NETTALI.COM – Après cinq mois de lutte contre le Coronavirus, la Brigade nationale des Sapeurs-Pompiers présente un bilan à mi-parcours inquiétant de ses interventions dans le cadre de la riposte à cette pandémie.

Les chiffres sont alarmants. Le décompte macabre. Après cinq mois de pandémie du Coronavirus au Sénégal, la brigade nationale des sapeurs-pompiers présente un bilan à mi-parcours inquiétant de ses interventions. En première ligne dans la lutte contre cette pandémie, les hommes du Général Mor Seck, Commandant de la Brigade nationale des sapeurs-pompiers, ont effectué 277 interventions relatives au coronavirus, incluant 493 victimes, dont 229 cas confirmés positifs, 122 cas suspects et 142 malades transférés dans les structures de Santé pour des tests Covid.

Cooptée dans le Comité national de gestion des épidémies (Cnge) mis en place par l’Etat dans le cadre de la lutte contre le Coronavirus, la Brigade nationale des Sapeurs-Pompiers a été, «compte tenu de sa mission de secours d’urgence et de prise en charge pré-hospitalière des victimes en détresse, et surtout de sa capacité de transport sanitaire», au cœur du transport des malades. Pour le cas du Covid, une maladie infectieuse causée par le nouveau coronavirus qui forme une vaste famille de virus pouvant être pathogènes chez l’animal ou chez l’homme, la mission des soldats du feu est clairement définie. Dans la stratégie adoptée par le ministère de la Santé et de l’Action sociale, il a été conçu un protocole définissant le rôle des différents acteurs impliqués dans la chaîne de gestion des corps sans vie liés à ce nouveau virus. «Dans ce document, la Brigade était chargée d’assurer le transport vers les structures de santé des corps sans vie sur la voie publique ou à domicile pour des tests sérologiques et vers les cimetières pour leur inhumation par la Croix Rouge Sénégalaise», explique le Colonel Abdoulaye Ndiaye. Mais, le rôle initialement dévolu aux Sapeurs-Pompiers a vite évolué.

191 des 229 corps de personnes décédées du Coronavirus transportés par les Sapeurs dans les cimetières

 Des missions supplémentaires ont été données aux hommes du Général Mor Seck. «Vu l’évolution préoccupante de la situation liée à la progression fulgurante des cas contaminés qui avaient largement dépassé les capacités de transport des structures sanitaires des personnes infectées, le spectre des missions de la Brigade Nationale des Sapeurs-Pompiers s’est considérablement élargi du fait de l’absence de services d’urgence pré-hospitalière du ministère de la Santé dans plusieurs localités du pays», explique le chargé de la communication de la Brigade nationale des Sapeurs-Pompiers. Pour l’exécution de ces missions, la Brigade nationale des Sapeurs-Pompiers avait engagé en première ligne, 370 gradés et Sapeurs, dont 35 officiers, 04 médecins et 96 infirmiers. Mais du fait de l’augmentation des sollicitations, le Général Mor Seck a relevé à 1 000 éléments l’effectif mis en place dans le cadre de la lutte contre la pandémie. «Trente-huit (38) ambulances et six (06) corbillards ont été mobilisés pour le transport des corps sans vie et des malades suspects ou testés positifs. Ces ambulances sont réparties dans toutes les régions du Sénégal. Par ailleurs, la Brigade a mis à la disposition du centre de traitement des asymptomatiques de Guéréo 02 ambulances et 08 infirmiers et de celui de Thiès 02 ambulances avec 06 infirmiers», informe le Colonel Abdoulaye Ndiaye. L’essentiel des opérations de la Brigade nationale des Sapeurs-Pompiers relatives à la gestion du Covid-19 concerne le transport des corps sans vie au niveau local et ceux venant de l’étranger. Au niveau local, sur les 229 corps de personnes décédées du Coronavirus recensés au Sénégal, les cent quatre-vingt-onze (191) ont été transportés vers les cimetières pour inhumation. Les Sapeurs-Pompiers sont également intervenus dans «le transport de malades testés positifs à la Covid-19, entre différentes structures sanitaires, le renforcement des centres de traitement pour la prise en charge des cas asymptomatiques, le transport pré-hospitalier des malades pendant les heures de couvre-feu».

