NETTALI.COM – Pourquoi les Présidents africains, ont-ils autant de difficultés à quitter le pouvoir ? La réponse ne réside certainement pas dans le fait qu’ils aimeraient plus le pouvoir que leurs homologues occidentaux, d’Asie ou d’Amérique latine, mais bien dans la manière dont ils le gèrent. S’il y a quelques rares exceptions dans la gouvernance de ces chefs d’Etat africains, la grande majorité n’a en général pas semé les bonnes graines qui lui permettent de céder le pouvoir sans inquiétude. Aussi, l’enjeu de sa conservation se résume dès lors à une question de survie.

 Aujourd’hui, rendre flous les articles des constitutions africaines liés aux questions électorales et de durée de mandats, semble être une option pour bon nombre de gouvernants africains en particulier francophones. En Côte d’Ivoire, la récente déclaration de candidature de Henri Konan Bédié a remis Ouattara – qui avait déclaré qu’il ne se présenterait pas à un 3e  mandat- en selle. Il avait pourtant fini de  désigner Amadou Gon Coulibaly comme son successeur, avant que celui-ci ne décédât finalement. Dans une interview exclusive sur France 24, M. Bédié, de rappeler que l’article 55 de la constitution ivoirienne consacre la limitation des mandats et que dans la foulée, Ouattara argue d’un « amendement de la constitution ». SElon une interprétation des partisans de Ouattara qui semble d’ailleurs les rejoindre, l’article 185 remet les compteurs à zéro. Une manière de dire que les 2 mandats dont le second va bientôt arriver à terme, ne compterait finalement pas.

Pour l’heure l’élection ivoirienne aura lieu en octobre prochain et le revirement de Ouattara augure d’une brouille certaine. Pendant ce temps Henri Konan Bédié du PDCI creuse ses sillons et s’est inscrit dans une logique d’alliance avec Guillaume Soro et Laurent Gbagbo, empêtrés dans des ennuis judiciaires qui les empêchent de rentrer en Côte d’Ivoire. Ce qui laisse présager un soutien des partis de ces derniers grâce à un report de voix en cas de second tour. Guillaume Soro ne peut pas à k’heure actuelle retourner en Côte d’ivoire, refoulé qu’il avait été à son arrivée à l’aéroport d’Abidjan. Gbagbo risque la prison en Côte d’Ivoire, suite à une condamnation à 20 ans de prison malgré son acquittement par la Cour Pénale Internationale (CPI).

Le rétropédalage de Ouattara a bien à voir avec la candidature de Bédié. C’est certain. Candidat charismatique et ancien président de la Cote d’ivoire, une élection de Bédié sonnera comme un danger pour Ouattara dont les observateurs décrient  la gestion comme peu vertueuses au regard de l’intrusion de sa famille en particulier son épouse, dans les affaires du pays.

Côte d’Ivoire-Sénégal- Guinée : le 3ème mandat en question…

Comment faut-il décrypter les propos du Professeur d’Histoire, Mamadou Diouf, invité de l’émission “Objection” de ce dimanche 2 Août ? Ce dernier a fait savoir que “si Macky Sall se présente à un 3ème mandat, l’Afrique de l’Ouest va exploser“. En tenant ces propos, le professeur de Columbia, cherchait-il à décrire des similitudes entre le Sénégal, la Côte d’Ivoire et la Guinée et du Mali ? C’est le même scénario que la Côte d’Ivoire qui semble en tout cas se dessiner pour le Sénégal, mais à un degré moindre.

Si la question du 3e mandat revient par moments en surface, Macky Sall laisse toujours planer le mystère et entretient le suspense, enfermé dans un « ni oui, ni non » qui lui fait gagner du temps de réflexion et de manœuvres éventuelles. Soit il jette l’éponge, et c’est le choc des ambitions dans ses rangs, vu l’état de son parti pas structuré et l’absence d’un dauphin désigné et clairement identifié, ce qui l’expose à la menace d’un probable successeur. Soit, il décide de briguer un mandat supplémentaire, ce qui peut être source de crispations politiques.

Tout signe d’ouverture de la part du président Sall dans le cadre d’un gouvernement d’union, ne pourrait relever que de manœuvres politiciennes qui laisseraient croire qu’il s’achemine vers un 3ème mandat. Mais ce sera surtout l’envergure des candidats qui permettra une meilleure lisibilité de l’orientation à venir du président Sall. Le phénomène de l’entrisme n’aurait de toute façon pas de réel impact sur la vie des Sénégalais au regard du contexte économique désastreux. Un impact qui ne pourrait être qu’au bénéfice du personnel politique pour qui connaît la nature de manœuvrier de Macky Sall et roi de l’addition.

Les Sénégalais ne sont plus dupes de croire que leur salut viendrait d’un gouvernement pléthorique dont la plupart des membres ne doivent leur présence qu’à un recyclage de la clientèle politique ou à la politique des quotas de partis alliés. Ramener le poste de 1er ministre également ne va pas être la solution miracle que certains observateurs prédisent brandissant l’exposition du Président et l’absence d’un fusible !

