NETTALI.COM – La question de l’endettement du Sénégal a été au cœur de la campagne pour la présidentielle de 2019. Durant une bonne partie du septennat, il y a eu une vive polémique sur le sujet. Toutefois, les institutions de Bretton de Woods semblent donner raison aux sceptiques, en alertant sur les vulnérabilités d’un taux de croissance porté par la dette publique.De son côté, le gouvernement promet de rectifier le tir, puisque le ministre Amadou Hott, lors de la cérémonie de passation de service, avait annoncé que l’investissement privé va prendre la relève.

En septembre 2017, le Fonds monétaire international, qui venait d’achever une mission de revue au Sénégal dirigée par M. Ali Mansoor, avait alerté sur l’alourdissement de la dette du Sénégal. Hier, lors de la présentation du rapport du Fmi consacré aux perspectives économiques régionales pour l’Afrique Subsaharienne, il a encore été relevé les vulnérabilités liées à la croissance qui n’est pas portée par le privé national.

Pour les pays pauvres en ressources naturelles comme le Sénégal, qui ont bénéficié d’une croissance très forte ces dernières années, il faudra passer les rênes de la croissance au secteur privé. Cette croissance est venue sur le dos d’une augmentation de la dette parce qu’elle était supportée par l’investissement public financé par la dette. Il est temps de passer les rênes de la croissance au secteur privé. C’est-à-dire mettre en place des mesures pour faciliter l’accès au crédit pour les petites et moyennes entreprises. Améliorer l’environnement des affaires pour faciliter l’investissement privé”, a fait remarquer M. Papa Ndiaye, chef de la division des études régionales au Département Afrique du FMI.

C’est dire que le tandem Abdoulaye Daouda Diallo et Amadou Hott, respectivement ministre des Finances et du budget et ministre de l’Economie, du plan et de la coopération, a du pain sur la planche, après le passage de Amadou Bâ qui avait fait de l’endettement le moteur de sa politique.

Durant la première phase du PSe, le Sénégal a cumulé 23% de taux de croissance. Or, on sait qu’au Sénégal le taux d’investissement tourne autour de 28%. Ainsi quand on fait le calcul, on se retrouve avec 18% de productivité, ce qui signifie que la productivité a été très faible, lors de l’utilisation de cet argent. C’est normal qu’en plus d’un taux de croissance qui comprend une grosse part d’investissements étrangers qui n’est donc pas inclusif, le gouvernement ait encore besoin de s’endetter. C’est tout l’enjeu du PSe. C’est tout l’enjeu aujourd’hui quant aux moteurs qui vont être choisis dans l’exécution de la deuxième phase du PSe”, prévient l’enseignant-chercheur Mounirou Ndiaye, dans un entretien accordé à NETTALI.COM, en mars 2019.

En définitive, Abdoulaye Daouda Diallo et Amadou Hott, sont invités à mettre en place un environnement des affaires devant permettre au secteur privé national  de jouer le rôle qui doit être le sien pour l’atteinte de l’émergence projetée en 2035. A la veille de la formation de ce nouveau gouvernement, NETTALI.COM révélait que l’économiste Ibrahima Sall, celui-là même qui avait hérité du Plan après le départ de Pape Ousmane Sakho, fait partie des inspirateurs discrets du projet d’éclatement du ministère de l’Economie, des finances et du plan. Et si Macky Sall était nostalgique ?

Amadou Hott : “minimiser l’investissement public pour que le secteur privé prenne la relève

Déjà lors de la cérémonie de passation de service, en tant que ministre de l’Economie, du plan et de la coopération, Amadou Hott qui a compris cela, faisait savoir qu’”un changement de paradigme doit s’opérer dans la politique d’investissement du Sénégal“. Selon lui, “l’investissement public a été vraiment central pour la croissance, en moyenne de 7%, qui fait la fierté du Sénégal“. Une manière pour lui de dire que “pour que cette croissance soit durable et qu’on aille à un autre niveau, il faut que l’investissement privé prenne la relève“.

A ce propos, il avait précisé que son objectif ultime est de “favoriser le bien-être des populations. Et le seul moyen pour y arriver est de minimiser l’investissement public pour que le secteur privé prenne la relève. Et en mélangeant argent public et argent privé, engagement public et engagement privé pour satisfaire les besoins d’infrastructures de notre pays“.

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