CONTRIBUTION – Nous voici, par la grâce d’Allah revenus de dix jours de célébration des bourdes et d’une singulière commémoration du Mawlid, cette année. Et c’est pour nous l’occasion de rendre hommage aux Khalifes généraux des foyers islamiques du Sénégal qui ont célébré, chacun à sa manière, cette nuit toute de grâce.

Que Dieu les récompense à la dimension des priéres faites sur le Prophéte psl. Nous exprimons spécialement toute notre fierté et notre déférence à l’endroit du Khalife général des Tidianes, Serigne Babacar Sy Mansour et à toute la famille spirituelle d’El Hadj Malick qui s’est rangée avec discipline et élégance, derrière sa clairvoyante guidance. Qu’Allah « Qui l’a élu sur nous, accroisse sa part quant au savoir et à la condition physique » comme pour Tâlût.

Il nous a rappelé, par l’acte, le dit et le tu, ce que signifie en essence l’amour du Prophète pls. Aimer, c’est s’imprégner pour prendre exemple, c’est perpétuer le souvenir par l’action bénéfique. C’est aussi défendre l’image et l’honneur de l’être aimé comme l’a enseigné son grand-père, notre maître El Hadj Malick, rta.

Aimer c’est se conformer

Aimer le Prophéte psl ne signifie pas seulement le chanter, fredonner des airs entraînant à son honneur ni s’écrier par une eulogie en entendant prononcer son nom, comme il l’a rappelé. Il ne suffit pas de faire cela pour compter parmi ceux ou celles qui l’adulent même si cela est appréciable. Aimer le Prophéte psl, c’est s’anéantir en lui, c’est à dire s’ajuster à la règle de conduite exemplaire. Et la règle, c’est lui-même par la révélation, la raison et les émotions. Car “وَمَا يَنطِقُ عَنِ الْهَوَىٰ. Il ne prononce rien sous l’effet de la passion”, d’une part. D’autre part, il est le modéle parfait, en toute circonstances : « لَّقَدْ كَانَ لَكُمْ فِي رَسُولِ اللَّهِ أُسْوَةٌ حَسَنَةٌ لِّمَن كَانَ يَرْجُو اللَّهَ وَالْيَوْمَ الْآخِرَ وَذَكَرَ اللَّهَ كَثِيرًا

En effet, vous avez dans le Messager d’Allah un excellent modèle [à suivre], pour quiconque espère en Allah et au Jour dernier et invoque Allah fréquemment » Ahzâb, 21.

Aimer le Prophète, n’est pas une profession de voix mais un mode de vie, une ligne de conduite qui reflète le verset 31 de la Sourate 3 : « قُلْ إِن كُنتُمْ تُحِبُّونَ اللَّهَ فَاتَّبِعُونِي يُحْبِبْكُمُ اللَّهُ وَيَغْفِرْ لَكُمْ ذُنُوبَكُمْ وَاللَّهُ غَفُورٌ رَّحِيمٌ

Dis: « Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi, Allah vous aimera alors et vous pardonnera vos péchés. Allah est Pardonneur et Miséricordieux »

Il y a là une relation de cause à effet entre l’effectivité de l’amour d’Allah et le fait de suivre le modéle Prophétique. Aimer Dieu, c’est s’anéantir, être fidèle au modèle paradigmatique du Messager. Comme disait El Hadj Malick, c’est poser chaque pas sur celui du Messager d’Allah, Son bien-aimé. Car c’est par cette extinction dans la personne du Prophète que l’individu s’éloigne des passions dissolvantes et ressuscite dans la vérité de la Sharî’a.

Ainsi le musulman qui est dans cet état ne verrait plus les choses par ses yeux si limités et ne percevrait plus les phénomènes par des syllogismes qui ne peuvent embrasser tous les possibles. C’est à travers lui, le Prophète qui perçoit grâce à la lumiére divine et qui manifeste la bonne direction vers l’agrément d’Allah, qu’il percevrait désormais :

« قَدْ جَاءَكُم مِّنَ اللَّهِ نُورٌ وَكِتَابٌ »

« […] مُّبِين. Une lumière et un Livre

.explicite vous sont certes venus d’Allah »

Cette lumiére primordiale qui nous transmet l’autre lumière, matérialisée dans le Livre et dans sa pratique, est décrite dans Wasîlatul Munâ, célébre sous le nom de Taysîr. El Hadj Malick Sy dit :

« Nûrun Mubînun atâ an-nûr al-Mubîna li-isrshâd al-‘ibâdi Jamî‘an Rabbi ya Allah ».

Et il a raison de dire, suite aux indications coraniques : « Wa laysa naf’un ‘alâ hubbin bilâ ‘amalin/ Fa tâbi‘an sunnat al-Mukhtâri taghtanimi ».

Un amour qui n’est pas suivi d’actes n’a pas d’intérêt.

Suis la Sunna de l’Élu, tu auras un trésor».

Ainsi El Hadj Malick rta, aprés avoir rappelé le caractére obligatoire de l’amour du Prophète dont doit résulter des actes, expose les indicateurs qui vérifient cet amour:

⁃ vivre sa sunna, استعمال سنته.

⁃ Désirer profondément sa rencontre, وكثرة الشوق في لقيا لسيدنا.

