NETTALI.COM – A cause de la crise sanitaire, qui a entraîné la fermeture des entreprises et le confinement des habitants, le PIB de la région pourrait retomber à son niveau d’il y a dix ans.

Les revenus des pays d’Afrique subsaharienne pourraient retomber à leurs niveaux d’il y a dix ans en raison de la pandémie de Covid-19, a déploré un responsable du Fonds monétaire international (FMI), lundi 29 juin, lors d’un entretien avec l’AFP.

Pour 2020, la crise sanitaire, qui a forcé les autorités à décréter la fermeture des entreprises et le confinement des populations, va se traduire par une récession de 3,2 % pour ces pays, selon les projections du FMI détaillées lundi dans un rapport. C’est bien pire qu’en avril, quand il prévoyait encore une contraction du PIB africain de 1,6 %.

La croissance devrait se redresser en 2021, mais nombre de ces pays ne progresseront pas de manière significative. Pire, les économies dépendant des produits de base ou du tourisme connaîtront des chutes. « C’est une image véritablement inquiétante en termes de perspectives économiques, qui reflète la faiblesse persistante de l’environnement économique mondial auquel sont confrontés les pays de la région », a déclaré à l’AFP Abebe Aemro Selassie, le directeur Afrique du FMI.

Le PIB par habitant dans la région devrait se contracter de 5,4 % en 2020, avant de croître de 1,1 % en 2021. « Cela ramènera le PIB par habitant à 7 points de pourcentage au-dessous du niveau prévu avant l’épidémie de Covid-19, en octobre 2019, et le niveau sera presque équivalent à celui enregistré en 2010 », selon les nouvelles estimations du FMI.

Aides d’urgence et allègement de dettes

Plus de 383 000 personnes ont été infectées par le coronavirus en Afrique, selon le Centre de contrôle et de prévention de l’Union africaine (Africa CDC). « Malheureusement, la région reste encore du côté exponentiel dans la façon dont la pandémie se déroule dans la grande majorité des pays, a observé M. Selassie. En l’absence de vigilance, il n’y a aucune raison pour que nous ne puissions pas attendre le même type de dynamique que nous avons observée ailleurs. » En d’autres termes, une large propagation au sein des populations.

Le FMI a mis en place des mesures d’urgence pour aider les économies d’Afrique subsaharienne à surmonter le brutal arrêt de l’économie. Au total, à la mi-juin, des aides d’urgence ont été accordées à 29 pays de la région, pour un montant de quelque 10,1 milliards de dollars (environ 8,9 milliards d’euros), au cours des deux derniers mois, a indiqué M. Selassie. Et d’autres aides vont être débloquées. L’Afrique bénéficie en outre d’un allègement de la dette à la suite d’un accord trouvé au sein des pays du G20. Il y a « une volonté forte » pour alléger la dette des plus pauvres, selon M. Selassie. Au 16 juin, le FMI a approuvé la demande pour 28 pays, dont 21 en Afrique subsaharienne.

Outre la pandémie, d’autres risques assombrissent les perspectives économiques, à commencer par la nature provisoire de l’accord commercial conclu entre les Etats-Unis et la Chine en janvier. La menace de Washington de nouvelles taxes sur les produits européens au milieu d’une querelle commerciale menace aussi la reprise, a averti M. Selassie. « Un environnement géopolitique tendu aura également des retombées sur la région », a-t-il prévenu.

Le Monde avec AFP