NETTALI.COM – Devrait-il en rire ou en pleurer ? Le monde du football sénégalais doit avoir bien mal après avoir noté, il n’y a guère longtemps, le consensus noué par trois (3) candidats parmi quatre (4) que tout prédisposait pourtant à aller à l’élection. Il s’agit d’Augustin Senghor, le président sortant, de Saër Seck, de Mbaye Diouf Dia et de Mady Touré.

Si les trois premiers sont d’accord pour un consensus, Mady Touré le 4ème qui semble hésitant, veut remettre sa décision au 30 juillet, mais avec un bémol puisqu’il a évoqué lors d’un point de presse, un « tout sauf Augustin ». Ce qui signifie que lui-même est tenté par un consensus ainsi qu’il l’a déclaré l’avoir dit à Lamotte en ces termes : « le seul consensus sur lequel j’ai été d’accord, c’est avec Saër et Diouf Dia et jamais avec Augustin Senghor. Je l’ai dit à Louis Lamotte, ma décision sera le résultat de ma consultation avec ma famille et le dernier mot me reviendra. Pour l’instant je continue ma campagne et je me prépare pour Matam ».

De quoi donner des urticaires au monde du football sénégalais. Les différents protagonistes sont en effet plus intéressés par un qu’une véritable élection. En cherchant à aller lui aussi vers le consensus ou plus exactement vers un deal, Mady Touré, pourrait donner l’impression qu’il n’est pas si différent des autres, puisque le monde du foot verrait un objectif d’éliminer Augustin de la course, en s’alliant le soutien des autres suivant la même logique. Une sorte de surenchère qui ne dit pas dit son nom. Sauf que pour l’instant, Augustin Senghor a la faveur des autres candidats.

Le souhait d’Abdoulaye Sow, 2e vice-président de la Fédération, a toujours été de créer une entente entre Saër Seck et Augustin Senghor en vue d’une poursuite du 4ème mandat de ce dernier à la tête de la Fédération. Le ministre Sow a en effet oeuvré sans relâche pour un consensus autour d’un candidat à l’élection de la FSF prévue en août prochain, ainsi qu’il l’avait formulé. « Je n’aimerais pas que Saër Seck soit candidat devant Augustin (Senghor)“, avait-il déclaré sur le plateau de la 2 STV. Avant d’ajouter que « Saer, Augustin et moi travaillons ensemble depuis 12 ans et nous avons des projets ». A l’en croire, ces projets doivent aboutir pour le bien du football sénégalais. Abdoulaye Sow soutenait également qu’il souhaitait « un consensus » basé sur « des principes qui vont faire avancer le football,  car, argumentait-il, cette discipline ne mérite pas de vivre dans la dislocation à moins d’un an de la Coupe d’Afrique des Nations. Rappelant au passage qu’en tant que président de la Ligue amateur, il a son mot à dire dans cette élection. « Je dirige la Ligue amateur qui fait le 3/4 des clubs », avait-il précisé.

Des postures qui amènent à se demander pourquoi ils ont tous peur de l’élection ? Le football sénégalais est-il en crise à tel point qu’ils cherchent à accorder leur violon et à s’entendre ? Soit ils n’ont pas de projets clairs pour le foot sénégalais, soit ils ne sont intéressés que par la jouissance que leur procure le pouvoir de trôner à la tête de la fédé. Sinon pourquoi travailleraient-ils dans le sens d’un consensus ? Etaler un programme ambitieux et innovant en gagnant l’élection à la régulière n’aurait pas été un problème. Ils ne peuvent quand même pas nous dire qu’Augustin est le seul à pouvoir diriger le football sénégalais qui court désespérément derrière un trophée continental et une organisation digne de ce nom, aussi bien depuis l’existence de l’équipe nationale que sous son règne, alors qu’il s’apprête à boucler ses 12 ans en étant arrivé à la tête de la fédé en 2009.

Le fallacieux prétexte que Senghor a trouvé pour justifier sa candidature, est un appel lancé par des présidents de ligue en faveur “de la réalisation d’un consensus de toute la famille du football autour de l’essentiel” lors des prochaines élections. Tout le monde sait que l’envie ne lui a jamais manqué. Mais un fait qui le disqualifie fortement, c’est sa rétractation après avoir annoncé qu’il ne se représenterait pas, il y a quatre ans.