⁃ Prier abondamment sur lui, وكثرة ذكر صلاة.

⁃ Défendre sa religion, l’islam, ثم نصرة دينه.

⁃ Se parer de ses vertu, تخلق ما قد جاء من شيم.

⁃ Le célébrer, se délecter à son évocation, وتعظيمه والتذاذ حين تذكره.

⁃ Aimer le Coran, حب القرآن.

⁃ Aimer ses compagnons sans distinction, وأصحاب له كرم.

Défendre sa religion نصرة دينه

Le rappel d’El H. Malick relativement à la défense de la religion est d’une urgente gravité. En ces instants de célébration de la naissance, sous forme adamique, de cette lumiére primordiale, incaranation des vertus universelles, il est triste que des esprits maléfiques, mus par une haine viscérale du Bien universel, se moquent des milliards d’hommes et de femmes à travers leur modéle. C’est donc le moment d’exalter son nom, de défendre son héritage, son message et sa Ummah.

Il est vrai qu’Allah lui a promis le triomphe comme couronnement d’une succession de victoire, dans la sourate al-Fath (48), même si personne ne le défendait :

“إِلَّا تَنصُرُوهُ فَقَدْ نَصَرَهُ اللَّه […]

Si vous ne lui portez pas secours Allah l’a déjà secouru […]”.

En outre, les complots et intrigues contre l’islam sont voués à l’échec car:

“ la parole des mécréants est au plus bas tandis que la parole d’Allah a le dessus. Et Allah est Puissant et Sage”.

Mais il est temps d’aller au-delà de la simple déclaration d’amour pour lui. Défendre la religion comme indicateur de l’amour du Prophéte psl implique que l’on s’indigne de toute agresssion qui le vise, d’où qu’elle vienne et de quelque nature qu’elle soit. Que ce soit le discours d’un dirigeant comme Macron, que ce soit une représentation théatrale, cinématographique comme le film intitulé “l’innocence des musulmans” paru en 2012 ou une image comme les caricatures d’un journal comme Charlie Hebdo! Répondre aux offenses des profanateurs, des provocateurs et « insulteurs » doit être proportionnel à l’affront. Car le Coran a établi une certaine bilatéralité par rapport au sacré des différentes communautés.

Que ce soit dans le temps ou dans l’espace, que ce soit à dimension matérielle ou immatérielle.

“الشَّهْرُ الْحَرَامُ بِالشَّهْرِ الْحَرَامِ وَالْحُرُمَاتُ قِصَاصٌ فَمَنِ اعْتَدَىٰ عَلَيْكُمْ فَاعْتَدُوا عَلَيْهِ بِمِثْلِ مَااعْتَدَىٰ عَلَيْكُمْ وَاتَّقُوا اللَّهَ وَاعْلَمُوا أَنَّ اللَّهَ مَعَ الْمُتَّقِينَ

Le Mois sacré pour le mois sacré! – Le talion s’applique à toutes choses sacrées -. Donc, quiconque transgresse contre vous, transgressez contre lui, à transgression égale. Et craignez Allah. Et sachez qu’Allah est avec les pieux”, Baqara, 194.

Cette bilatéralité dans le domaine du sacré avait amené Sérigne Mansour Boroom Daara ji à proposer à la face du monde, en 2012, un instrument qui s’imposerait à tous et qui garantirait le respect des religions à travers le monde. C’est une question qui est plus que d’actualité en ces moments où, alors qu’on célèbre sa naissance, le Prophète est encore objet de moquerie et de dérision, en France particulièrement.

A ce niveau, nos autorités religieuses nous ont indiqué le chemin. Ils ont toujours allié la défense de la religion à l’appel au respect de toutes les croyances. Cela a été l’engagement de Serigne Abdoul Aziz Sy Dabbâkh avec feu Latif Guéye de l’ONG Jamra, face à l’opinion internationale et aux pouvoirs politiques lorsque Salman Rushdie s’y était essayé avec ses « versets sataniques ». De même, son successeur à la tête de la Tijâniyya de Tivaouane, Serigne Mansour Sy Boroom Daara ji, a repris le flambeau par sa pertinente proposition .

Et il a trempé sa plume dans l’encre de son amour pour le Prophète psl afin de le défendre avec fermeté, sans haine ni outrance :

« فهذا رسول الله والمنبع الذي

فيوضاته تجري إلى يوم نفخة

فهذا رسول لن ترى العين مثله

من الخَلْق والخُلْقِ فأكبر آية

ندافع عنه كل ما قام معتد

فأحمد حقا عزنا أي عزة

كما أننا نأبى الإساءة نحوه

لَنرفَضُها قطعا تجاه الأئمة ».

« Celui-là est l’Envoyé de Dieu, la source dont les flots de grâce couleront jusqu’au jour du souffle annonciateur du jugement.

Celui-là est un Prophète et aucun œil ne verra son égal au sens physique comme moral, c’est lui la plus grande illustration.

Nous le défendrons à chaque fois qu’un agresseur se manifeste, Ahmed est

véritablement notre fierté, et quelle fierté !

Et autant nous refusons qu’on nuise à lui, autant on refuse avec fermeté

qu’on dirige la nuisance vers d’autres guides ».

Abdoul Azize KEBE