NETTALI.COM – Élu président de l’Union des magistrats du Sénégal, le président de la 2e chambre correctionnelle de la Cour d’appel de Dakar, Ousmane Chimère Diouf, entend poursuivre certains chantiers du président sortant. Cependant, il va opérer beaucoup de ruptures d’avec la manière de procéder de son prédécesseur, Souleymane Téliko.

 A ses collègues magistrats, Ousmane Chimère Diouf fait remarquer que le premier défi à relever, pour la survie de leur union et pour l’image de la justice, est le renforcement de l’esprit de communauté. « Nous sommes et nous demeurons, quelles que soient nos différences et nos divergences, une communauté de travail, une communauté de vie et une communauté de destin. Nous devons nous unir pour une justice forte, performante et respectée. « L’union a grande puissance. L’union produit la tolérance et la concorde ». Pour cela, il nous faut d’abord resserrer et renforcer les liens entre collègues, sans distinction d’âge, dans le respect des valeurs et principes de notre union c’est à dire la loyauté, la solidarité agissante, l’esprit d’entraide et la saine collaboration », dit-il.

«Il nous faut ensuite développer un cadre d’échange et de partage de bonnes pratiques professionnelles et de soutien psychologique de nature à accompagner les collègues dans l’exercice de leur fonction surtout dans les situations de tension, de manipulation de l’opinion, de lynchage médiatique et d’attaques crypto-personnelles dont le seul but est de nous isoler, d’exercer sur nous une pression injustifiée afin de nous déstabiliser et surtout de nous diviser. Nous devons ainsi, par une action proactive et dynamique, soutenir tous les collègues qui sont dans ces situations pour mieux les aider à agir avec professionnalisme et surtout dans le respect de notre serment. « L’union rend le faible fort, l’union fait la force ». Ainsi, tout comportement jugé déviant doit être exposé et réglé en interne, et non du dehors. Les mécanismes appropriés pour gérer et éventuellement sanctionner de tels comportements existent et sont applicables. Cher(e)s collègues, L’exposition de nos difficultés et de nos divergences en public nous fragilise tous et aucun magistrat ne peut en tirer un bénéfice durable « La désunion des amis est l’espérance des ennemis ». Parlons là où les problèmes doivent être posés et résolus. Refusons d’être divisés, de nous exposer. Prônons la libre discussion en interne. Comme disait l’autre, acceptons de discuter de nos faiblesses dedans pour que nous soyons tous forts du dehors, et non le contraire », dit-il.

Selon lui, renforcer l’esprit de communauté c’est «accepter l’ordre naturel qui fait que tout jeune magistrat deviendra ancien et l’aîné d’un jeune, et tout ancien a été un jeune magistrat. L’Age et l’ancienneté ne sauraient être des vices rédhibitoires, « nous étions comme vous et vous serez comme nous ». Nous nous devons respect et considération surtout à l’égard de nos aînés. Nous ne serons jamais forts en fragilisant nos aînés même si nous avons un droit de critique légitime sur leurs actions. Les aînés doivent aussi développer l’écoute attentive et l’empathie à l’égard de leurs jeunes collègues, être disponibles et proches d’eux. Nous devons mettre fin au déficit de communication entre collègues de différentes générations en rétablissant le fil du dialogue et de la concertation permanente ».

Le 2eme défi, fait-il remarquer, c’est de faire de la satisfaction des intérêts professionnels, matériels et moraux des magistrats leur priorité d’action. «Nous devons garder à l’esprit que la mission première de notre union est la satisfaction des intérêts professionnels, matériels et moraux des collègues».

Élu président de l’Ums, il compte se battre pour l’uniformisation de l’âge de la retraite à 68 ans, l’intégration de l’indemnité de judicature dans la pension de retraite ou la perception de 80% du salaire à la retraite, ’accès à l’habitat pour les collègues non bénéficiaires de parcelles, l’amélioration des conditions matérielles de travail et la gestion transparente, cohérente et objective du plan de carrière des magistrats. Des chantiers si chères à Souleymane Téliko.

Toutefois, pour la satisfaction de ces doléances, et d’autres qui seront identifiées avec les membres de l’Ums, il compte adopter une démarche inclusive et participative, faite de concertation et de dialogue avec les hautes autorités judiciaires et de l’exécutif. «Nous dialoguerons sans aucune compromission possible mais avec un esprit constructif, honnête et loyal. Nous éviterons de faire de nos partenaires à la négociation des adversaires. Négocier pour l’atteinte de nos objectifs ne saurait aucunement remettre en cause notre indépendance en tant qu’institution. Il nous faut donc développer l’intelligence relationnelle, savoir ce que nous voulons, comment l’obtenir et avec qui discuter», promet-il.

