CONTRIBUTION – Les « corrections » territoriales proposées par le géomètre de Sangalkam méritent une double correction indépendante. Le dossier technique justificatif d’un redécoupage, toujours téléguidé, comme l’était celui de 2011, sans aucune forme de participation des citoyens en amont, révèle son caractère injuste et opportuniste. L’ancien comme le nouveau a une seule promesse calculée : déshabiller le « Cheikh » pour habiller le « Serigne ».

Tel un styliste qui trime pour innover, histoire de dicter la mode korité, le géomètre politique étale finalement son art, non pas par son « décamètre » et les ciseaux.  Lames aiguisées, il coupe, découpe et recoupe des territoires, en principe d’égale dignité.

Loin de vouloir légitimer un scénario « Gambie dans le Sénégal », mais également une fierté de villageois mal placée, on ne respirait le souffre en reconnaissant qu’elles sont nombreuses les communes à l’intérieur de communes (ex-communautés rurales).  Par conséquent, contrairement au refrain villageois, Sangalkam est loin d’être une exception dans ce pays. Encore que les découpages de 2011 concernaient également Bargny Sendou, Mbane et Ndombo Sandiéry. Mais « la fièvre à virus découpage » ne monte qu’à Sangalkam et environs.

Le crime oublié et la Super League foncière

Ce qui devait révoltait les acteurs, c’est que le crime le plus célébré à la fin du règne (2011) de Abdoulaye Wade, reste encore sans procès, le seul d’ailleurs. Au lieu de penser aux enfants de la victime qui voudront bien savoir les circonstances dans lesquelles leur père avait été atteint d’une balle, le géomètre en chef engage ses ouailles à étouffer l’affaire, car les résultats de l’enquête peuvent compromettre une carrière politique. Le silence est ainsi dicté.

Par ailleurs, le géomètre et ses ex-amis maires partagent le grand club qui performent bien dans la super League foncière, sans aucune forme de trêve. Ils entretiennent des catégories junior et cadet. Leur seul filet de sécurité contre des poursuites judiciaires est la détention de la signature municipale et l’effet protecteur d’un engagement politique. Chaque membre du club a fini de bâtir son patrimoine en toute impunité. Et tous les sacrifices sont bons pour préserver leur hégémonie sur les ressources foncières.

Demande légitime de « l’Eldorado », mais récusez le géomètre d’abord

Ceux qui poussent des hoquets rageurs aujourd’hui devaient avoir l’audace de récuser le géomètre à porter le projet de découpage. Et ce, depuis, on lui faisait porter le manteau de ministre des Collectivités territoriales, en étant maire d’une des communes concernées. Ici, le conflit d’intérêt est patent. Tout comme le flaire dirigé vers la Contribution Economique Locale des PME installées dans l’axe Keur Ndiaye Lô-Kounoune qui est visiblement le nouvel eldorado dont le contrôle vaut tous les sacrifices politiques. La centrale électrique de Kounoune procure plus de 500 millions de francs CFA à la collectivité à laquelle elle est rattachée. Le géomètre pense qu’il mérite cette patente, plus que quiconque.

La vie économique autour de Kounoune, Keur Daouda Sarr et Keur Ndiaye Lô, combinée à la croissance démographique occasionnée la naissance des nouveaux quartiers résidentiels, légitiment à bien des égards la volonté des habitants de prendre leur indépendance de Sangalkam et de Bambilor.

Contrecoups d’un pillage économique organisé

D’aucuns devaient être révoltés par la destruction de l’économie locale jadis dominée par l’horticulture et l’élevage. Une conséquence de la prédation opérée sur les terres agricoles. Depuis 18 ans, ce pillage organisé par ce géomètre qui agite actuellement les ciseaux, a fait perdre à Sangalkam son statut de grenier agricole de la capitale sénégalaise, malgré tous les équipements de recherche, d’appui technique et de conditionnement dont elle dispose.  Des dizaines de milliers d’hectares ont été morcelés par le club au détriment de la production agricole à forte valeur ajoutée aujourd’hui. Aucun lopin de terres n’a été réservé aux générations futures.  Même le Domaine agricole communautaire lancé en grande pompe, en novembre 2018, peine à « restaurer la vocation nourricière des Niayes », encore moins à générer « 2000 emplois », comme l’avait déclaré le chef de l’Etat, car rattrapé par les contentieux fonciers.

Les centaines de travailleurs saisonniers qui provenaient de l’intérieur du pays pour travailler dans les exploitations agricoles sont obligées d’aller chercher ailleurs. Aujourd’hui, la production agricole est quasi-nulle. Le biocide est sans commune mesure. Même les caisses municipales gérées par la géométrie en chef en souffrent.

L’avenir se résume aux risques d’inondations, à la ghettoïsation, au meilleur des cas, une grande banlieue sans vie économique. La mairie devient une œuvre sociale et vit des ressources du ministère des Collectivités territoriales. C’est ainsi normal que Sangalkam déploie une opération de charme à Keur Ndiaye Lô, Keur Daouda Sarr et Kounoune pour trouver le Salut. Une preuve de l’échec de celui qui avait promis, en 2014, de « faire de Sangalkam, la première commune du Sénégal ».

L’opportunité d’une correction en 2012

Revenant aux ciseaux territoriales, il faut dire que moment ne saurait être plus opportun que la période post-électorale de 2012. En effet, les communiqués issus des premiers conseils des ministres indiquaient une volonté du chef de l’Etat de revenir sur le découpage administratif de 2010-2011. Mais à l’époque, l’actuel découpeur et ses lieutenants avaient préféré de se positionner à la tête des quatre délégations spéciales qui administraient la désormais ex-communauté rurale de Sangalkam. Tout le contraire pour l’ex-président du Conseil rural de Mbane, Aliou Diack, qui avait refusé un tel schéma. Mais ici, encore une fois, ce qui intéresse le club, c’est la signature, quel que soit le prix. C’est une question de sécurité et de survie. Le pouvoir étant ce qu’il est, le club de marchands, qui s’accrochent au goûter foncier, est secoué par les ambitions politiques et le désir de s’émanciper du géomètre de Sangalkam.

Par ailleurs, à partir des élections locales de 2014, la communalisation universelle voudrait que toutes les communes soient d’égale dignité. A cet effet, le Code général des collectivités territoriales, tout comme son ancêtre, prévoit les conditions de disparition de la commune. Son article 74   souligne qu’une commune en déséquilibre financier pendant quatre années consécutives peut être supprimée.

L’un dans l’autre, le monde des Droits de l’Homme a eu à indemniser des Négriers, en le refusant encore aux véritables victimes de la traite négrière.  Par conséquent, il ne serait pas surprenant que cette correction à corriger inspire un décret présidentiel, car le géomètre de Sangalkam a apparemment le cœur d’un gastronome politique. Son thé militant est prisé à l’avenue Léopold Sédar Senghor.

Birame FAYE