NETTALI.COM – Dans un long entretien accordé au journal Enquête et publié ce jour, le Pr. Moustapha Kassé revient sur la lancinante question de l’emploi des jeunes, et pointe les faiblesses du secteur industriel sénégalais, qui n’est pas cet adjuvant décisif pour lutter contre le chômage et le sous-emploi. Il a surtout milité pour un système éducatif plus performant et dénoncé le fétichisme du taux de croissance

L’expert rappelle avoir, dans son nouvel ouvrage (“Mondialisation, croissance, développement et émergence’’) opéré une comparaison avec la Corée du Sud et en déduit : « En effet, le paradoxe de notre système éducatif est que l’enseignement technique, qui devrait normalement former plus de la moitié des hommes actifs, compte dix fois moins que l’enseignement général, qui prépare dix fois moins d’emplois. Ce qui fait la problématique de l’emploi surtout des jeunes dans une économie tendanciellement récessive ».

Cette étude, dit-il, soulève trois éléments déterminants qu’il faut sérieusement analyser avec rigueur, à la lumière de la théorie économique des instruments statistiques et des modèles robustes comme le modèle d’équilibre général calculable introduit au Sénégal par le Pr. B. Decaluwe. « Evidemment, il faut souligner les limites des indicateurs des Institutions de Bretton Woods (IBW), ainsi que le produit intérieur brut (PIB) qui sont des foires à problèmes», ajoute le doyen honoraire de la Faculté des sciences économiques.

Selon le P.Kassé, « le type de croissance économique, quel que soit son niveau, crée très peu d’emplois productifs et ne contribue que faiblement à la réduction de la pauvreté et des inégalités qui restent fortement persistantes ».

Ce qui l’amène à souligner : « Incontestablement, au-delà des discours vaniteux des décideurs et des élites qui gravitent autour d’eux, la croissance, souvent mal évaluée, n’a réglé ni un recul significatif de la pauvreté, ni un accroissement substantiel de l’emploi productif, ni la moindre réduction des inégalités ».

« Beaucoup d’auteurs (Makhtar Diouf, Ben Hammouda, Samir Amin et également des institutions comme le Programme des Nations Unies pour le développement [Pnud] et maintenant la Banque mondiale), liste-t-il,  développent le paradigme d’une croissance appauvrissante ou encore le fétichisme du taux de croissance. Si on évalue cette croissance à moyen et long terme, le paradoxe est largement vérifié. Les IBW ont, à partir du modèle de Watson, avec un taux de croissance cumulé de 7 % par an durant une certaine période, un pays sort de la pauvreté. Makhtar Diouf a parfaitement souligné que les IBW “vont même jusqu’à se donner une coloration “scientifique’’ avec des précisions : “1 % de croissance génère 0.15 à 0.25 % de réduction du taux de pauvreté.’’ La Banque mondiale a ajouté une refonte du calcul du PIB en novembre 2010 à partir d’artifice de calcul aux relents purement idéologiques, ce qui a projeté le Nigeria comme première puissance économique africaine et a reclassé le Ghana en 3e position. L’amusant, selon Makhtar Diouf, est que “le goorgorlou ghanéen, qui s’est couché la veille le ventre vide, se lève le matin n’ayant encore rien à se mettre sous la dent, est informé qu’il s’est enrichi de 60 % pendant qu’il dormait.’’ Ce serait trop long de rappeler que le président Sarkozy avait chargé une commission comprenant J. Stiglitz, A. Sen et Fitoussi de revoir tout le calcul du PIB. En bref, je me suis alors tourné vers la contribution des différentes composantes de l’investissement pour isoler les déterminants les plus robustes de la croissance, en exploitant les modèles de la croissance endogène pour mieux appréhender les indispensables transformations structurelles : Robert Lucas, Paul Romer, Robert Barro et Sala-IMartine ».