Pour l’heure, les météorologues de la politiques qui annonçaient l’imminence d’un remaniement, gardent toujours espoir même si leurs prévisions tardent à se vérifier.

Le PDS n’est pas intéressé par l’entrée dans un gouvernement d’union, ainsi que l’a déclaré Doudou Wade. Invité mercredi dernier à l’émission “Faram Facce” de la TFM, M. Wade a informé que le Parti démocratique sénégalais (PDS) d’Abdoulaye Wade n’est pas obnubilé par cette question et a accusé la bande à Oumar Sarr (Babacar Gaye et El Hadji Amadou Sall entre autres) de négocier en messe basse pour intégrer l’attelage. Celui-ci pense d’ailleurs que « le gouvernement d’union nationale, s’il voit le jour, n’ira pas loin », estimant au passage que le Président Sall a assez de collaborateurs pour travailler.

La position de Rewmi d’Idrissa Seck est toutefois moins claire. Si l’ancien Premier ministre observe l’omerta sur ce dossier, un élément de son entourage de premier cercle, Yankhoba Seydi, invité à RFM le 28 juillet dernier, a fait savoir que la formation politique orange n’est pas prête à rejoindre le gouvernement de Macky Sall. Seydi, mettant en garde certains responsables de Rewmi qui « s’activent » dans l’ombre pour pouvoir intégrer l’attelage gouvernemental. Quid de Malick Gackou et de Mamadou Diop Decroix qui ont soutenu Idrissa Seck lors de la dernière présidentielle et soupçonnés de vouloir intégrer l’attelage ? Un grand mystère.

Ousmane Sonko, arrivé 3e à l’élection de 2019 et des leaders de l’opposition de moindre envergure électorale, réunis dans le Congrès de la renaissance démocratique ne devraient pas être partants, en ce qui concerne le gouvernement ainsi mis en perspective historique.

L’équation du 3ème mandat en Guinée, se pose aussi. Chez nos voisins, malgré le boycott au début de l’année des législatives et un référendum ouvrant la voie à un troisième mandat, la volonté d’Alpha Condé de briguer un 3ème mandat reste intacte. L’opposition avait d’ailleurs organisé depuis octobre des manifestations, souvent violemment réprimées. Mais à 82 ans, le président Condé a jusqu’ici entretenu l’ambiguïté en répétant que “c’est (son) parti qui décidera”. Le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), composé des principaux partis d’opposition et de membres de la société civile n’entend pas l’affaire de cette oreille. Il a ainsi appelé ses partisans à reprendre les manifestations, le 6 Août 2020. Condé, plongera t-il ou pas ? 

Une constante en tout cas sous nos tropiques, ce sont toujours des questions d’interprétation de la constitution notamment sur des questions de limitation de mandat ou questions d’ordre électoral qui sont agitées. Mais dans le fond, elles n’ont qu’un seul soubassement, le maintien au pouvoir de leurs auteurs.

Ce ne sont pas les Maliens qui diront le contraire. Bien que le président Ibrahim Boubacar Keita n’ait pas été en mesure de mettre en pratique le programme fondé sur la bonne gouvernance et une politique de décentralisation très forte du pays, c’est plutôt une affaire d’élection qui a été à l’origine de la demande de son départ du pouvoir. L’invalidation d’une trentaine de candidatures par la Cour constitutionnelle notamment dans le cadre des législatives a été la goutte d’eau de trop. C’est dans ce contexte qu’un groupe de l’opposition, dénommé M5 (Mouvement du 5 juin, NDLR) s’est radicalisé et a estimé que le régime actuel n’est plus en mesure de gouverner le pays.

C’est d’abord l’ancien président nigérian Goodluck Jonathan qui a tenté une médiation qui n’a pas porté ses fruits avant qu’une forte délégation de  5 chefs d’Etat africain ne rentre dans la danse mais sans grand succès.

La CEDEAO ne pouvant nullement cautionner le départ d’un chef d’Etat du pouvoir, elle s’est du coup trouvé face à un dilemme. La solidarité entre chefs d’Etat exige de ne pas créer un précédent car chacun d’entre eux pourrait un jour ou l’autre être confronté à une équation électorale ou une difficulté de même nature.

Improvisation au sommet !

La position de l’Union européenne semble bien indisposer les autorités sénégalaises qui apparemment ne l’ont pas beaucoup goûtée. Elle a d’ailleurs soulevé des passions au Sénégal où d’aucuns y ont vu une sorte d’inconséquence de la part de l’Europe qui compte beaucoup de malades que le Sénégal. Des passions loin de s’estomper puisque l’Union européenne (Ue) n’est toujours pas disposée à accueillir les ressortissants sénégalais, ainsi que l’atteste la nouvelle décision de ne pas sortir le Sénégal de la nouvelle liste des exclusions.

Mais au-delà de la question de souveraineté, il ne faut certainement pas perdre de vue la gestion de l’épidémie qui semble de plus en plus incompréhensible et hasardeuse.

