NETTALI.COM – Trois mois après que l’administration Trump lui a barré la route, l’ancienne ministre nigériane des Finances Ngozi Okonjo-Iweala a obtenu lundi le soutien qui lui permet de devenir non seulement la première femme, mais aussi la première représentante du continent africain à diriger l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Ngozi Okonjo-Iweala, 66 ans, aura du pain sur la planche dès son arrivée à la tête de l’institution.

Elle devra notamment faire progresser les négociations internationales, perturbées par les tensions accrues entre les États-Unis et la Chine, répondre aux pressions de réforme des règles commerciales multilatérales, et gérer les mesures de protectionnisme renforcées par la pandémie en 2020.

L’OMC se trouve par ailleurs dans une impasse alors qu’elle doit renoncer aux droits de propriété intellectuelle sur les biens essentiels dans la lutte contre le coronavirus.

Les subventions à la pêche devraient également figurer en bonne place sur la liste des sujets à régler, après que les négociateurs de l’OMC ne sont pas parvenus à un accord avant l’échéance de fin d’année.

La clé de son succès sera sa capacité à opérer au centre d’un “triangle États-Unis-UE-Chine”, a commenté l’ancien chef de l’OMC Pascal Lamy.

Interrogée sur les défis à relever, Ngozi Okonjo-Iweala a plaisanté en disant que l’ouvrage qu’elle avait écrit sur la réparation des institutions brisées du Nigéria pourrait bien s’appliquer à l’OMC aujourd’hui : “Réformer le non réformable”.

Dans le discours suivant sa désignation, la nouvelle directrice générale de l’organisation a qualifié les défis auxquels celle-ci était confrontée de “nombreux et délicats mais pas insurmontables”.

“Je sens que je peux résoudre les problèmes. Je suis une réformatrice connue, pas quelqu’un qui en parle”, a-t-elle affirmé. “Je l’ai fait.”

Adolescente de la “génération Biafra”, Ngozi Okonjo-Iweala a étudié l’économie du développement à Harvard avant de revenir dans son pays en 2003 pour y occuper le poste de ministre des Finances. Ses talents de négociatrice ont été reconnus deux ans plus tard, lorsqu’elle prend part à la conclusion d’un accord destiné à l’annulation des milliards de dollars de dette nigériane auprès du Club de Paris.

“Elle apporte de la stature, elle apporte de l’expérience, un réseau et un tempérament pour faire avancer les choses, ce qui à mon avis est tout à fait bienvenu”, a déclaré Pascal Lamy.

“Les gens reconnaissent que ce n’est pas quelqu’un qui va tolérer des absurdités”, a indiqué son fils écrivain Uzodinma Iweala.

Ngozi Okonjo-Iweala rejoindra le siège de l’OMC, au bord du lac à Genève, dans quelques semaines, où son portrait sera accroché à côté d’autres hommes, pour la plupart blancs et originaires de pays riches.