NETTALI.COM – La désorganisation du secteur du commerce due à l’inexistence de système de régulation, serait, selon l’économiste Abdoulaye Seck interrogé par le quotidien Le Témoin, l’une des principales causes de la montée en flèche des prix des denrées de consommation courante. L’ancien conseiller technique à la présidence de la République préconise la révision des ententes avec les opérateurs étrangers et la création d’une société anonyme chargée de l’exportation des produits agricoles vers l’étranger. Face aux augmentations récurrentes du prix du sucre, le spécialiste des questions économiques préconise de retoucher la convention liant l’Etat à la Compagnie sucrière sénégalaise …

 La polémique enfle autour de la tension notée sur le prix des denrées de première nécessité. Du coté du pouvoir, on soutient que cette hausse ne dépend pas de lui mais de la flambée des prix au plan mondial. Pour l’économiste Abdoulaye Seck interogé par le Témoin, il est vrai que cette thèse tient la route mais seulement voilà, il y a d’autres paramètres qui entrent en jeu.

S’agissant des facteurs exogènes évoqués par le pouvoir, l’ancien conseiller technique à la présidence de la République admet que l’explication avancée par le pouvoir en place est plausible en ce sens que, selon lui, cette augmentation des prix s’explique effectivement par des causes exogènes qui découlent des conséquences de la pandémie de la Covid 19 notamment la contraction des productions mondiales avec la fermeture de milliers d’industries, les coûts d’approvisionnement et de ceux de production qui flambent et enfin les changements climatiques (inondations, feux de brousse etc.) qui détruisent les cultures et réduisent les espaces cultivables à travers le monde.

Cela dit, l’expert estime qu’il faut aussi tenir compte des facteurs endogènes qui se traduisent par « la désorganisation du secteur du commerce avec l’inexistence d’un véritable système de régulation dans presque ¾ du pays, couplée au comportement véreux de certains commerçants. Il s’y ajoute, la faible contribution de la production intérieure dans la satisfaction de la demande globale des ménages (une contribution inférieure à 7 % précise-t-il) ».

Papa Abdoulaye Seck ajoute à ces causes endogènes les énormes pertes dans ce secteur dues à la crise sanitaire mondiale et qui se situent dans l’ordre de 12.5% du PIB mais aussi l’incapacité pour l’Etat de maintenir sa politique de blocage des prix du fait des autres urgences d’ordre sanitaire et social découlant de la gestion de la crise sanitaire. Last but not least, il y a l’épuisement des stocks nationaux avec le maintien de l’organisation des fêtes et cérémonies religieuses, politiques et administratives qui sont des moments de très grandes consommations par exemple les magals, gamous, Tabaski, Korité, Pâques, manifestations politiques et administratives …

Il faut réviser la convention avec la CSS pour maitriser le sucre…

Sur la question du sucre, notre interlocuteur estime que pour dépasser les problèmes récurrents liés à l’approvisionnement du sucre, il faut impérativement réviser la convention d’établissement de la Compagnie sucrière sénégalaise dans un sens qui maintienne la nécessaire protection de cette industrie nationale tout en lui octroyant un quota raisonnable sur la demande globale en sucre mais également en réglementant la partie à importer en rapport avec les autres acteurs du secteur. Dans le même registre de correction des insuffisances économiques, Pape Abdoulaye Seck explique qu’au sujet de l’huile, rien n’est plus incohérent que de cultiver de l’arachide convoitée par les plus grands pays du monde alors que le Sénégal vit sans cesse des tensions sur l’huile.

Sans compter le fait que les Sénégalais consomment de l’huile de faible qualité alors que notre pays exporte son arachide qui sert à produire de l’huile haut de gamme.

Toutefois, tout espoir n’est pas perdu puisque l’ancien conseiller technique à la Présidence se dit convaincu qu’il est tout de même possible de changer le cours des choses, dans la mesure où, selon lui, la politique industrielle et agricole reste dominée par une exportation de matières premières qui fait que l’essentiel de la production est destinée aux entreprises asiatiques au détriment de la Sonacos et des autres huiliers. C’est ce qui fait que, d’après lui, notre pays n’a aucune capacité d’influence sur la fixation des prix au niveau du marché mondial. Plus grave, se désole-t-il, notre arachide est maintenant taxée de seconde catégorie du fait d’une très forte teneur en aflatoxine.

Poursuivant, l’économiste indique que, dans le cas précis du secteur arachidier, le contexte mondial et les nouvelles formes et méthodes d’exploitation exigent un changement de paradigme au niveau de la politique agricole notamment de la SONACOS dans sa politique de collecte, de traitement et de commercialisation de la production arachidière. Ainsi, la nouvelle Sonacos devrait se retrouver au début et à la fin du processus avec plusieurs plateformes d’intervention. Selon l’économiste Pape Abdoulaye Seck, les mesures suivantes pourraient être envisagées. Il s’agit de la révision de la convention avec les opérateurs étrangers dans le but de créer une société anonyme chargée de toute exportation de produits agricole vers les pays européens et asiatiques. Cette société serait dotée d’un capital détenu par la Sonacos, les associations de producteurs, l’Asepex et les partenaires étrangers.

Pour garantir l’autosuffisance alimentaire, il faut corriger les ententes avec les opérateurs étrangers

L’économiste insiste sur le fait que cette société, qui serait la principale partenaire de la Sonacos, devra préfinancer la restructuration technique de cette dernière puisqu’ayant déjà la garantie d’être le destinataire de l’exclusivité des exportations. Lesquelles seront constituées de produits finis et/ou semi finis. Ce qui aboutira à la réfection et à l’équipement des trois unités industrielles de la Sonacos et l’aménagement d’autres zones de collecte. Glissant sur la posture du ministère du Commerce par rapport à la gestion de la crise notée sur les denrées de consommation courantes, Abdoulaye Seck dit toute sa désolation de constater « qu’il n’y a pas eu de communication gouvernementale sur le sujet ». D’ailleurs, il assume que depuis deux ans il n’y a pas eu de rencontre entre le ministère et les acteurs pour statuer sur les orientations et perspectives du secteur. La dernière sortie du ministre dans ce sens remonte au lancement du système d’achat en ligne de pain lors de la deuxième vague de la Covid 19.