bouches » de Canal+ Sport sur l’avenir d’Aliou Cissé, il s’est montré catégorique : « Il a fait 6 ans aujourd’hui. J’espère que cette fois-ci sera la bonne mais s’il ne gagne pas la CAN, en tant qu’entraîneur qui a du caractère, il devra partir de lui-même », précisant au passage qu’il n’est pas intéressé par le poste.

La gestion de l’équipe nationale, un fardeau qui semble finalement bien lourd pour les épaules bien frêles d’Aliou Cissé, tant ses réponses sur le nombre d’équipes qui peuvent gagner la Can, frisent le manque d’assurance. Douterait-il avec le temps et l’expérience, de ses capacités à remporter une coupe d’Afrique ? La Can a en tout cas lieu au Cameroun, pays réputé pour son mental de gagneur et bête noire des Lions de surcroît ! Les indomptables lui font-ils  si peur ? Un entraineur ambitieux ne devrait en tout cas pas parler de cette manière-là. Avec cette posture, il ne fait pas montre d’un optimiste. Qu’il n’oublie surtout pas que Belmadi, au moment où il gagnait la coupe, n’avait passé que quelques mois à la tête de l’équipe d’Algérie, puisqu’il n’avait pas bouclé une année en sélection. Et à l’époque, à voir l’équipe d’Algérie jouer, l’on notait bien qu’il avait, en si peu de temps, réussi à insuffler à ses joueurs, un mental de fer et cette discipline tactique qui avaient permis aux Fennecs d’Algérie, de franchir les étapes, prudemment et sûrement jusqu’au trophée continental.

Soulever le trophée ne peut nullement se décréter, c’est sûr. Il faut abattre beaucoup de travail. Mais en tant que sélectionneur national qui a déjà accédé à la finale et présent à la tête de la sélection depuis mars 2015, soit six années, il doit bien connaître la recette. A moins peut-être qu’il ait déjà plafonné ! Il s’agit à la fois pour Cissé, à ne pas en douter, d’avoir de l’ambition, de savoir communiquer avec l’effectif de rêve dont il dispose, de pouvoir créer la bonne alchimie entre les joueurs, tout en alliant la bonne tactique, l’organisation, les moyens et ce mental de gagneur.

Une liste de conditions à réunir qui peuvent toutefois sembler faciles et théoriques, mais n’est-ce pas la raison de sa nomination à la tête de l’équipe que de rendre tout cela possible de manière à enfin espérer soulever le trophée continental ? La récente coupe d’Europe a montré que c’est l’équipe la plus solidaire au niveau du jeu, la plus solide au niveau mental – à titre d’exemple les tirs au but  qui ont été une vraie épreuve des nerfs- et la plus déterminée qui a fini par l’emporter. L’expérience montre en réalité que les équipes qui misent sur une pléthore de stars, sans toutefois avoir un collectif solide, sont désormais très vite éliminées. Or, avec le Sénégal, c’est ce qui semble se donner à lire. Des joueurs de rêve sur le papier, mais un jeu sans véritable liant entre les différents compartiments du jeu, avec en plus un déficit d’animation.

Avec Aliou Cissé, difficile en effet de savoir s’il a un cap et où il compte mener les Lions, au regard de ses incessants essais, changements de joueurs, de combinaisons et de tactiques. Comme ce décrié système 3-5-2 qu’il a essayé récemment lors des matchs Sénégal-Congo Brazzaville et Sénégal-Eswatini (0-0 et 1-1) sans toutefois faire des émules. Comment croire qu’il est ce fin tacticien, tant il était ce joueur moyen, mais un guerrier tout de même. Une sorte d’ « ouvrier » du football et joueur combattif de l’époque. Et même s’il avait raté ce pénalty face au Cameroun en 2002, il faisait ce pourquoi il était là : se battre, galvaniser ses coéquipiers, entrainer l’équipe avec cette ardeur guerrière etc . Voilà ce qu’on attend aussi de lui en tant que coach. Qu’il arme ses joueurs de cette hargne là et de cette mentalité de gagneur. Et l’on ne peut ne pas se demander où sont passés ces qualités-là ? Ont-elles disparu avec l’âge ? Des spécialistes s’accordent même à dire qu’il les utilise mal en finissant par terroriser ses joueurs et en inhibant toute initiative, lorsque la situation le requière pour tirer l’équipe d’affaire parce que le système en place ne fonctionnerait pas.

