NETTALI.COM – Dans un long entretien publié dans la livraison de ce samedi du quotidien Enquête, Ibrahima Sène du Parti de l’indépendance et du travail revient sur son parcours. Extraits…

 

Naissance à St-Louis et Etudes à Moscou

« Je suis né à Saint-Louis le 1er mai 1946, à Guet Ndar – Dack, de père, agent du service du ‘’Contrôle économique’’ du ministère du Commerce, originaire de ‘’Doune Baba Dièye’’ sur le Fleuve Sénégal au large de Saint-Louis, et d’une mère ménagère, originaire de la Mauritanie, de ‘’Ndiago’’ sur la rive droite du Fleuve Sénégal. Je suis marié à une Soviétique d’origine ukrainienne. J’ai trois merveilleux enfants dont deux filles, l’une née à Moscou, l’autre, à Washington DC, et un garçon né à Kaolack. J’ai fait l’école primaire à Ngaye Mekhé, où mon père a été affecté au cœur du Cayor, dans le département de Tivaouane. J’ai fait l’école secondaire au Collège Moderne de Thiès, devenu Lycée Malick Sy, à l’internat, jusqu’ à la Première. Exclu de l’internat, et en mal avec le ‘’corps des surveillants’’, j’ai fait la terminale en 1966/67 à Kaolack en externe, au Lycée Gaston Berger en série Sciences expérimentales, où j’ai obtenu le Baccalauréat en fin d’année. Ensuite, j’ai obtenu une bourse d’études de l’Etat pour entamer mon cursus universitaire en Agronomie en Union Soviétique, à l’Académie des Sciences agricoles de Moscou du nom de ‘’Timiriazev’’ (TCXA) qui est le ‘’père de la photosynthèse’’. J’y obtiens, en 1973, le diplôme d’ingénieur Agronomie, spécialisé en Agrochimie et Pédologie, avec le ‘’titre de Master of Science’’, qui correspond aujourd’hui au Master II.

Parcours professionnel  

« De retour au Sénégal où mon diplôme a été homologué, je fus recruté dans la fonction publique en novembre 1973, dans la hiérarchie A1, qui était la plus haute de l’Administration sénégalaise. Ensuite, en 1976, j’obtins une bourse de l’USAID, pour faire des études en Agroéconomie aux Etats Unis, à ‘’Michigan State University’’, d’où j’ai obtenu en 1978, le diplôme de ‘’Master of Agroeconomics’’. Le hasard a fait donc, que je fus parmi les 4 premiers étudiants sénégalais que le gouvernement du Sénégal a envoyés en Union Soviétique, et l’un des deux premiers étudiants sénégalais à bénéficier d’une bourse de l’USAID pour faire un ‘’Master en agroéconomie’’. Ainsi, rien de ces deux systèmes économiques et sociopolitiques de ces deux grandes puissances, ne m’est étranger ! ».

Engagement politique

C’est un concours de circonstances qui m’a amené en politique et à mon adhésion au Marxisme Léninisme. En effet, très jeune, j’étais très sensible à l’injustice et à l’arbitraire. C’est ainsi, qu’au Collège moderne de Thiès, je prenais systématiquement la défense des élèves et surtout des filles, victimes de menaces ou d’agressions verbales de la part d’élèves qui veulent s’imposer par leur muscle, et non par leurs performances en classe. C’est cet engagement qui m’avait valu le ‘’surnom de Ringo’’, qui représentait le ‘’justicier solitaire’’ dans les films de ‘’Cowboys’’ de l’époque. Ensuite, au Lycée, c’est l’arbitraire du Surveillant général et de certains surveillants à l’égard des élèves à l’internat, que je ne pouvais pas tolérer et qui m’avait valu plusieurs punitions, avec “interdictions de sortie” le dimanche pour aller chez mon correspondant pour y passer la journée en famille et avec mes amis du quartier de “Taaxi Kaw”. C’est cet arbitraire qui m’avait poussé à créer, avec l’appui d’un Professeur en Français et un certain Alphonse Raphaël Ndiaye, qui est le grand frère de Monseigneur Ndiaye, un “Journal” dénommé ‘’Eureka’’, pour dénoncer des actes de maltraitance d’élèves par certains surveillants sans jamais nommer ni les victimes, ni les auteurs, mais suffisamment explicite, pour que les uns et les autres puissent s’y retrouver.

Et c’est pour éviter des représailles qui auraient impacté négativement mes études en classe ‘’Terminale “, que j’ai demandé et obtenu mon transfert au Lycée Gaston Berger à Kaolack, où j’ai des parents maternels, où j’ai obtenu mon Baccalauréat en fin d’année 1967… . Et c’est avec cette forte sensibilité contre l’injustice et l’arbitraire, que j’ai eu connaissance du Marxisme Léninisme à Moscou, au moment où je dirigeais “l’Association des Etudiants et stagiaires sénégalais en URSS”. C’est ainsi que j’ai connu des dirigeants du “Parti africain de l’Indépendance” avec lesquels j’ai eu beaucoup d’échanges, qui m’ont permis de me familiariser avec l’Histoire des mouvements de Libération nationale et sociale au Sénégal, en Afrique, et dans les pays du tiers monde. C’est tout ce background qui m’a permis d’accepter de prendre la “carte de membre du PAI”, et d’y militer depuis lors.

Première rencontre avec Dansokho

« C’est dans le cadre de mon militantisme dans le PAI à Moscou, que j’ai eu à participer dans des débats publics sur les questions de Libération nationale, et de publier des articles qui avaient attiré l’attention de Dansokho, alors représentant du Parti à la “Revue internationale”, à Prague, en Tchécoslovaquie. C’est ainsi que j’ai pu faire sa connaissance physique, lors de sa venue en 1970 à Moscou pour participer au Congrès du “Parti Communiste de l’Union Soviétique” (PCUS) d’alors. Le PAI continuait à se développer, après le référendum, avec son slogan fétiche “MOM SA REW, BOKK Sa REW, DEFAR Sa REW”, largement populaire au niveau des populations, de la jeunesse et des travailleurs notamment, jusqu’à l’obtention de l’Indépendance, deux ans plus tard, en 1960, lorsque la France décidait de transférer les attributs de la souveraineté du peuple sénégalais à ceux qui, en 1958, avaient mobilisé le peuple pour la refuser, au détriment de ceux qui avaient tout donné pour y parvenir. C’est donc pour consolider le pouvoir de ceux que la France avaient promus, que le PAI était devenu un “adversaire à abattre” ! Ce qui ne tarda pas à se réaliser, en exploitant une contestation violente dans la rue, à Saint-Louis, des résultats des élections municipales, que le Parti fut dissout et contraint à la clandestinité, avant même d’avoir pu tenir son premier Congrès. La lourde répression qu’il a subie durant les “20 années de plomb” sous Senghor, et les restrictions à son retour à la légalité, lors de “l’ouverture démocratique” qui a permis, entre autres, la création du “Parti Démocratique du Sénégal” (PDS), ont longtemps éloigné le Parti des masses ».