«28 corps sans vie, dont 27 venus de la France et 01 de Hollande»

 La Brigade nationale des Sapeurs-Pompiers est intervenue dans le recueil et l’acheminement des corps sans vie venus de l’étranger. Le bilan de cette opération a concerné vingt-huit (28) corps, dont vingt-sept (27) venus de la France et un (01) de Hollande. «Après leur dépôt à l’hôpital, ils sont ensuite transportés auprès des familles, pour la plupart à Touba ou dans les localités aux extrêmes Est, Nord et Sud du pays», explique le Colonel Abdoulaye Ndiaye, chargé de la communication de la Brigade nationale des Sapeurs-Pompiers.

Les opérations des sapeurs-pompiers ne se limitaient pas seulement au niveau des structures sanitaires. Les soldats du feu ont eu à effectuer des interventions à domicile, surtout pendant la période du couvre-feu instauré par les autorités étatiques. Lors de ces opérations initiées pour tenir compte des restrictions de mobilité des populations pendant ces heures de couvre-feu, la Brigade nationale des Sapeurs-Pompiers chiffre son bilan de ses interventions à mille neuf cent quatre-vingt-trois (1983) dont sept cent soixante-quatre (764) malades à domicile et cinq cent soixante-huit (568) grossesses à terme.

 «Intégration tardive, ambulances caillassées, défauts d’équipements   adéquats…»

La tâche n’a pas été facile. Les Sapeurs-Pompiers ont eu à rencontrer des difficultés dans le cadre de leurs missions. Le premier obstacle a été l’intégration tardive de la Brigade nationale des Sapeurs-Pompiers dans la riposte contre le coronavirus. «On a noté un retard de l’intégration de la Brigade dans la planification et la préparation de la gestion de la pandémie. Mais, en dépit de son intégration tardive dans la planification et parallèlement à la poursuite de l’exécution de ses missions courantes, la Brigade Nationale des Sapeurs-Pompiers a su s’adapter à la situation en prenant des mesures préventives endogènes et exogènes, et en mettant en place un dispositif opérationnel réversible et adapté», fait savoir le Colonel Ndiaye. L’autre problème est lié au défaut de sécurité des interventions de la Brigade. Les Sapeurs-Pompiers ont subi des attaques dans certaines localités du pays. Le chargé de la communication des Sapeurs-Pompiers donne l’exemple de leur ambulance caillassée à Diamaguène-Sicap Mbao, dans la banlieue Dakaroise. «On peut citer comme difficultés aussi l’insuffisance de sensibilisation des populations sur le travail de la Brigade, notamment le transport des corps sans vie vers les lieux d’inhumation. Certaines familles sont réticentes. Des difficultés d’admission des corps sans vie dans les morgues. La réticence de certains médecins à se déplacer pour effectuer des prélèvements», liste le Colonel Ndiaye. Le matériel non plus n’a pas été à la hauteur de la mission des Sapeurs-pompiers. L’engagement des secours pour de telles interventions à hauts risques de contamination nécessite une dotation en équipements adéquats pour assurer une protection maximale de ses personnels engagés, selon les services du Général Seck. Qui pensent qu’un «renforcement de la Brigade en équipements de protection individuelle et collective devra être envisagé régulièrement (stocks et réserves opérationnelles). En outre, la construction des infrastructures du Groupement Santé Secours Médicaux permettra de mieux assurer les secours d’urgences pré-hospitaliers en cas de pandémie. Enfin, pour une bonne préparation et une meilleure participation dans les futures opérations similaires, la Brigade doit être intégrée en amont dans les toutes les stratégies et les plans de lutte».