NETTALI.COM – Absent du dialogue politique, le Parti démocratique sénégalais tente de jeter le discrédit sur le processus d’audit du fichier électoral, mais avec des arguments qui ne résistent pas à l’analyse. Même si le rôle joué dans la traque des biens mal acquis peut jouer en sa défaveur, le cabinet Era Baker Tilly a un rôle limité dans l’évaluation du processus et n’est aucunement assujetti à la tutelle du ministre de l’Intérieur Antoine Félix Diome, comme le prétend le secrétaire général adjoint du PDS Toussaint Manga.

Comme une bête blessée qui a du mal à trouver ses marques dans la jungle politique qu’il avait désertée pendant un bout de temps, le Parti démocratique sénégalais (PDS) se cherche toujours. Il crie, essaie de donner de la voix, mais a beaucoup de mal à se faire entendre.

Après une correspondance adressée, la semaine passée, au ministre de l’Intérieur Antoine Félix Diome, pour plaider son retour en grâce et dont on ne connait pas encore la suite, le parti de Wade remet ça, en vitupérant contre le cabinet choisi pour conduire le processus de recrutement des experts en charge de l’audit du fichier et de l’évaluation du processus électoral.

Dans un pamphlet largement partagé hier, le secrétaire général adjoint du parti, Toussaint Manga, déclare : “En tant que représentants du peuple, nous avons l’obligation de tirer la sonnette d’alarme pour sensibiliser l’opinion sur le danger qui guette la stabilité de notre pays, quant au grand complot qui se prépare actuellement, avec l’audit du fichier électoral.’’ A en croire le député, le régime actuel fait “semblant de donner des gages de transparence’’ à travers l’audit du fichier électoral, mais veut, en réalité, opérer “une supercherie de grande envergure pour tenter d’aveugler l’opposition, les observateurs étrangers et les amis du Sénégal’’.

Afin de justifier son propos, le parlementaire convoque le rôle joué dans le cadre des procès politiques contre Karim Wade et Khalifa Sall par l’actuel ministre de l’Intérieur qu’il considère comme “un magistrat couché’’. Il peste : “Le président Macky Sall, conscient qu’il pouvait compter sur ce parfait béni-oui-oui, un manipulable à souhait, un homme prêt à vendre son âme et sa conscience au diable pour plaire à la cour royale et continuer ainsi à bénéficier encore de strapontins promotionnels, en a fait son ministre de l’Intérieur dans l’unique dessein d’exécuter son plan machiavélique de maintien au pouvoir après 2024.’’

Ce n’est pas tout. Toussaint Manga semble convaincu que ce dessein a déjà été mis en branle avec le recrutement du cabinet Era Baker Tilly. Egalement impliqué dans la traque des biens mal acquis, selon le député libéral. “L’acteur principal qui a gagné le marché de l’audit du fichier électoral, souligne-t-il, sans en avoir l’expertise, est le cabinet Era Baker Tilly. Comme ils aiment répéter l’histoire, ce cabinet a eu à travailler, dans le passé, sous la commande d’Antoine Félix Diome, alors procureur spécial à la Crei, dans le plus grand scandale politico-judiciaire jamais connu dans notre pays, pour accabler un opposant redouté’’.

Pour lui, les experts indépendants étrangers ne sont que des “sous-traitants’’, des “faire-valoir’’. Récusant catégoriquement Era Baker, il ajoute : “J’interpelle les démocrates amis du Sénégal, l’USAID, l’Union africaine, l’Union européenne, ainsi que tous les partenaires techniques et financiers soucieux des règles de bonne gouvernance et de transparence de poser un veto clair contre cette parodie d’audit du fichier électoral.’’ Mais, à y regarder de près, c’est à se demander si le secrétaire général adjoint du PDS est bien au fait de la réalité de l’audit du fichier électoral. On serait tenté de répondre par la négative.

D’abord, l’USAID qu’il invite parmi les té moins est le bailleur même qui a financé et recruté le cabinet Era Baker. En effet, dans le cadre de cet audit, les acteurs du dialogue politique ont tout mis en œuvre pour dessaisir l’Administration. Ni les financements ni la tutelle ne proviennent de l’Etat du Sénégal.

Joint par téléphone, le coordonnateur des non-alignés, Déthié Faye, refuse de mêler sa voix à la polémique, mais a tenu à apporter quelques clarifications : “Il faut savoir que le cabinet a juste pour mission de conduire la procédure de recrutement des experts indépendants et de se charger de la logistique. Il va, par exemple, coordonner les voyages des experts et leur paiement avec les fonds mis à disposition par le bailleur USAID. Pour ce qui est des aspects techniques, ce sont les experts qui vont faire le travail. Et c’est le comité de suivi qui a en charge la validation des décisions.’’

Et de préciser : “Le comité va suivre l’audit et l’évaluation. Il a en charge la validation du choix effectué par le cabinet. Par exemple, le cabinet dit : sur la base des critères définis, il y a tant de candidats. Il procède aussi à la classification et livre tous les éléments au comité de suivi qui va valider.’’

Selon le membre du dialogue politique, le cabinet ne fait que le travail préparatoire. “Les audits en la matière ne sont pas faits par des cabinets, mais par des experts indépendants. On peut ainsi avoir des experts en biométrie, des experts en système informatique…Et on va prendre les meilleurs dans chaque domaine. Ce sont des gens qui ont fait valoir leurs compétences dans tous les pays, dans tous les continents : Europe, Afrique ou ailleurs. La question d’expertise ne se pose donc pas à ce niveau. Et ils (les experts indépendants) obéissent à des notations sérieuses et objectives’’.

Cela dit, il convient aussi de rappeler au libéral que le recrutement dudit cabinet date du mois d’août, c’est-à-dire bien avant le réaménagement ministériel ayant conduit M. Diome à la place Washington. De plus, faut-il le souligner, ce cabinet, en principe, n’est pas sous la tutelle du ministère de l’Intérieur, mais du Comité de suivi du dialogue présidé par Mazide Ndiaye.

Actuellement, les acteurs en sont à l’ultime phase qui pourrait, selon certains interlocuteurs, prendre fin cette semaine. “Le choix se fait de manière très studieuse. Sur chaque profil, il y a un travail minutieux qui se fait pour procéder au choix. Nous examinons au détail près tous les aspects : l’expérience, la compétence… Jusque-là, tout ce que nous avons demandé au cabinet, il le fait sous notre contrôle. Les travaux se déroulent normalement dans la plus grande rigueur’’, renseigne Déthié Faye.

Mais, d’ores et déjà, certaines voix se sont élevées pour fustiger l’exclusion de l’expertise locale dans le processus. Si certains acteurs ont regretté une absence d’expertise, d’autres ont botté en touche un tel argument. Mais pour Déthié Faye, il est très tôt de dire qu’untel ou untel autre a été choisi au détriment de l’autre.

(Avec Enquête)