NETTALI.COM – Nous sommes-nous emballés trop vite sur la gestion de la pandémie avec notre rang de 2ème au niveau mondial ? selon une certaine croyance populaire, l’autoglorification porte la poisse. Une euphorie qui a certainement très vite conduit les Sénégalais au relâchement. La suite, on la connaît avec La progression de la pandémie dans nos murs. Le nombre morts grimpe en flèche, malgré un couvre-feu qui dure depuis plus de 15 jours. 518 cas et 14 décès et 51 entrées en réanimation, rien que ce week-end du 23-24 janvier, à tel point que beaucoup s’interrogent sur l’efficacité du couvre-feu. De quoi s’alarmer.

Comment en est-on arrivé là pour une opération qui semblait à priori promise à une belle réussite ? Est-ce dû à un déficit d’exemplarité de la part de nos gouvernants ? Un manque de rigueur et de discipline ? Une communication approximative ? Autant d’interrogations que l’on est en droit de faire.

A la vérité, nous avons failli. Une faillite collective dans laquelle les populations ont moins de responsabilités car ce sont les gouvernants qui sont censés prendre les bonnes décisions et orienter les populations. C’était une belle amorce qui avait eu lieu. Mais l’aide alimentaire a été le fait qui a cassé l’élan de cohésion nationale dans la lutte contre le virus, avec une classe politique unie, taisant ses divergences du moment, le temps de la bataille contre l’ennemi commun. La question alimentaire avait ainsi pris le dessus sur l’équation sanitaire. Les Sénégalais couraient pourtant en ce moment-là, beaucoup plus un risque de contamination massive que de famine. Les attroupements notés pour recevoir des vivres puisqu’on n’était qu’au début de la pandémie, étaient tout simplement inappropriés au regard du contexte. Et pire la question de la transparence dans l’attribution des marchés de vivres et leur transport, est venue s’ajouter à la confusion, créant une polémique énorme avec un Mansour Faye mis au banc des accusés. De quoi refroidir l’ardeur des Sénégalais. Et pourtant, à la place, il aurait juste fallu opérer des transferts d’argent aux familles de manière à éviter les rassemblements et investir davantage dans l’achat de matériels médicaux, en particulier les masques et du gel.

Sur un autre front, des manifestations contre une circulation interurbaine instaurée et des rassemblements religieux organisés en toute défiance au pouvoir, ont vite eu raison de la fermeté du gouvernement. Le réalisme indiquait dès lors pour nos gouvernants de desserrer l’étau pour privilégier le fonctionnement de l’économie. Il fallait désormais vivre avec le virus. Et un certain docteur Thior y était même allé de sa théorie dans des sorties médiatiques pour discourir sur l’immunité collective qui commandait tout simplement, de laisser le virus se propager. Le résultat, on le connait. Ce dernier s’est répandu et a fait même des ravages.

De plus, les prises de paroles désordonnées de médecins, justement parlons-en, ont été parmi les facteurs qui ont le plus pollué la communication liée à la sensibilisation. Trop de médecins ont évoqué le sujet pandémie sans toutefois être spécialistes de la question. Entre médecins politiciens, conseillers du président, médecins opportunistes, pseudo-spécialistes Sénégalais en pharmacie établis à l’étranger, etc, il y a eu beaucoup trop d’interventions sans grand intérêt, sinon que de contribuer à davantage embrouiller les esprits. La pandémie est une affaire de spécialistes de santé publique, des maladies infectieuses, en virologie, etc. Ceux-là peuvent mieux en parler et de manière pointue.

L’éternelle équation de la communication

Bouba Ndour  à “Jakarloo” sur la TFM n’avait eu de cesse de crier que les gens qui sont dans le déni, savent tout ce qu’ils doivent savoir sur la maladie, se trompaient naïvement, en tant que profane en la matière. Ce n’est pas à la vérité parce qu’une campagne de communication existe que les gens seront forcément réceptifs aux messages. Il y aura toujours des personnes que l’on ne pourra jamais convaincre et ceux qui refuseront par principe d’être convaincus. Des freins au discours peuvent évidemment exister par le simple fait que certaines catégories de populations sont enfermées dans des croyances et des certitudes qui les empêchent de comprendre.

De plus le déficit d’exemplarité de certaines autorités, crée de fait, une dissonance dans la communication. Ils sont frais dans les mémoires, les rassemblements liés à des tournées économiques du chef de l’Etat, à la visite de Marième Faye à Pikine chez le maire Thimbo, au moment des inondations, l’inauguration de l’autopont de Yoff avec la présence de Mansour Faye, ministre des Infrastructures et d’Abdoulaye Diouf Sarr, ministre de la Santé, etc. Pour ne citer que ceux-là. Comment ce dernier peut-il être en charge de ce domaine et cautionner un tel rassemblement, même c’est sur son territoire qu’a eu lieu cette inauguration ? Voilà par exemple des occasions de se distinguer mais toutefois manquées et qui ont comme conséquences de pousser les populations à rejeter les messages venant des autorités publiques.