Les récentes mises en garde d’Abdoulaye Diouf Sarr contre les déplacements en régions à la veille de la fête de la Tabaski et le message du président Sall, lié à la Covid 19 à l’endroit des jeunes, ne semblent pas avoir été entendus. Le Président et son ministre ont plutôt donné l’impression de sacrifier à un rituel alors que les Sénégalais qui se seraient sentis abandonnés à leur sort depuis qu’ils ont noté un relâchement de la part des autorités dans la gestion de la Covid 19, se prennent désormais en charge à un niveau individuel.

Difficile de rattraper les errements d’une stratégie de lutte une fois qu’on l’a modifiée sans réellement fixer un cap nouveau et compris de tous. Mais dans ce dossier afférent à la gestion de l’épidémie, c’est surtout la lutte au niveau communautaire occultée, le déficit d’organisation et l’inefficacité de la communication qui ont amoindri l’impact de la sensibilisation. Avoir cédé à certains religieux et à la manifestation des transporteurs, en levant l’état d’urgence, les autorités ont beaucoup ramolli le dispositif de riposte à la Covid et remis en cause la stratégie qui avait été arrêtée.

Atteindre les Sénégalais grâce à la communication, une fois qu’on les a perdus en route, semble une mission bien ardue et compliquée. La communication n’obéirait pas uniquement ni à une logique d’improvisation, ni à une logique de discours au gré de ses humeurs et des circonstances. Elle doit être fondée sur une stratégie. Aussi, même dans le déroulement de la stratégie, il importe surtout de raisonner en termes d’objectif mais surtout d’objectif par rapport à ses cibles.

Sur la cible grand public par exemple, Il y en a pour qui cette maladie n’existerait que dans la tête de ceux qui l’évoquent ; d’autres pensent qu’elle est une réalité mais qu’elle n’atteint pas les noirs ; il y a aussi ceux qui y croient mais notent qu’autour d’eux, un non-respect des mesures barrières et de la distanciation sociale, rendrait inutiles leurs efforts ; il y a également ces personnes plus rationnelles qui croient en l’existence de la maladie et qui ont besoin de davantage d’explications afin de mieux pour prendre beaucoup plus de précautions. On compte au-delà cette cibles, d’autres composés de journalistes, de leaders d’opinion, d’élus, des pouvoirs publics, de groupements de transporteurs, etc en direction desquelles, il faut communiquer.

La communication n’est pas au fond une matière facile même si elle paraît accessible à beaucoup de gens. Elle est un métier et ne peut se résumer dès lors à des spots ou des live sur les réseaux sociaux avec des messages hétéroclites, improvisés, créés par chacun des acteurs. La conséquence a été un brouhaha communicationnel dans lequel s’est engouffré n’importe quel personnage pensant être une célébrité ou ayant une certaine aura médiatique. Chacun y allé de son spot ou de son live ou audio dans un élan participation à la sensibilisation et à la solidarité. C’est tout à leur honneur, c’est vrai. Mais lorsque les actions ne sont pas planifiées, coordonnées et réfléchies sur la base d’un concept de communication découlant d’une stratégie globale, c’est de la dissonance que cela crée. Même le point quotidien sur la Covid 19 ne semble plus susciter de l’intérêt avec le temps. Seuls les plus rationnels s’y attardent. L’on est parfois sidérés au gré de nos conversations de nous rendre compte que d’aucuns ne croient pas en l’existence de la maladie et pensent même que les morts déclarés ça et là ne peuvent être liés à la COvid 19 !

Bref, l’on assiste à certain mélange des genres qui a fini par créer, avec l’incurie des autorités, un certain désintérêt  par rapport à la maladie, alors q’un travail sur les changements de comportement aurait pu être mené (sur les attitudes et postures). Résultat des courses, le Sénégal a dépassé la barre des 10000 cas et des 200 morts. Les lendemains de la Tabaski et les jours à venir édifieront certainement sur l’évolution de l’épidémie.

NB : Un Tabaski 2020 de la désillusion pour les vendeurs de moutons, devrait-on dire. Contrairement à l’année passée, ces derniers ont eu la surprise de leur vie en constatant le nombre important d’invendus. Alors que les médias,  à coup de reportages sur les points de vente, semblaient prédire une pénurie et de moutons, ce sont plus de 150 000 moutons qui sont restés entre les mains des vendeurs. C’est en tout cas le bilan provisoire de la Tabaski fait par le directeur de l’Elevage, Dame Sow, interrogé par Rfm. Selon lui, le marché a été bien approvisionné et l’objectif fixé a été atteint d’autant plus qu’il n’y a pas eu de pénurie de moutons.

Ironie de l’histoire, la situation est similaire à celle de 2017 et 2018 mais différente de celle de 2019 où beaucoup de Sénégalais n’avaient pas pu trouver de moutons à sacrifier.

S’agit -il d’un sursaut ou pas de la part des populations ? De plus en plus de Sénégalais préfèrent élever eux-mêmes leurs moutons pour ne pas subir le diktat des vendeurs à chaque fête de Tabaski. Il s’y ajoute que la conjoncture découlant de la pandémie du Coronavirus a découragé plus d’un gorgorlou face aux prix souvent inaccessibles. La Tabaski 2020 est en tout cas un avertissement envoyé aux vendeurs de moutons.