NETTALI.COM – Malgré les nombreuses opérations de sécurisations et le renforcement en moyens et en effectifs des forces de l’ordre pour mailler le territoire et réduire la criminalité, les Sénégalais ne se sentent pas en sécurité et jugent inégal le traitement des citoyens devant la loi, avec notamment, l’impunité des officiels qui commettent une infraction. Ce sont là les résultats inquiétants de l’enquête menée par Afrobarometer sur la période comprise entre 2019 et 2021.

Depuis bien longtemps, on débat de la question sur l’insécurité dans nos quartiers et dans nos maisons et surtout sur les solutions les plus appropriées pour juguler le sentiment d’insécurité qu’éprouvent les Sénégalais. Nos villes, nos quartiers, nos campagnes sont-elles sûrs ? A cette question, la majorité des Sénégalais interrogés par Afrobarometer (voir plus loin) n’ont pas hésité pas à répondre par la négative. En effet, ils sont 63% des Sénégalais à ne pas se sentir en sécurité dans leur quartier et parmi eux, plus du tiers (32 %) ont craint de subir un crime dans leurs maisons au cours des douze derniers mois. En réalité, ce sentiment d’insécurité dans les quartiers n’est pas nouveau. Depuis 2014, il est passé de 43% à 63%. Ce “gain” de 20 points confirme que les Sénégalais s’accordent sur le manque de sécurité, la peur d’être victime d’un crime dans sa propre maison n’a toutefois enregistré qu’une légère hausse. C’est donc plus dans la rue que dans sa maison que les Sénégalais sont le plus exposés.

Les villes plus sûres que les campagnes

Si les crimes, meurtres et autres agressions qui noircissent les pages “faits divers” de nos principales publications proviennent, pour l’essentiel, des villes, l’enquête AfroBarometer montre, malgré tout, que le sentiment d’insécurité est plus fort dans les campagnes que dans les villes. Les habitants en monde rural (67%) ressentent plus l’insécurité que les citadins (59%). Cela est certainement dû à la culture de la vengeance plus développée en campagne où dans certaines zones, le moindre différend se solde à l’arme blanche, sans compter l’existence de bandes de malfaiteurs bien organisées qui, du fait de l’éloignement des commissariats de police et des brigades de gendarmerie, se signalent régulièrement par des vols de bétails ou des attaques et cambriolages, sans être inquiétées. Par ailleurs, selon le rapport AfroBarometer, la perception de l’insécurité semble décroître à mesure que le niveau d’éducation augmente, allant de 67% de ceux qui n’ont reçu aucune éducation formelle contre 55% des Sénégalais de niveau post-secondaire. Ici également, on peut penser que les instruits “parcellarisés” savent comment se défendre et où se confier en cas d’atteinte physique de leur intégrité (plainte ou saisine de la justice) sont moins désemparés que les non-instruits face à l’insécurité. En plus clair, le réflexe d’autodéfense est plus accentué chez les instruits que les non-instruits. C’est d’ailleurs ce que semble confirmer le rapport en relevant que «ce sont les plus nantis qui ressentent le moins l’insécurité dans leurs quartiers (53%) que les pauvres (67%)». Cela confirme la discrimination dans l’utilisation des biens publics. Il y a beaucoup plus de patrouilles de police ou de gendarmerie dans les quartiers dits résidentiels que dans les quartiers réputés pauvres. Tous cotisent et participent au renflouement des caisses de l’État, mais tous ne bénéficient pas de la même manière du déploiement des forces de l’ordre. Le quartier résidentiel des Almadies est certainement plus sûr que les quartiers paumés de Yeumbeul ou Thiaroye.

Louga, Saint-Louis et Matam en tête des crimes domestiques

Selon la zone géographique, l’étude menée par Afrobarometer, entre décembre 2020 et janvier 2021, établit que le sentiment d’insécurité est plus élevée au Nord du Sénégal, en l’occurrence à Saint-Louis, Matam et Louga où 74% des résidents ont déclaré avoir vécu au moins une situation d’insécurité dans leur quartier, tout le contraire de la Zone Sud-Est : Tamba, Ziguinchor, Sédhiou, Kolda et Kédougou où le sentiment d’insécurité dans les quartiers  est plus faible, même s’il est, malgré tout, ressenti par plus de la moitié de la population (56%). Ce n’est pas que dans les rues de leur quartier que les Sénégalais éprouvent un sentiment d’insécurité, dans leurs propres maisons, ils sont près de 32% de Sénégalais à craindre d’y subir un crime, avec une crainte plus accentuée chez les femmes que chez les hommes (violences conjugales, violences sur ascendants), notamment en milieu rural (36 %) contre (27%) dans les villes.

Violences psychologiques, harcèlement, viol : Les visages de l’insécurité

En sus de l’insécurité dans les quartiers et dans les maisons, les violences psychologiques, comme les injures, le harcèlement dans son lieu de travail, ont été dénoncées par respectivement 13 et 12% des personnes interrogées qui disent les avoir subies au moins une fois au cours des douze derniers mois.  De même que les châtiments corporels, le viol et les autres violences sexuelles ont été dénoncés par 7 et 3 % des 1200 adultes Sénégalais répartis sur l’ensemble du territoire et qui constituent l’échantillon sur lequel Afrobarometer a mené son enquête.

Les résultats de l’enquête menée par Afrobarometer confirment le désamour entre la justice et les Sénégalais, une rupture dans les rapports de confiance qui ne date pas d’aujourd’hui. Selon Afrobarometer, plus de deux tiers des Sénégalais (67 %) pensent que “souvent” ou “toujours”, la loi traite les populations de manière inégale, avec une faveur accordée aux officiels, dont (65 %) parmi eux qui commettent des crimes restent ” souvent” ou ” toujours” impunis, contre (46%) des personnes ordinaires.

Après le constat, les Sénégalais interrogés par Afrobarometer évoquent des causes multiples et diverses pouvant expliquer la hausse du niveau d’insécurité. Trois facteurs sont avancés : le manque d’emploi des jeunes, l’accentuation de la pauvreté et la perte de repères religieux et moraux des Sénégalais puis, dans une moindre mesure, l’insuffisance de la protection policière. Aussi la création des opportunités de travail pour les jeunes pourrait, selon la majorité des personnes interrogées (52%), constituer une solution efficace pour réduire, de façon drastique, l’insécurité et la délinquance.

Face à la montée de l’insécurité, telle que constatée par les Sénégalais, ils sont de plus en plus nombreux à opter pour le rétablissement de la peine capitale : ils étaient 9% en 2017 à réclamer haut et fort l’application de la peine de mort, un pourcentage qui a doublé en 2021 pour passer à 18% de Sénégalais. Toutefois les instruits et les citadins sont les plus réticents au retour de la peine de mort (65% et 53% contre 71% et 69 %). Parmi les mesures pour juguler l’insécurité, il y a également : «Le renforcement de l’éducation à la paix et à la citoyenneté (15%) et l’application stricte ou le durcissement des lois et règlements (13 %)».