Mais c’est aussi et surtout la question de la conception des messages hétéroclites de surcroît diffusés par des leaders d’opinion, des comédiens, des artistes, des autorités, etc dans une totale logique d’incohérence qui ne peut avoir comme effet que de lasser les Sénégalais. La communication a cette particularité, celle de devoir juste être diffusée sur la base d’une pression suffisante. Ni excessive, ni insuffisante. Lorsqu’elle vire au tintamarre alors qu’elle n’est ni originale, ni recherchée pour être en mesure d’interpeller celui qui doit recevoir le message, elle sera peut être écoutée mais certainement pas entendue. Ce qui veut en d’autres termes dire que la création même du message, est une affaire de spécialistes et non de phrases ou discours qui peuvent paraître juste évidents du point de vue du profane qui les compose.

Cette une matière difficile la communication, et comme elle est assimilée à un discours simple ou à l’agencement de mots, n’importe qui pense en détenir la compétence. Et c’est là l’erreur de beaucoup qui s’y aventurent. Cette matière nécessite d’être avant tout arrimée à une stratégie et non à des actions éparpillées, sans obéir à certaine cohérence, une maîtrise des messages, des accroches, des mots-clefs et une identification claire des cibles avec des messages appropriés à chacune d’entre elles.

Il y a aussi au-delà, l’équation du canal. Et c’est justement là que beaucoup se trompent en pensant que la presse doit forcément accompagner la communication. Le biais le plus simple avec la presse, est certainement l’insertion publicitaire payante ou gratuite ou encore la décision d’un journal de prendre fait et cause pour l’action de sensibilisation. C’est en effet une illusion que de penser que le journaliste est un communicant. Il est dans l’information et plus exactement dans les faits. Il peut décider de soutenir un jour, mais qu’on ne s’y trompe pas, il n’est pas un allié sûr car, de la même façon, il peut critiquer ou mettre à nu ce qu’il considère comme une nébuleuse, comme cela fut le cas avec la gestion des vivres. Elle peut aussi critiquer le bien-fondé ou pas du couvre-feu. Une manière de dire que la communication et l’information obéissent à deux logiques différentes. En dehors de la presse, où il est plus sûr de miser sur la publicité (même si les relations presse peuvent être d’un certain apport), il y a bien sûr d’autres moyens notamment dans l’approche communautaire où l’on peut user d’un discours direct ou via les relais d’opinion qui peuvent aider à prolonger les messages vers les populations. A ce titres, les réseaux sociaux peuvent être des véhicules pour atteindre les groupes et partager les informations avec le risque toutefois des fake news et de la désinformation.

Dans la mise en œuvre de la communication, l’on semble aussi oublier que les émetteurs du message sont très importants. Nous pointions tantôt du doigt cette pléthore de médecins qui interviennent et créent de fait des dissonances dans la sensibilisation. Eh bien, il y a des visages qui étaient devenus bien sympathiques aux yeux du public parce qu’identifiés comme les vrais visages de la lutte, ceux qui se battent au quotidien pour les Sénégalais : Docteur Bousso, Professeur Seydi ; Khémesse Ngom, El Hadji Mamadou Ndiaye, dans une moindre mesure, etc. Où sont passés ceux-là ?

L’on a senti une sorte de démobilisation qui ne dit pas son nom. Ce sont ceux-là qui étaient identifiés par les Sénégalais comme les plus crédibles pour porter le combat. Pourquoi n’ont-ils pas continué à le mener ? Depuis le moment où l’on a noté des frictions entre le professeur Seydi et le ministre Diouf Sarr, en présence du président Sall, lors de l’inauguration du Service des maladies infectieuses à Fann, l’on a senti que quelque chose n’allait plus. Une sorte de déficit de cohésion et de désarticulation de l’action qui ne dit en tout cas pas son nom.

A l’heure du second couvre-feu où les morts, les cas contacts et cas graves montent en flèche et où l’on se pose des questions sur son efficacité, c’est surtout l’approche communautaire qui a jusqu’ici insuffisamment été explorée, qui doit être encouragée en attendant le vaccin. Les religieux même si certains ont eu à organiser des évènements, ont toutefois joué leur rôle dans la lutte et la sensibilisation, en fermant des mosquée et églises, en annulant des rassemblements religieux et en incitant fortement les autorités à dire la vérité aux citoyens, tout en militant en faveur du respect des mesures sanitaires. Mais ce qui a surtout manqué, c’est l’implication des associations sportives et culturelles, des badiénou Gokh, des leaders d’opinion dans les quartiers, y compris les délégués et chefs de quartier.

