NETTALI.COM – Il y a eu beaucoup d’affabulations portées par les cancans autour des relations entre Abdou Diouf et Ousmane Tanor Dieng. Une seule fois, en 2010, via un entretien accordé au défunt Week-end magazine, l’ex-ministre d’Etat a fait les révélations que voici sur ces relations.

On sait que c’est en 1976 que celui qui est présenté comme le « Colin noir » commence son service au sein de l’administration sénégalaise où il occupe successivement les fonctions de conseiller chargé des affaires internationales au ministère des Affaires étrangères (1976-78), conseiller diplomatique auprès du président Léopold Sédar Senghor (1978-81), puis auprès du président Abdou Diouf (1981-88). On sait aussi que c’est en 1988 qu’il il est nommé directeur de cabinet, puis ministre-directeur de cabinet auprès du président Diouf, poste qu’il occupera jusqu’en 1993, année où il est nommé ministre d’État, ministre des Services et des affaires présidentiels. On n’a pas précisé qu’en 1978, le conseiller diplomatique du président de la République était un certain Barro, qui deviendra ambassadeur du Sénégal en Irak, au moment de l’éclatement de la crise entre Bagdad et Téhéran. Tanor était, en fait, le conseiller diplomatique numéro 2 de Léopold Sédar Senghor, au moment de son affectation à la présidence.

Dans son numéro du 20 au 26 mars 2010, le défunt hebdomadaire Week-end magazine revenait sur l’alternance démocratique du 19 mars 2000, dix ans après.

C’est ainsi qu’il a interrogé plusieurs acteurs-clé, dont feu Ousmane Tanor Dieng.

Ce dernier a révélé comment il a connu Abdou Diouf.  « Diouf et moi avons eu des relations fortes depuis que le président Senghor m’a recommandé à lui. Il y a eu une grande confiance entre nous. Je m’évertuais à lui dire la vérité chaque fois. On avait souvent des points de vue divergents, mais chaque fois que je lui expliquais les situations, j’ajoutais que c’est à lui, Président, qu’incombait la décision finale. Et je respectais ses décisions. Il lui est arrivé plusieurs fois de ne pas faire ce que je lui recommandais. Par la suite, il lui arrivait souvent de me dire que c’est moi qui avais raison », déclare Tanor Dieng.

« Diouf m’a connu à travers les notes et les analyses que je lui envoyais. Il ne connaissait que ma plume. C’est le jour du voyage de Senghor que Diouf a fendu la foule pour me demander si c’était bien moi Tanor. Il m’a alors dit que Senghor lui avait dit beaucoup de bien de moi et qu’il espérait qu’on ferait du bon travail tous des deux », poursuit-il, son récit.

« Mes ambitions de diplomate étaient d finir à Genève ou New-York comme ambassadeur ou dans les organisations internationales. La providence en a voulu autrement quand Senghor est venu me chercher en me disant qu’il avait besoin de quelqu’un qui sache bien écrire. C’est comme ça qu’on m’a proposé. Et il m’a pris. Je n’étais pas du tout destiné à la politique, au début. Je suis alors devenu conseiller diplomatique de Senghor et je lui faisais des notes sur les questions internationales. Je participais et j’écoutais les réunions auxquelles il prenait part. C’est ainsi que j’ai appris à faire des discours et des notes en politique interne et sur le parti. C’est sûrement en me voyant faire qu’on pouvait faire de moi un homme politique. Progressivement, je suis entré dans le champ politique. Certainement, pieds et poings liés. A ce moment, mon ambition n’a jamais été de devenir président ou ministre », précise-t-il sa pensée.

« En réalité, c’est quand je suis devenu directeur de cabinet que je me suis rendu compte que je ne pouvais m’en tenir à mon rôle uniquement technique. Diouf, qui est un homme d’une grande finesse, m’a initié petit à petit à la politique. Il m’expliquait comment lui-même  y est parvenu. Je ne sais pas exactement  quand je me suis rendu compte que je faisais de la politique. C’est au fur et à mesure que je comprenais. Quand je partais au village, les gens participaient aux congrès et je les aidais petit à petit. J’ai ainsi pris part à la section, ensuite la coordination régionale. On m’a aussi donné un poste dans le bureau politique aux relations internationales », se rappelle-t-il.