NETTALI.COM – La question de la limitation des mandats  du président de la République date de la modification constitutionnelle du début des années 1990, avec le «Code Kéba Mbaye». Malheureusement, le sujet épouse les contours d’une polémique à chaque fois qu’un chef d’Etat est en fin de mandat, en l’absence d’un schéma clair de succession au sein du pouvoir.

Réélu en 1993, ce 3e mandat de Abdou Diouf est, de fait, le premier sous la constitution ainsi modifiée. Il avait donc le droit de briguer un 2e mandat en 2000. Cependant, en 1998, par une de ces pirouettes spectaculaires dont seule la politique est capable, la majorité mécanique à l’Assemblée nationale fait sauter le verrou des deux mandats. En d’autres termes, si Abdou Diouf était réélu en 2000, il pouvait se présenter encore à la présidentielle en 2007. Mais Diouf sera battu en mars 2000 au terme de ce que d’aucuns avaient qualifié d’élection de trop.

Une fois au pouvoir, Me Abdoulaye Wade fera face au même dilemme après sa réélection en 2007. Pour rappel, à travers le référendum de 2001, le pape du Sopi propose une constitution qui limite de nouveau les mandats successifs d’un président de la République à deux. Contre toute attente, il revient sur sa promesse de respecter le principe de la limitation des mandats et nourrit l’intention de se succéder à lui-mêmeIl s’ensuivit les violentes manifestations qui donneront naissance au Mouvement du 23 juin, tout en lançant le rouleau compresseur irrésistible qui viendra à bout du régime libéral le 25 mars 2012.

Macky Sall, comme ses prédécesseurs immédiats, inspire, via le référendum de mars 2016, une nouvelle constitution devant trancher définitivement la pomme de discorde. Hélas, avec lui également, le serpent noir de la limitation des mandats remonte en surface prématurément, puisqu’il n’est réélu que depuis le mois de février dernier. Malgré sa déclaration de 2017, on ne sait pas encore clairement ce qu’il compte faire en direction de la présidentielle de 2024, après que des juristes réputés, notamment le Pr. Babacar Gueye, ont soulevé la polémique.

En fait, la problématique est plus liée à l’absence d’un schéma clair de transition sous les magistères de Diouf, Wade et Macky. Le premier aurait jeté son dévolu sur feu Ousmane Tanor Dieng avant d’être poussé à reprendre les choses en main au lendemain des frondes animées successivement par Djibo Ka et Moustapha Niasse entre 1997 et 1999. Quant à Me Abdoulaye Wade, on lui prêta l’intention de mettre son fils Karim Wade sur orbite. Une opinion très répandue cherche à établir que ce fut à cause de la défaite de Wade-fils aux locales de 2009 que l’ex-chef d’Etat se résolut à briguer un 3e mandat en 2012.

En définitive, la suspicion que charrie la sortie de Sory Kaba est bel et bien légitime. Non seulement la suppression de la Primature laisse imaginer que Macky Sall ne veut pas de dauphin, du moins pour l’heure, mais l’omerta que le pouvoir cherche à imposer ajoute à la confusion supposément planifiée le poids du complot.