CONTRIBUTION – L’année 2020 s’est terminée à Darou Mouhty sur une note triste. La terre sainte, deuxième capitale du mouridisme, a perdu son khalife, le 31 décembre dernier. Serigne Abass est parti comme il a vécu.  En toute discrétion. Une disparition qui rappelle beaucoup celle d’un autre grand homme, fils de Mame Thierno Birahim Mbacké “Ndamal Darou”. Il y a cinq ans, nous quittait, en effet, Serigne Cheikh Khady Mbacké affectueusement appelé “Baye Cheikh”. C’était le 5 janvier 2016. Ce jour-là, une immense tristesse envahit la communauté mouride. Darou Mouhty en particulier. Troisième khalife de Mame Thierno Birahim, “Baye Cheikh” est parti à jamais. Il était alors âgé de 93 ans.

C’est en 2003 que Serigne Cheikh Khady Mbacké prit le califat à Darou Mouhty en remplacement de son grand-frère Serigne Abdou Khoudoss Mbacké. 2003-2016. Treize ans de califat qui auront permis à “Baye Cheikh” de marquer d’une empreinte indélébile l’histoire de la deuxième capitale du mouridisme qu’il aura complètement transformée et modernisée. Parmi ses réalisations, on peut citer la construction d’une grande villa pour la réception des hôtes, une mosquée d’une valeur de 2,5 milliards de francs Cfa, entre autres. Parmi les investissements de Serigne Cheikh Khady Mbacké, on compte aussi la réfection d’ouvrages et d’infrastructures, la construction de forages, mais aussi de deux résidences dénommées “Beyti” et “Makaama” en plus d’une immense bibliothèque, “Daaray Kaamil”. Mais “Baye Cheikh” n’a pas attendu d’être khalife pour investir sur la voie de l’Islam et du mouridisme. C’est en effet avant son accession au califat qu’il a construit une mosquée dans son quartier, mais aussi dans d’autres localités comme Khabane, Madina, Niary Daqqar, son village de retraite.

Pourtant, malgré ces investissements estimés à plusieurs milliards de francs Cfa, Serigne Cheikh Khady Mbacké n’a jamais “profité” de sa richesse. La preuve : le troisième khalife de Mame Thierno Birahim Mbacké a vécu loin des bâtisses qu’il a, lui-même, fait construire. Baye Cheikh vivait en effet dans une case à Niary Daqqar, loin de Darou Mouhty. C’est dans cette localité qu’il recevait chefs d’Etat, leaders politiques, chefs religieux, hommes d’affaires, talibés… Calme, discret, serein, humain et d’une grande douceur, “Baye Cheikh” dégageait aussi une forte personnalité. Ses proches confient qu’il n’a jamais pris une seule décision sans consulter son entourage. Malgré tout, il restait intransigeant et s’opposait à toute transgression des valeurs de l’Islam ou de la voix tracée par son illustre père que Cheikh Ahmadou Bamba surnommait “ma main droite“. En définitive, on retiendra de Baye Cheikh le souvenir d’un grand soufi, mais aussi d’un disciple exemplaire dont la foi était ancrée dans les enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba Khadim Rassoul. C’est d’ailleurs cette position de disciple exemplaire qui explique ses relations exceptionnelles avec ma famille de Serigne Touba, notamment Serigne Saliou Mbacké, cinquième khalife général des mourides.

Ce 5 janvier donc, Darou Mouhty, en deuil suite au rappel à Dieu de Serigne Abass Mbacké, se souvient d’un homme de Dieu qui avait des relations privilégiées avec les familles religieuses du pays, mais aussi avec les différents chefs d’Etat, d’Abdou Diouf à Macky Sall en passant par Abdoulaye Wade. Mais l’on retiendra surtout son engagement à servir l’Islam et le mouridisme à travers les enseignants de son illustre père. Son fils et Khalife, Serigne Abdou Mbacké témoigne : “Son engagement à servir Mame Thierno était sans commune mesure. Il en faisait sa raison de vivre. Il est resté toute sa vie durant profondément talibé. Baye Cheikh n’hésitait jamais à priver ses propres enfants au profit des autres.”

Moustapha DIOP

Journaliste à Wal Fadjri