Son 3 ème défi, c’est d’améliorer la communication de  l’Union des magistrats Sénégalais (Ums). «Nous vivons dans un monde de communication où les activités des institutions font l’objet d’un débat public nourri, et la critique envers elles s’exerce avec moins de retenue et plus d’immédiateté que par le passé. Les parties aux procès et parfois des acteurs judiciaires et même politiques, ou d’autres personnes encore, ne se privent pas de commenter publiquement les affaires en cours et les décisions prises par nos collègues. Beaucoup de ces commentaires, faits de bonne ou de mauvaise foi, ont souvent tendance à orienter l’opinion contre la justice et les juges, en déformant, pour l’essentiel, la réalité des faits dont les juges sont saisis, la procédure et le droit appliqués. Soumis à l’obligation de réserve, beaucoup de nos collègues, victimes de lynchage, souffrent en silence. Nous sommes tous susceptibles de nous retrouver dans ces situations au gré de la sensibilité des dossiers que nous aurons à gérer. Il est dès lors important de travailler sur la qualité des prises de parole publiques et les postures médiatiques que l’UMS doit avoir. A cet effet, nous vous proposerons un plan stratégique de communication qui aura pour vocation de canaliser, de façon réfléchie et structurée, les actions à entreprendre vers le public cible, qui se trouve être les justiciables. L’objectif est de disposer d’une lisibilité et d’une visibilité permettant d’établir des interactions dynamiques dans la recherche d’une justice de qualité. Le plan stratégique va concrétiser le nouveau départ de l’UMS, encadrer le développement d’une identité visuelle forte, planifier et organiser les activités de communication qui reposeront sur l’information juste et honnête des populations. A ce titre, la base jouera un rôle important dans les prises de décision du bureau exécutif », explique-t-il.

Et son 4eme défi c’est de redonner confiance et renforcer l’image de la Justice. «A ce niveau, nous vous proposons de travailler, en rapport avec les autorités judiciaires sur deux chantiers majeurs qui, il nous semble, peuvent impacter positivement sur l’image de la justice. Nous vous soumettons également de nouvelles stratégies d’action. Le premier chantier est la poursuite des réformes engagées. De nombreuses réformes et chantiers ont été lancés ou proposés pour adapter notre justice aux standards internationaux et pour répondre aux attentes de nos concitoyens. Ces réformes concernent notamment le Conseil supérieur de la magistrature, le projet de modernisation de la justice, contenu dans la lettre de politique sectorielle du département de la justice avec la construction d’infrastructures modernes pour abriter les juridictions qui sont dans des locaux en état de délabrement très avancé, la réforme de l’organisation judiciaire et du code de procédure civile pour la spécialisation des juridictions et des contentieux, le recrutement de magistrats en nombre suffisant et en qualité, la formation continue des magistrats etc. Le deuxième chantier est le renforcement de la cohérence des politiques de juridiction. Les magistrats sont tous et toutes, conjointement et dans le cadre de leurs missions, responsables de la conduite des politiques de juridiction dans un cadre juridique bien précis. Les politiques de juridiction trouvent leur fondement dans les pouvoirs en matière d’organisation des juridictions, notamment l’organisation et la répartition du travail, la fixation du nombre et du contenu des audiences. Ces politiques doivent permettre, à partir d’un diagnostic partagé, de déterminer quelle doit être, dans l’organisation de la juridiction, la place des procédures et la priorisation des actions, répondre efficacement aux attentes des citoyens en terme de qualité de justice et de célérité dans le traitement des affaires surtout en matière de détention. Pour définir, les priorités de politique juridictionnelle, il est indispensable de privilégier le dialogue et la concertation pour renvoyer une image de cohérence et de rigueur dans nos rapports avec les autres acteurs judiciaires et les populations. Donner une meilleure image et restaurer la place de la justice dans le dispositif institutionnel de l’Etat passe également par de nouvelles stratégies d’actions », fait-il remarquer.

Dans le cadre de son magistère, il compte instituer des journées portes ouvertes qui seront de belles occasions de travail de pédagogie à faire sur l’institution judiciaire, les procédures et la pratique. Ce travail didactique et d’information des usagers de la justice, et de l’opinion publique en général, pourrait être un rendez-vous important d’interaction et de communion avec le monde universitaire notamment les étudiants en droit, les écoles, les milieux professionnels, et les citoyens lambda.