CONTRIBUTION – La maladie du Covid-19 qui sévit dans le monde depuis maintenant plus de trois mois a fini de montrer la fragilité de l’économie mondiale. Partie de Chine à Wuhan dans la province du Hubei, le Covid touche aujourd’hui presque tous les pays du monde et est devenu une pandémie selon l’Organisation mondiale de la santé (Oms).

Cette crise sanitaire a eu des impacts incommensurables sur l’économie mondiale. Toutes les économies font monter l’Etat en première ligne. C’est le retour de l’Etat providence. Nous assistons à un changement de cap à 180° des mondialistes et des défenseurs des dogmes budgétaires (endettement et déficit budgétaire). Les Etats sortent leurs carnets de chèque pour soutenir Les secteurs les plus touchés comme le transport aérien, le tourisme, l’hôtellerie et la restauration.

 Mais qu’en est-il du secteur agricole ?

Le monde est devenu un village planétaire et notre économie extravertie. Notre balance commerciale est structurellement déficitaire comme la plupart des économies africaines. Tout choc économique des grandes puissances, peut avoir des répercussions désastreuses sur tous les secteurs. L’agriculture n’échappe pas à cette règle. Nos intrants, engrais et produits phytosanitaires nous viennent pour la plupart  de l’extérieur. Une grande partie des machines agricoles est fabriquée en occident.

Le sous-secteur horticole sera touché de plein fouet à cause de la fermeture des frontières. Une forte progression des exportations de produits horticoles est notée depuis 2013 avec une diversification des exportations qui sont sorties du mono produit (haricot vert) pour embrasser une gamme élargie (Haricot vert, tomate, melon, maïs doux, radis et pastèque).

La filière archidiacre ne sera pas épargnée. Même si la présence des Chinois est décriée du fait de son impact négatif sur notre industrie, force est de reconnaître que les prix proposés améliorent le pouvoir d’achat des paysans et évitent le bradage de la production au profit des opérateurs semenciers véreux.

L’autre filière qui sera également beaucoup impactée par la fermeture des frontières et les mesures de confinement en Inde, est l’anacarde. L’anacarde est une filière à vocation d’exportation car au moins 95% de la production nationale est acheminée chaque année vers principalement l’Inde et le Vietnam. Elle concerne les régions de Ziguinchor, Sédhiou, Kolda et Fatick et suscite l’engouement chez plusieurs couches de la population. La campagne de commercialisation démarre au mois d’avril.

Quid de la filière riz locale ?

L’Etat du Sénégal a décrété en 2014, l’objectif d’atteindre l’autosuffisance en riz à l’horizon 2017. Avec une production initiale de moins de 300 milles tonnes, le Sénégal ambitionne d’atteindre une production de 1.600.000 tonnes en riz paddy soit 1.080.000 tonnes en riz blanc dans son Programme d’accélération de la cadence de l’agriculture sénégalaise (Pracas). Les zones irriguées (Vallée du fleuve et bassin de l’Anambe) devraient contribuer pour 800.000 tonnes de riz blanc et le pluvial pour 280.000 tonnes. Plusieurs mesures ont été prises par les autorités pour accompagner le programme notamment l’Augmentation des aménagements hydro agricole (Aha) et la subvention du matériel agricole en plus du désendettement des producteurs pour un montant de plus de 13 milliards de francs.

Toutefois, malgré tous ces efforts, force est de reconnaître que l’autosuffisance tant chantée, n’est toujours pas atteinte même si une augmentation appréciable de la production rizicole est constatée depuis quelques années. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cet état de fait, mais le plus important est, à mon avis, la concurrence du riz importé qui décourage les agro-industriels (transformateur de riz) et diminue la demande en riz paddy. Le producteur n’est plus enclin à produire davantage pour éviter le bradage de sa production.

Le Sénégal dépend encore largement des importations du riz. Ces importations représentent 70% du volume total des importations du pays. Elles se chiffrent à environ 444.25 milliards de francs Cfa sur 20 mois (Janvier 2017 à Août 2018) pour des quantités de 2 millions 118 mille tonnes. Elles nous viennent principalement de pays comme l’Inde, du Brésil, de la Chine, de la Thaïlande, du Pakistan, du Cambodge pour ne citer que ceux-là.

Cette pandémie du Covid-19 doit nous amener à réfléchir sur les fondamentaux de notre économie. Elle a fini par démontrer qu’aucun pays ne peut prétendre à l’émergence si sa souveraineté alimentaire est confiée à un autre. Au moment où les frontières se ferment, les pays se barricadent, le protectionnisme prend sa revanche sur la mondialisation. On assistera forcément à une diminution des importations de riz. La production nationale prendra enfin son envol. On assistera à une augmentation exponentielle de la demande en riz local. Pour satisfaire cette demande, les agro-industriels (transformateurs de riz) vont investir davantage pour augmenter leur capacité de transformation estimée aujourd’hui à plus 350 000T/J, créer plus d’emplois directs et indirects, mais également améliorer la qualité du riz. La demande en paddy sera beaucoup plus importante et va inciter les producteurs à produire davantage et on atteindra d’ici peu l’autosuffisance. Notre riz local sera plus compétitif et plus rentable pour tous les acteurs de la chaîne de valeur.

Par Massaër Diop

Ingénieur Agro-économiste

Expert en finance rurale et financement des chaines de valeur agricoles.

Diplômé ITB du Centre de Formation en Profession Bancaire de Paris.