Me Alioune Abatalib Gueye a encouragé, samedi 24 juillet, Mady Touré à maintenir sa candidature à la présidence de la fédération sénégalaise de football afin de conduire les changements nécessaires pour un renouveau de cette discipline. “Pour l’intérêt du football national, je vous encourage à poursuivre votre candidature que je soutiens“, lui a dit Me Gueye au cours de la rencontre initiée par le candidat à la présidence de la FSF pour expliquer aux acteurs saint-louisiens son programme. Selon l’ancien président de la FSF, “Me Augustin n’est plus l’homme qu’il faut pour ce football et il a fait tout ce qu’il était en mesure de faire mais les résultats tardent à venir malgré les énormes moyens déployés par l’Etat depuis quelques années“. Selon l’ancien président de la Linguère de Saint-Louis, ce consensus est “hypocrite”. “J’ai des liens d’amitié avec Me Augustin que j’ai soutenu par le passé. Je ne connais pas Mady, mais son discours qui va dans le sens du renouveau du football national, m’a convaincu.”, fait savoir l’avocat. De plus, ajoute celui-ci en marquant son étonnement à l’endroit d’Augustin Senghor : “comment vouloir se représenter pour un quatrième mandat, alors que sur le plan africain, tu prônais la limitation des mandats ? “.

Difficile de savoir en effet ce qui le pousse Senghor à s’accrocher à ce poste et au pouvoir, malgré le nombre important de postes qu’il cumule. Qu’est ce qui fait courir le maire de Gorée, l’avocat, le premier vice-président de la Confédération africaine de football (Caf), le président de la commission juridique et des associations de l’instance dirigeante de la Caf dont il assure par ailleurs la vice-présidence de la commission d’organisation de la Can. On peut raisonnablement poser la question de savoir s’il aura le temps d’assumer toutes ces responsabilités.

Au-delà, il est question de s’interroger sur les motivations qui peuvent pousser une personne à vouloir rester aussi longtemps à un poste mais également sur sa structure mentale, tant il est difficile de comprendre le bien-fondé d’une telle posture. Est-il question de jouissance du pouvoir ? D’une certaine conception selon laquelle, on serait le seul apte à diriger ? Ou juste un baroud d’honneur qui consisterait à vouloir faire une dernière tentative pour enfin gagner une coupe d’ Afrique avant de libérer le poste ? Autant de questions auxquelles, il est difficile trouver une réponse.

Il y a d’ailleurs matière à s’interroger sur les bilans d’Augustin Senghor puisqu’il aura fait au total 3 mandats de 4 ans : 2009, 2013 et 2017 avec une réélection qui a suscité moult interrogations pour non seulement avoir duré 24 heures, mais pour avoir également engendré une vive polémique relative au vote de présidents de clubs considérés comme fantômes ou inconnus au bataillon. Mais lorsqu’on scrute à la loupe, le passage du maire de Gorée à la tête de la fédération, l’on verra bien que ce dernier a régressé par rapport à El Hadji Malick Sy. Il a certes fait émerger la petite catégorie inexistante sur la scène africaine du football en perdant 3 finales des U 20 : au Sénégal en 2015 face au Nigéria,  en Zambie en 2017 contre le pays hôte et en 2019 au Niger contre le Mali en Coupe d’Afrique ; et une demi-finale de coupe du monde. Les U20 ont en outre participé à deux coupes du monde en 2015 où ils ont échoué en demi- finale en 2019 et en 8ème de finale. Ce n’est pas rien tout cela, c’est bien, mais en dehors de ce fait majeur, difficile de trouver un autre élément de bilan significatif. Peut-être, ne sait-on pas tout ?

En comparaison à l’équipe A, la plus en vue dans le foot, El Hadji Malick Sy a fait bien mieux avec la génération des El Hadji Diouf, Aliou Cissé, Henri Camara, Salif Diao etc  en accédant à une finale contre le Cameroun (battu aux tirs aux buts) et un quart de finale de Coupe du monde sous Bruno Metsu ; là où le Sénégal a accédé en finale contre l’Algérie de Belmadi, après avoir été éliminé lors des matches de poule, en 2018, en coupe du monde en Russie.

A part cela, difficile de noter un fait majeur. Bien au contraire, c’est le dénuement en termes d’infrastructures. Le seul stade utilisé jusqu’ici, n’est plus homologué et les autres, que cela soit Léopold Sédar Senghor (ex-Amitié), Demba Diop, Iba Mar, etc sont fermés depuis belle lurette et requièrent des rénovations importantes. Dans le domaine du marketing, c’est le désert. Malgré la présence d’un équipementier, difficile par exemple de trouver des maillots originaux de l’équipe nationale. Un aspect bien élémentaire du volet marketing.

