EDITORIAL – Il existe, au Sénégal, un virus beaucoup plus virulent que celui baptisé Covid-19. Onaurait facilement pu le nommer  “Covid-M’’ ou le virus de la malveillance. Alors que les Sénégalais, à l’image du monde, sont englués dans le stress de la maladie dont on ne sait pas quand elle disparaîtra, des officines naissent comme des champignons.

On ne sait d’ailleurs par quelle magie. De véritables “machines de destruction ciblée’’ dont le seul but est de traquer et éteindre les étoiles qui brillent au-dessus du ciel sénégalais. Tous les moyens sont bons pour y arriver et ceux qui manipulent la machine ne font même pas attention au retour de flamme…
Le mécanisme est connu. On construit une histoire, en l’habillant subtilement de faits vraisemblables. Ensuite, on maquille la bonne dame à coups de chiffres (les milliards dont raffolent les Sénégalais) de sorte à énerver le pouls de “Goorgoorlu’’. Et, enfin, on choisit le bon moment pour baisser les rideaux et contempler la beauté artificielle ainsi créée, dans ses plus beaux atours.

Et voilà la belle, prête à être dévorée par une opinion publique malheureusement très portée (un peu plus au Sénégal qu’ailleurs dans le monde) sur les rumeurs. Vous l’aurez tout naturellement compris, le fuel qui alimente et fait tourner les moteurs de ces engins, c’est le mensonge. Tous les jours, il en faut de  gros – ou de plus subtil – pour que le mécanisme ne casse point. Les réseaux sociaux dont on sait aujourd’hui que les contenus peuvent répondre à des commandes politiques, font le reste du boulot.

L’exemple par Mouhamadou Makhtar Cissé. On vient nous apprendre que l’ancien directeur général de la Senelec a vendu du vent au président Macky Sall avec une saugrenue idée de centrale… virtuelle. Mensonge grossier pour lequel nous ne perdrons pas notre temps. Mais avant cela, on a mis l’accent sur les états financiers de la boîte qui, disait-on, étaient… truqués.

Truquage pour truquage, la machine à fabriquer des mensonges avait oublié que rien ne se cache sur les places financières du monde. Que les boîtes qui ont des problèmes de gestion ou des états financiers truqués sont débusquées par le système lui-même. Impossible de passer le petit tamis sous-régional. Exit le bonbon sur Senelec qui serait au bord de la faillite, on va chercher des milliards dans un projet qui pèse lourd. Akilee ! 187 milliards de francs CFA. De quoi nourrir 1 000 familles pendant… 3 000 ans.

Ça fait saliver. Comment résister aux effets maléfiques d’un tel maquillage ? Et on parle de la “poule aux oeufs d’or’’, comme si les vannes à milliards se sont subitement ouvertes, pour atterrir dans les poches d’un Amadou Ly, sorti de la cuisse de… Jupiter. On ne nous dit pas que le contrat est signé sur 10 ans, payé sur 14 ans, préfinancé à 85 % des investissements et que seule une commande pour un peu moins de 150 000 compteurs, a été réellement lancée et est en cours d’exécution. On s’attarde aussi sur une clause d’exclusivité, en oubliant que Simelec a régné pendant 10 ans – de 2003 à 2013 – sur l’empire des compteurs sans qu’il n’y ait le plus petit grincement de dents.

Et puis on ne parle même pas de ce que la société apporte, des Sénégalais qu’elle embauche (100 emplois directs en 3 ans), des bénéfices à milliards
(réellement traçables) qu’elle occasionne déjà pour la Senelec, des nids de trafic et de vols d’électricité qu’elle casse, etc. On se doit donc de rappeler que ce projet a pour but de réduire drastiquement les pertes de la Senelec et les charges d’exploitation. Pertes qui se sont élevées à 800 milliards, au cours des dernières années, et qui pourraient dépasser les 1 200 milliards dans les années qui viennent. On se doit de rappeler que dans le contexte actuel du coronavirus, on serait bien avisé de trouver des stratégies pour bâtir des champions nationaux, régionaux, voire continentaux qui serviront de relais pour la relance économique, dans un monde contrôlé par la donnée. La donnée, c’est le pétrole du XXIe siècle, et Akilee s’est positionnée pour devenir un des
majors à la BP, Shell, Total, etc., dans ce domaine.

Au lieu de cela, on veut tout casser et favoriser d’autres réseaux d’intérêts particuliers, même s’ils rament à contre-courant de l’histoire, de notre souveraineté énergétique et de l’intérêt général. Et, suprême malentendu, c’est qu’on prête à l’ex-DG de la Senelec des intentions politiques qu’il n’a jamais exprimées. Et certains pensent et défendent au sommet qu’il se prépare pour 2024. D’autres vont plus loin encore, lui prêtant – fruit de leur imagination – des intérêts dans Akilee.

La question est donc la suivante : à qui profite cette attaque coordonnée ? Naturellement, à ceux-là qui sont tapis dans l’ombre,tirant les ficelles. Ce sont bien eux qui sont déjà dans la perspective de 2024. Il faut le dire très clairement : de telles campagnes pâlissent l’image de notre démocratie. En République, il est capital de veiller à ce que les deniers publics ne soient pas dilapidés. C’est même une exigence citoyenne. Mais encore faudrait-il veiller à ce que le loup ne pique pas son “manteau’’ à l’agneau. En encourageant ces “machines à mensonges’’, on tire la société vers le bas.

Les sentiments qui sont exaltés sont ceux de la méchanceté, de l’inaction et du pessimisme. “Je dénigre, tu dénigres et nous nous dénigrons’’. On oublie de protéger les “champions’’, c’est-à-dire ceux-là qui, bien concrètement, redressent les situations les plus compliquées, en ramenant la lumière dans la Cité. On oublie qu’il n’y a guère longtemps, on était simplement abonné au “kumuthiekamathie’’.

Nous marchons visiblement tête au sol et pieds en l’air. L’heure est peut-être venue de remettre les choses à l’endroit.