Et au-delà, le port du masque et les gestes barrières doivent être d’autant plus encouragés que l’épidémie monte en flèche. Peut-être qu’à l’heure actuelle, le gouvernement devrait ajouter certaines régions aux restrictions car le virus s’y propage à vitesse grand V. N’eut été le nombre limité des tests, l’on aurait certainement noté un nombre de cas encore plus importants. Pourquoi ne pas retourner au télétravail pour les postes non nécessaires en présentiel, de manière à réduire l’encombrement dans les transports ? La fermeture des marchés certains jours, est déjà une réalité. De même les cours alternés doivent être encouragés dans les écoles et les universités, à défaut de rendre obligatoire le port du masque. La réalité montre déjà que le virus a déjà élu domicile à l’UGB et dans de grandes entreprises publiques où le personnel est important.

La parole aux spécialistes

A un moment aussi crucial où la pandémie est d’autant plus présente parce que le nombre de cas et de morts grimpe en flèche, malgré le couvre-feu prolongé, nous devons nous montrer encore plus respectueux des mesures sanitaires et du port du masque. Le virus poursuit pour l’heure sa route et pénètre dans la communauté, les universités et les entreprises. La mobilisation dans la lutte reste le seul salut en attendant le vaccin qui semble désormais être la seule alternative qui s’offre à nous.

Et comme dans tous les pays du monde, des réticences, des craintes et même des appels à ne pas se faire vacciner sont lancés. Il importe juste de savoir ce dont on parle lorsqu’on n’est pas spécialiste de la question. Que Macky Sall doive se vacciner le premier ou que Diouf Sarr doive également s’y mettre, n’est pas la vraie question. Comment pourrait-il en être autrement ? Comme dans tous les pays du monde, le Sénégal commencera par les personnels les plus exposés aux risques.

Le Sénégal a une tradition de vaccination que n’ont pas les Occidentaux. C’est sûr. Les spécialistes doivent ainsi aider à lever les craintes.
A l’émission « Grand Jury » de ce dimanche 24 janvier, le docteur Corinne Tchania, la présidente de l’Association des médecins urgentistes du Sénégal a par ailleurs déploré les réticences autour du vaccin anti covid-19 en ces termes : « Au Sénégal, des enfants se vaccinent. Il y a un programme élargi de vaccination. Pourquoi aujourd’hui on se pose des questions sur la fiabilité du vaccin anti covid-19 ? »

Interpellée sur la rapidité de la fabrication que beaucoup évoquent pour s’en méfier, elle s’est voulu rassurante et ne comprend pas l’aversion des populations au tour du vaccin. ”Il y a des techniques courtes. En plus l’Arn messager c’est quelque chose sur laquelle ils travaillaient depuis 10 ans et c’est la première fois que les gens utilisent cette technique-là. Et c’est une prouesse pour la science. Ce sont des choses à applaudir. Il y a plein de gens qui ont été vaccinés, il ne faut pas l’oublier. Aux États-Unis, je pense qu’ils ont vacciné 10 millions de personnes et très peu de décès ont été annoncés. En France on vaccine, aux États-Unis ils vaccinent. Il y a d’autres pays qui vaccinent comme l’Israël qui utilisent ce vaccin-là. Donc pourquoi autant de craintes?“, se demande-t-elle.

De l’avis de Corinne Tchania pense qu’il faut aller vers l’information, appelant ” les spécialistes en infectiologie du Sénégal et du vaccin à manifester pour rassurer la population“. Avant d’ajouter : ” moi personnellement, je me vaccinerai. Parce que je suppose que le personnel médical sera prioritaire, les personnes vulnérables c’est à dire les personnes âgées de 60 ans et plus et des jeunes vulnérables, souffrant de pathologies chroniques comme l’obésité….“

Embouchant la même trompette, le ministre de la Santé, Abdoulaye Diouf Sarr sur la TFM a ainsi invité les spéculateurs «qui ne maîtrisent pas les tenants et les aboutissants du vaccin», à laisser les techniciens faire leur travail.  “Il faut savoir que les spéculations et la course autour du vaccin, ne sont pas spécifiques au Sénégal. C’est plusieurs pays qui entrent en compétition pour s’offrir le vaccin et mettre fin à cette pandémie de covid-19”, a rappelé le ministre Abdoulaye Diouf Sarr qui rassure que le Sénégal a sa propre stratégie, citant l’initiative Covax avec plus de 170 pays qui s’unissent pour disposer d’un vaccin.

Il a rappelé qu’il est important de disposer d’un vaccin à utiliser de manière homogène, mais qui garantit toutes les conditions de sécurité. Selon lui, d’ici la fin du premier trimestre de 2021, cette initiative Covax sera bouclée. Cela n’empêche pas alors que le Sénégal s’ouvre certaines portes pour mettre en place des dispositifs d’utilisation d’un vaccin efficace.

Nous sommes en tout cas à un tournant de la pandémie. En attendant, si nous n’y prenons pas garde, la pandémie risque de faire des ravages.