La dernière polémique relative à la pelouse du stade Lat Dior de Thiès et les sorties malheureuses et synchronisés d’Augustin Senghor et du ministre des sports Matar Ba, ont été les gouttes d’eau de trop. Elles ont montré à la face du monde le peu d’ambition et le mépris qu’ils ont pour le football sénégalais. Sadio Mané n’aura fait que dire ce tout le monde pensait tout bas. Il avait juste jugé « catastrophique » l’état de la pelouse qui devait être « amélioré ».  La réponse d’Augustin Senghor, président de la Fédération sénégalaise de Football, a été plus que honteuse, tout en étant le signe d’une incompétence et d’un « je m’en-foutisme » criard. Difficile de comprendre comment il a pu servir une réplique aussi désinvolte qu’inconsciente, à savoir que « nous ne sommes pas à Liverpool ou à Manchester City… » Et dire que c’est ce même Augustin Senghor qui cherche à rempiler pour la 4ème fois !

Une histoire de pelouse qui aurait pourtant pu rester à un simple niveau de détails surtout par rapport à une stratégie globale liée au football sénégalais qui demande à être plus pourvu et organisé, aussi bien en termes d’infrastructures, de financement, de formation, d’organisation que de perspectives. Difficile dès lors de savoir quelles ambitions Augustin Senghor peut encore afficher en cherchant à rempiler après presque 12 ans. Ce sont des postures qui disqualifient de fait leur auteur.

Personne ne peut l’empêcher de postuler, c’est sûr. Mais si Mady Touré a de fortes convictions, il devra les faire valoir même si d’aventure, il était assuré de perdre l’élection. Il  a un programme à vendre et il serait dès lors inconcevable et dommage qu’il se lance dans des compromis.

Le fait est qu’en tant que patron de « Génération Foot », un centre de formation alliant infrastructures, formation sport/ études, il a contribué à l’essor du football et de l’équipe nationale. « Génération Foot »  a par exemple été Champion du Sénégal en 2017 et en 2019, vainqueur de la Coupe du Sénégal en 2015 et en 2018, puis finaliste de la coupe de la Ligue sénégalaise en 2019, champion du Sénégal de 2ème division en 2016 et de 3ème division en 2015. L’équipe nationale de Football doit par exemple à « Génération Foot », la formation de joueurs tels que Moustapha Bayal Sall, Babacar Guèye, Papis Demba Cissé, Fallou Diagne, Diafra Sakho, Sadio Mané, Ismaïla Sarr, Habib Diallo, Ibrahima Niane, Pape Matar Sarr.

Touré a en plus un atout de taille qui est de s’être frotté aux techniques de management du football moderne en s’affiliant avec le FC Metz. Il a en plus l’entregent pour faire franchir un nouveau cap au football sénégalais face à Augustin qui est plus dans le pilotage à vue. Car en fait de projet bien ficelé, difficile d’en voir les résultats enregistrés par le football sénégalais.

Ce qui se déroule sous nos yeux, ressemble à un deal et prouve qu’on a affaire à un club de collaborateurs et d’amis qui, si l’on n’y prend pas garde, risque d’être dans une logique de passation du pouvoir à la tête de la fédération. Un deal qui pourrait se résumer à un « chauffe moi le fauteuil, je m’installerai quand tu auras fini ». Une instauration d’une présidence tournante entre les mêmes qui risque de durer longtemps si le complot n’est pas vite déjoué.

Espérons juste que cette future élection ne sera pas comme celle de 2017 qui avait duré 24 heures avec des contestations et de la suspicion à la clef. Et il est  d’autant plus dommage que lors de cette élection, seuls les présidents de clubs et de ligues voteront. Il serait aussi d’autant plus scandaleux si d’aventure Touré venait à jeter l’éponge car Augustin Senghor , à ne pas en douter, sera dans la continuité de ce qu’il a toujours fait.

Il devrait de toute façon se rendre compte qu’il arrive toujours des moments où l’usure rattrape ceux qui s’éternisent aux postes. Le foot sénégalais court depuis toujours derrière une coupe d’Afrique, mais son équipe n’a pas pour le moment le mental et le coaching appropriés pour y arriver. Sinon, elle aurait gagné cette fameuse finale contre l’Algérie. La Coupe d’Europe vient en tout cas de nous donner comme enseignement que les équipes qui triomphent de nos jours, sont celles qui forment un vrai collectif huilé, rodé, déterminé, qui en veut, mais avec un mental d’acier. Cet état d’esprit, Augustin n’a pas réussi à l’insuffler. Aliou Cissé non plus.