Aliou Cissé a aussi mis sur la table, la revalorisation de son salaire. De quoi se demander, s’il n y a pas eu de frictions voire de malaise dans la prolongation de son contrat ? L’on ne peut pas aussi ne pas se demander ce qu’il a fait de si brillant pour espérer voir son salaire revu à la hausse ? L’on pourrait peut-être mettre cette demande sur le compte de la liberté contractuelle qui n’interdit pas que les prétentions puissent être revues à la hausse ? Mais toujours est-il que des requêtes de ce genre doivent être fondées et motivées par des résultats, voire un saut qualificatif, une situation nouvelle et avantageuse pour le Sénégal.

Dans les propos du ministre qui fait savoir que les objectifs ont été « rappelés » et « fixés », l’on peut bien comprendre que ceux initiaux n’avaient pas été atteints. Et on peut d’ailleurs se demander si les dirigeants n’avaient pas été freinés par des contingences politiques et une logique de gestion de l’opinion qui ne pouvait pas les conduire à une rupture de contrat pour s’offrir les services d’un nouveau et bon sélectionneur qu’ils ne trouveraient certainement pas sur le marché ?  « On  a parlé de continuité du contrat et c’est pourquoi il n y a pas eu de changement au niveau des salaires. On a renouvelé, on a fixé clairement les deux grands objectifs qui, s’ils sont atteints, feront plaisir au peuple sénégalais », a fait savoir le ministre, ajoutant que « Cissé a souhaité bien évidemment la revalorisations de son contrat et que chaque travailleur qui signe un nouveau contrat, peut penser cela ». Avant de se faire plus précis : « mais le combat qu’il faut d’abord remporter, c’est la coupe d’Afrique et se qualifier en coupe du monde. Après cela, il sera possible d’ouvrir des négociations ».

A la vérité, Aliou Cissé doit savoir raison garder, car à y regarder de plus près,  il a fait moins bien que Bruno Metsu en s’arrêtant au stade des matches de poule, en coupe du monde 2018, alors que son prédécesseur avait mené l’équipe jusqu’en quarts de finale. En coupe d’Afrique, il avait échoué en finale en 2019 face à l’Algérie de Belmadi, avec un but marqué prématurément par les Fennecs et que le Sénégal ne parviendra jamais à remonter devant une équipe d’Algérie qui avait non seulement joué la carte du mental plus fort, mais qui avait en plus adopté une tactique imparable. N’oublions quand même pas que ce n’était pas la première fois que le Sénégal arrivait au stade de la finale de la coupe d’Afrique, puisqu’il avait été vaincu aux tirs au but face au “Lions Indomptables” en 2002.

Vouloir même fixer comme objectif la victoire en finale de coupe d’Afrique, est un objectif plus que légitime. Fixer comme objectif, la qualification au mondial prochain, est purement et simplement un manque d’ambition. L’objectif à la coupe du monde prochaine, aurait du être le second tour, puisque quoi qu’on dise, le Sénégal avait déjà eu à accéder en ¼ finale avec succès pour une première participation. Pourquoi dès lors a-t-il fallu se fixer entres autres objectifs, la qualification puisque cela a été réalisé deux fois ?

Difficile en effet de suivre les mécanismes de cette relation entre la Fédération, le ministère et Aliou Cissé qui semble fonctionner sur une logique de tolérance voire même de complaisance.

