CONTRIBUTION – Au Sénégal, les médias sont devenus un mur des lamentations sur lequel se déversent toutes sortes de calomnies et d’invectives au point qu’il devient souvent impératif d’édifier l’opinion.
Il y’a quelques jours, des professeurs ayant servi depuis des années au Prytanée Militaire de Saint-Louis ont fait des sorties d’une rare virulence pour fustiger une décision du commandement relative à leur remise à la disposition du ministère de l’éducation qui pourvoit l’école en la matière. Cependant, il faut préciser que l’établissement relève de la tutelle des forces armées et que son commandant fait office de proviseur et l’administre.
Depuis trois ans, le Colonel Alioune Guèye, ancien de l’école, est à sa tête et ne ménage aucun effort pour la renforcer dans une quête perpétuelle d’excellence du point de vue académique et humain. Ainsi, il a mis à contribution l’Amicale des Anciens Enfants de Troupe ainsi que l’Association des Parents d’Elèves afin qu’elles participent de manière intelligente et concertée à l’amélioration du cadre et des conditions d’études pour le bénéfice exclusif des pensionnaires.
C’est ainsi que des efforts matériels et financiers ont été fournis pour mettre l’école à niveau en l’adaptant aux réalités technologiques de notre temps et en permettant aussi aux parents d’avoir un suivi permanent et personnalisé de l’évolution scolaire de leurs enfants sans compter de meilleures conditions de vie pour l’hébergement et la nourriture. Ceci est visible et a été salué par tous. Les excellents résultats au baccalauréat avec quarante mentions sur une soixantaine de candidatures et le raz de marée au brevet de fin d’études moyennes, en constituent l’indicateur de performance le plus irréfutable.
Toujours dans le souci de mieux faire et de viser davantage l’excellence, le commandant d’école a jugé utile de mettre l’accent sur le volet pédagogique en tablant sur l’efficience et l’efficacité opérationnelle car nul n’ignore que dans les sciences éducatives l’enseignant reste le premier et le plus déterminant de tous les intrants. En voulant toucher à cette entité du dispositif opérationnel, des professeurs ont senti leurs acquis menacés pour la bonne et simple raison que les conditions de travail qui leur étaient offertes, ont fini par créer en eux une perception de leur métier sous l’angle de la sinécure et non du sacerdoce.
Après avoir constaté qu’il y’avait un surplus d’enseignants au point que dans certaines disciplines des professeurs ne dispensaient que sept heures de cours par semaine et même pour d’autres c’était juste un volume hebdomadaire de quatre heures de travail, il a été jugé utile par le commandement de procéder à un redéploiement de ce trop-plein qui peut être une aubaine pour d’autres établissements qui souffrent d’un déficit criard d’enseignants.
Cette décision est à l’origine de la levée de boucliers et du courroux  soulevés dans les médias parce que les professeurs en question trouvaient suffisamment de temps pour aller dispenser des cours au niveau des écoles privées de Saint-Louis en étant payés par l’Etat du Sénégal qui est pourtant confronté à un manque avéré de personnels dans d’autres écoles publiques. D’un point de vue éthique et moral, le Prytanée Militaire ne pouvait continuer de laisser une telle situation perdurer.
Les contestataires de la décision ne se soucient nullement des intérêts des enseignés mais bien des leurs. Quand un professeur a moins de dix heures de cours par semaine, est logé sans bourse délier par les armées (valable pour une bonne dizaine parmi eux avec la gratuité de  l’eau et de l’électricité et tout en continuant de toucher leur indemnité de logement),  enseigne dans des classes où le niveau est excellent avec vingt-cinq élèves au maximum et dispose de suffisamment de temps pour gagner de l’argent dans des écoles privées, il y’a bien des raisons de se faire entendre pour conserver tant de privilèges.
Certains parmi eux ont fini de bâtir et de mettre en location leurs maisons dans la zone dans le cadre de leur coopérative d’habitat (qui a reçu un appui décisif de l’école pour bénéficier de l’attribution des terrains) et continuent à résider dans les logements mis à leur disposition.
Les autres qui habitent en ville sont transportés par le bus de l’école qui effectue des navettes régulières et conformément à leur emploi du temps quotidien.
Toutes les missions effectuées à l’extérieur de l’école et les cours de renforcement, sont payés en espèces aux enseignants. Et il a même été remarqué que des professeurs dispensaient des cours particuliers payés par des parents à des élèves de l’établissement, ce qui est aux antipodes des valeurs de l’école. En effet, au Prytanée Militaire, tout est axé sur le mérite et tous les élèves quelles que soient leurs origines sociales, bénéficient du même traitement car l’école de la République a l’obligation de garantir à tous une égalité des chances. Et une telle rupture ne peut être cautionnée ou tolérée.
Le choix de maintenir ce creuset d’éducation dans la voie résolue de l’excellence et de la discipline en tenant compte des mutations technologiques et scientifiques, est irréversible et seuls ceux qui sont en mesure d’y contribuer efficacement seront maintenus dans le dispositif.
Il est scientifiquement établi en gestion des ressources humaines que l’usure et la routine sont des freins à la performance. Parmi ceux qui revendiquent vingt-cinq ans de présence à l’école, nous rappelons qu’ils nous ont enseignés et ont eu certains fils de nos camarades comme élèves à l’école.
La mesure qui fait l’objet du débat a été prise après une sérieuse réflexion et en parfaite entente avec la hiérarchie qui a donné son aval. D’ailleurs c’est pourquoi l’état-major des armées reste droit dans ses bottes et soutient la ligne tracée, la sortie de la DIRPA en constitue une parfaite illustration.
Grande a quand même été notre déception quand nous avons ouï dire que le slogan ”oubi téyy djangg téyy” allait se muer en ”oubi téyy takk téyy”. Une déclaration si incendiaire et si pyromane démontre éloquemment que de tels profils n’ont pas leur place dans une caserne militaire où la discipline et le bon sens doivent être les maîtres mots.
Aucun professeur n’a été formé à l’Ecole Normale pour enseigner exclusivement au Prytanée Militaire et que les autres élèves du Sénégal, fils de contribuables eux aussi, ont bien le droit de bénéficier de bons enseignants. Les cris d’orfraie n’y feront rien car la légalité a été respectée sur toute la ligne et en parfaite conformité avec les textes réglementaires régissant l’école.
Par devoir et par gratitude, nous ne pouvons manquer de remercier tous ces professeurs pour les nombreux services rendus pendant tant d’années. Que Dieu leur éclaire la voie.Sarakhe NDIAYE
Ancien Enfant de Troupe