NETTALI.COM – Apprenons-nous de nos erreurs  ?  L’anniversaire du naufrage du « Joola », le 26 septembre 2002, au large des côtes gambiennes avec 1865 morts ! Cela nous a en tout cas renvoyés à nos figures de Sénégalais, 18 ans après nos contradictions et nos tares. C’est à se demander si nous n’aurions pas quelque chose contre le devoir de mémoire ?

Et que ce dernier nous rappelait toujours à nos laxismes ? Qu’il réveillait certainement en nous de mauvais souvenirs ou ces biens vieux démons enfouis dans nos mémoires ? La pire catastrophe de l’histoire maritime. Bien pire que le Titanic, ce film à succès qui laisse penser que ce naufrage soit le plus grave qui ait jamais existé. Il nous a permis de replonger dans l’horreur du « Joola » – avec des gens qui se noyaient sans la moindre quille à laquelle s’accrocher- et dans des rêves brisés et la détresse de familles.

Mais oserions-nous croire un seul instant qu’il puisse exister une telle catastrophe sans le moindre responsable ? C’est la faute à pas de chance ! Cela ne peut se passer qu’en Afrique. Pardon au Sénégal ! Continuité du pouvoir oblige, Macky Sall a hérité du dossier. 8 ans déjà et toujours de timides avancées. Ah nous allions oublier ce rappel de directives à laquelle nous avons eu droit lors de ce 18ème anniversaire. Le Président de la République a renouvelé la solidarité de la Nation aux familles des victimes de cette tragédie maritime. Mais pas n’importe où. Figurez-vous que c’est sur sa page Facebook qu’il l’a fait. ’’18 ans après le drame du #Joola, je rends hommage aux disparus et renouvelle la solidarité de la Nation aux familles des victimes. Jamais nous n’oublierons !’’, a écrit le chef de l’Etat. Et comme il nous en a habitué lors des conseils des ministres, il a rappelé ses instructions pour l’intensification du « processus d’édification à Ziguinchor, du Mémorial-Musée national dédié aux victimes », alors que les familles des victimes n’ont eu de cesse de réclamer le renflouement de l’épave du navire et l’érection d’un mémorial.

C’est d’ailleurs ce qui a constitué le thème de ce 18e anniversaire, ou plus exactement «le renflouement de l’épave du Joola », que l’Association des familles des victimes du « Joola » a placé en termes de priorité. Pour elle, « c’est une opportunité pour répondre à l’appel assourdissant de nos parents, à travers le deuil, la sépulture descente aux victimes, le respect de la dignité humaine, la lutte contre le traumatisme chronique, le devoir de mémoire et d’introspection, mais aussi, pour éviter de privilégier la piste de la souffrance éternelle pour nous familles des victimes. », ainsi que l’a expliqué Boubacar Bâ son président.

Il faut noter qu’au départ, le projet consistait à tirer l’épave jusqu’à 500 mètres des côtes de Kafountine pour y dresser un sanctuaire marin, après avoir vidé le contenu dans une fosse commune qui devait servir “de socle” sur lequel devait être érigé un mémorial portant les prénoms et noms de toutes les victimes.

Ce ne fut qu’en début mai 2016 que le processus de réalisation du mémorial a été lancé à Ziguinchor. C’était lors d’un comité régional de développement (CRD) présidé par l’ancien ministre de la Culture, Mbagnick Ndiaye. Rencontre à l’occasion de laquelle la maquette du mémorial a été présentée aux autorités et aux familles des victimes.

Le 21 septembre 2017, un peu plus d’un an après la présentation de la maquette, feu Moussa Cissokho, ex-Président de l’Association nationale des familles des victimes du “Joola’’, déclarait, dans une interview accordée au journal “EnQuête’’, que le processus se poursuivait. Le premier site choisi pour la construction du mémorial est changé en 2018. Finalement, c’est la place qui jouxte la gare maritime de Ziguinchor qui va être choisie, d’un commun accord. A la veille de la commémoration du 18e anniversaire de cette catastrophe maritime, le projet tarde toujours à voir le jour.

La question qui se pose dès lors, est de savoir si la commémoration du naufrage du « Joola » est importante ?  N’a-t-elle pas une portée hautement symbolique qui mérite que Macky Sall soit présent ? Et la mémoire des victimes ? Et leurs familles? N’ont-elles pas enfin le droit de faire leur deuil ? Et la question du renflouement ? Ne faudrait-il pas ériger un monument pour qu’au moins les Sénégalais arrivent à se dire « plus jamais ça » ?

Mais qu’est ce qui peut bien guider ou motiver un tel niveau d’inconscience pour peiner à ce point à honorer la mémoire de nos morts qui au fond, n’avaient pas choisi de mourir ? Les personnes responsables du bateau avaient elles choisi l’appât du gain. Ces orphelins et personnes mortes ne sont en réalité que des victimes de la cupidité, du laxisme, de l’inconscience et des tares d’un système dont les faiblesses sont connues depuis belle lurette mais pourtant jamais combattues.

Sacrés sénégalais, ils n’apprennent jamais de leurs erreurs ! Le système, toujours le système ! Il  perdurera tant qu’il n’existera pas de gouvernement suffisamment courageux pour combattre ses tares. Le système de transport par exemple est chaotique, désuet, inadapté et anarchique, et il est là pour montrer qu’on ne veut pas changer. Qu’on ne cherche pas à changer. L’émotion d’après « Joola » avait créé une certaine émotion et un vent de rigueur dans la gestion du transport. Mais une volonté qui n’a hélas pas résisté à l’épreuve du temps.

Intégrer l’histoire du « Joola » dans les programmes scolaires devient dès lors plus qu’impérieux. Cela doit être une demande sociale. C’est un pan de notre histoire et même si elle est tragique, c’est notre devoir de l’enseigner aux jeunes générations qui doivent elles aussi la transmettre. L’histoire d’un pays est si essentielle qu’elle permet de de concevoir le présent et inciter à ne pas répéter les erreurs du passé. Les histoires de la 1ère et de la seconde guerre mondiale sont enseignées. Leurs conséquences illustrent leur vacuité. Quel est de nos jours l’intérêt d’enseigner l’histoire de Hiroshima et de Nagasaki, celle du Japon du Meidji ou de la Rome antique, si on ne peut pas enseigner la nôtre avec ses tragédies, ses héroïsmes et ses faiblesses ?

Des obstacles, le professeur Iba Der Thiam et ses collaborateurs qui avaient pour mission la rédaction de l’Histoire du Sénégal, en ont bien rencontré. Ils se résument en critiques, intimidations, remises en cause et oppositions ? A supposer même que les méthodes scientifiques fussent discutables, il aurait pu y avoir un moyen de s’accorder sur ce chantier capital pour le futur mémoriel du pays. L’on n’a pas en effet le droit d’arrêter d’écrire l’Histoire d’un pays, tant elle se poursuit.

Le devoir de mémoire des victimes reste présent. La preuve ? Les pupilles de la Nation du « Joola » ont maintenant atteint la majorité !