Au-delà même de la question de l’interlocuteur entre Cissé, la fédération Sénégalaise de foot d’une part qui est son employeur et d’autre part l’Etat qui paie, il s’agit surtout d’être ferme sur la question. Et c’est ce que Matar Ba a sans doute voulu faire pour lever tout équivoque, suite à la sortie médiatique d’Aliou Cissé. L’équipe nationale ne peut être un éternel laboratoire et une machine à multiplier les échecs. Elle ne peut plus non plus être ce moyen de s’assurer une sécurité de l’emploi et un salaire confortable, non assorti de résultats dignes de ce nom. Aliou Cissé mériterait de gagner bien plus que ce qu’il gagne actuellement, mais à condition de faire ses preuves. Il doit aussi et surtout prendre un peu plus de précautions dans son discours. Car du respect, il en doit aux Sénégalais. Il s’agit après tout de leurs deniers et d’une situation d’expectative pour laquelle, il leur est toujours et toujours demandé de la patience depuis que la coupe d’Afrique existe.

Qualifié à deux journées de la fin, le Sénégal va boucler les éliminatoires de la coupe du monde Qatar 2022 sans pression. La bande à Sadio Mané va rendre visite au Togo, le 13 novembre avant de recevoir le Congo Brazzaville à Thiès, trois jours plus tard.

Même si l’accès aux barrages du mondial 2022 n’a pas été une mince affaire pour les Lions, force est de reconnaître que c’était prévisible. Il s’agit maintenant de tourner cette page et se focaliser sur ce 3ème et dernier tour des éliminatoires de la coupe du monde. Car ce tour regroupe les 10 meilleures équipes africaines du moment. En effet, les leaders des 10 groupes vont s’affronter en barrages sous le format de matchs aller/retour à l’issue d’un tirage au sort composé de deux pots (les 5 équipes les mieux classées au classement FIFA et les 5 équipes les moins bien classées). Les 5 vainqueurs de ces doubles confrontations vont ainsi représenter l’Afrique à la coupe du monde. Des confrontations qui auront lieu en mars 2022, soit un mois après la Can.

4 matchs, 4 victoires, 12 points, 12 buts marqués, 3 encaissés (( Sénégal Togo (2-0), Congo-Sénégal (1-3), Sénégal-Namibie (4-1), Namibie-Sénégal (1-3) )), tel est le bilan de l’équipe nationale du Sénégal dans le groupe H. Un beau parcours certes, mais rien d’impressionnant, vu les adversaires qui étaient en face. Même si les Lions ont du mérite, il ne faut pas non plus occulter le fait que le Congo Brazzaville, le Togo et la Namibie ne sont pas des foudres de guerre. Se fonder sur le rang de 1er au niveau africain en rencontrant périodiquement du menu fretin, ne doit pas rendre Cissé euphorique et le conduire à pousser des ailes. Ses soutiens dans la presse ont cette fâcheuse tendance à brandir ces résultats. De quoi sans doute flatter son orgueil !

Mais attention au réveil ! Des chantiers, il en a encore, même si les résultats sont positifs. Le poste de latéral droit, le plus vieux chantier de Cissé, reste toujours sans vraie solution. Appelé en renfort pour régler cette équation, Bouna Sarr n’a pas convaincu lors de deux premiers matchs. Il ne doit certainement pas encore s’être  bien adapté. La défense qui était l’un des points forts de la Tanière, a aussi montré un visage fébrile, lors de la double confrontation face à la Namibie. La charnière centrale Koulibaly-Diallo n’a pas non plus été des plus rassurantes lors de deux dernières sorties. Surtout les innombrables longues balles balancées à tout-va. Que dire d’Édouard Mendy qui a donné quelques sueurs froides aux supporters sénégalais ? Beaucoup de lacunes finalement à corriger avant que les choses sérieuses ne débutent. Peut mieux faire, devrait-on dire d’Aliou Cissé.