NETTALI.COM  – L’édition 2020 du Magal de Touba est prévue au début du mois d’octobre prochain. Mais le débat se pose déjà sur la manière de célébrer cet événement religieux. Si certains parlent déjà d’une possible annulation, d’autres jurent qu’il y a des risques que l’Etat ne prendra pas.

Le Sénégal se bat depuis le mois de mars dernier contre la pandémie de Covid-19. Et malgré les efforts et les résultats obtenus, la maladie ne recule pas. Bien au contraire ! Le virus se propage et les cas de contamination se multiplient. Pis, depuis quelques jours, les cas communautaires se comptent par dizaines. Une situation qui, selon de nombreux observateurs, est due aux rassemblements constatés pendant les fêtes de Tabaski. Et c’est dans ce contexte que le Magal de Touba et le Gamou de Tivaouane se profilent à l’horizon. La commémoration du départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba est prévue au début du mois d’octobre. Et le Gamou sera célébré trois semaines plus tard.

Mais le débat n’attend pas. Beaucoup estiment qu’il faut adapter la célébration du Magal 2020 au contexte de pandémie à défaut de l’annuler. Une des personnalités à avoir évoquer cette question, l’ancien ministre Mary Teuw Niane a subi de sévères diatribes. Pourtant, la communauté mouride ne peut faire l’économie d’un tel débat. Même si le dernier mot revient au khalife Serigne Mountakha Bachir Mbacké. “Le khalife ne reçoit de directives de personne“, a récemment rappelé Serigne Abdoul Ahad Mbacké Gaïndé Fatma qui dirige la commission communication du Magal.

Sauf que l’organisation du grand Magal de Touba n’est pas du seul ressort du comité d’organisation dirigé par Serigne Bassirou Abdou Khadre Mbacké. L’Etat y contribue énormément, notamment en ce qui concerne la sécurité et la santé. Et nul doute que l’Etat n’est pas prêt à mobiliser les éléments de la police et de la gendarmerie et leur faire prendre le risque de propager le Covid-19 dans leurs rangs. Lors du Magal 2019 par exemple, l’Etat a mobilisé 2538 éléments de la police. Des hommes qui se charge de la gestion de l’ordre public, de la sécurité des personnes et de leurs biens, mais aussi de la sûreté de l’Etat. Ces policiers visibles partout à Touba assurent la circulation vers la cité religieuse mais également à l’intérieur. Ils sont aussi autour de la grande mosquée où se retrouvent des centaines de milliers de fidèles. Sans compter les domiciles des marabouts où ils veillent sur les longues files d’attente.

A côté de la police, il y a la gendarmerie qui avait déployé, l’année dernière, 1100 éléments. Mais eux sont moins visibles à l’intérieur de la ville. Les gendarmes sont surtout sur les grands axes qui mènent à Touba. A cela s’ajoutent 5000 agents de santé et 45 ambulances mobilisés par le ministère de la Santé lors de la précédente édition. A ce beau monde, il faut ajouter 500 sapeurs-pompiers.

Et si le Magal est célébré comme lors des années précédentes, il y aura risque pour les fidèles présents à Touba, mais aussi pour les policiers, gendarmes, sapeurs-pompiers et agents de santé. On imagine aisément ce que ça représenterait comme situation si des cas de Covid-19 sont enregistrés dans les rangs de ces braves gens. Un risque que l’Etat du Sénégal n’est certainement pas prêt à prendre. Déjà que le Magal, comme les autres événements religieux, peut constituer un risque réel de propagation du Covid-19. Alors comment s’en sortir?

Pour certains, il faut changer la forme de célébration et demander aux talibés mourides de marquer l’événement chez eux. Ce qui ne serait pas une première. En effet, initié en 1921 par Serigne Touba pour rendre grâce à son Seigneur, le Magal a toujours été célébré à domicile. Même après le rappel à Dieu de Serigne Touba, son premier khalife Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké n’avait pas appelé les talibés à célébrer le Magal sous sa forme actuelle. C’est sous le khalifa de Serigne Falilou Mbacké que le Magal a connu cette évolution. C’est le deuxième khalife de Serigne Touba qui a, pour la première fois, appelé les talibés à venir célébrer le Magal à  Touba. C’était en 1946.