NETTALI.COM – Professeur titulaire d’économie à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), Doyen honoraire de la faculté des Sciences économiques et de Gestion (Faseg), le Pr. Ahmadou Aly Mbaye a été nommé, hier, nouveau Recteur de l’Ucad. Il remplace Ibrahima Thioub, admis à faire valoir ses droitsà une pension de retraite. Ancien directeur du Centre de recherches économiques appliquées (Crea), le Pr. Mbaye est connu pour ses différentes interventions médiatiques sur les questions financières et monétaires, notamment le débat sur le francs CFA et l’Eco. “EnQuête’’avait dressé le profil du premier économiste au Rectorat de l’Ucad, en 2013, pendant qu’il était le Doyen de sa faculté.

Cette façon qu’il a de vous regarder comme pour vous dire que vous avez tout intérêt à ne pas lui faire perdre son temps, ce doit être une marque déposée chez lui. Ahmadou Aly Mbaye, Doyen de la faculté des Sciences économiques et de Gestion (Faseg) en 2013, de taille et de corpulence moyennes, inspire tout de suite le respect, pour ne pas dire qu’il est intimidant. Mais ce sentiment est néanmoins teinté d’un arrière-goût “indéfinissable’’, comme s’il y avait derrière la carapace de cet universitaire “ (trop ?) discret’’, une forme atténuée d’anxiété.

Mais rassurez-vous, il sait quand même sourire ! Grâce à cet humour qui vaut souvent à un homme d’être qualifié de pince-sans-rire : tout est dans la tournure des phrases, la répartie, l’intonation vocale.

“Fier de mon cursus local’’

Né en 1967 au quartier dakarois des HLM, d’une famille polygame (le professeur refuse tout net d’offrir plus de détails sur la question), Ahmadou Aly Mbaye se dit fier d’avoir fait toutes ses études à Dakar – mis à part, bien sûr, son 3e cycle parisien. Produit du lycée Maurice Delafosse, puis de l’Ucad, l’universitaire démontre très tôt – pour ne pas dire instantanément – de l’intérêt pour la chose publique, chose dont témoigne le Doctorat qu’il obtient, en 1995 au Cerdi, en économie du développement.

Preuve de son attachement aux siens, ce scientifique marié “assez tôt’’ (là aussi, pas plus de détails !), Ahmadou Aly Mbaye n’a jamais hésité à emporter toute sa petite famille avec lui à travers ses pérégrinations professionnelles à chaque mission de longue durée : Etats-Unis, France, Allemagne, Ouganda, Afrique du Sud… Responsable de plusieurs programmes nationaux, régionaux et internationaux de Master et de Doctorat, l’économiste dit avoir tiré une plus-value essentielle de ces expériences-là, particulièrement en ce qui concerne le réseautage et la recherche. “Très souvent, les problèmes qui se posent chez nous sont les mêmes qu’ailleurs ; il faut voir comment les gens les résolvent. Toutes ces solutions sont reproductibles ici. Mais il est important de comprendre comment les autres ont fait. Quand on parle de réseau, c’est le partage de résultats et d’expériences de recherche’’, explique-t-il.

C’est peut-être pourquoi, à ses yeux, son élection à la tête de la Faseg n’a pas été un tournant “extraordinaire’’ dans sa vie… Plutôt étonnant ? Pas tellement, si l’on suit le raisonnement de cet homme pour qui l’autorité scientifique est le seul prestige qui en vaille la peine en tant qu’universitaire. “Il ne sert à rien de n’avoir en soi que la fonction administrative. Le doyen est juste la face de la faculté, le prestige de la position restant, au mieux, relatif. J’ai toujours été un chercheur qui bouge, qui a des réseaux, qui envoie des étudiants à l’extérieur, qui relève des défis… En toute humilité. En cela, ma mission de doyen n’est pas tellement différente de celle de l’enseignant que je suis’’, affirme-t-il, le fantôme d’un sourire sur les lèvres.

On lui reproche d’être “distant’’ ; lui se revendique autre. “Je suis assez ouvert’’, rétorque-til. “La presse me reproche de ne pas être accessible… Cela dit, si un journaliste me trouve à une conférence et espère, séance tenante, que j’abandonne tout ce que j’ai à faire pour qu’il puisse me prendre en interview, parce qu’il est soi-disant pressé par le temps, c’est niet’’, dit-il avec fermeté.

Dans ses rapports avec ses collègues, l’ancien Doyen de la Faseg se définit comme un militant du “consensus’’ et non de la “confrontation’’.

A 46 ans sonnés, le Pr. Mbaye s’estime personnellement “trop vieux’’ pour changer quoi que ce soit à son tempérament et à ses choix de vie qu’il dit, avec son héritage culturel, “parfaitement assumer’’, même s’il n’est “pas parfait’’. Ayant pour habitude de répéter que le travail “n’est pas une épreuve, mais un plaisir’’, le nouveau recteur de l’Ucad ne se définit pas pour autant comme un homme ambitieux… Au-delà de sa personne attachée à la culture de la “fidélité sans faille’’ en amitié, le devoir de respecter “les gens substantiels qui ne s’attardent pas sur les détails’’ lui tient tout autant à cœur…

Il convient de noter que l’actuel patron de l’Ucad est l’auteur et le co-auteur de plusieurs ouvrages sur le développement économique, notamment en Afrique de l’Ouest et au Sénégal. Outre son activité de professeur, il est consultant auprès de nombreuses organisations mondiales, comme la Banque mondiale, la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (Cnuced), l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ou l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Senior Research Associate, Zef (Centre for Development Research, University of Bonn), il est aussi professeur associé de la faculté de Droit et d’Economie de l’université Abdou Moumouni de Niamey (Niger). Le Pr. Ahmadou Aly Mbaye fut le président de la Conférence des institutions d’enseignement et de recherche économique et de gestion en Afrique (CIEREA), Directeur Ecole doctorale Economie du changement climatique groupe Wascal.

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