NETTALI.COM – Les révélations de la Bbc sur le scandale Pétro-Tim semblent avoir fait des dégâts au sein du régime de Macky Sall. Particulièrement gênante pour le pouvoir à cause des relations de parenté entre le président de la République et le «principal accusé», cette affaire a fini de mettre à nu les failles de la communication du gouvernement, mais aussi du parti au pouvoir.

 Aliou Sall doit se sentir bien seul par ces temps qui courent avec les révélations explosives de la Bbc sur le scandale Pétro-Tim. Dos au mur, le frère du président de la République semble se perdre dans sa communication. Il y a d’abord cette précipitation avec laquelle il a convoqué la presse quelques heures seulement après la sortie de l’enquête du média britannique. Par ce procédé, le frère du président de la République a pris le risque de faire face à des questions auxquelles il n’avait pas forcément réponses. Pourtant, tous les spécialistes le savent, «en communication de crise, le communiqué est plus efficace que la conférence de presse», surtout lorsqu’on n’est pas en possession d’arguments bétons. L’on notera aussi dans cette conférence de presse que l’inconsistance des arguments relevés pour affaiblir l’élément de BBC faisant état de l’inexistence d’une manifestation contre l’affaire sans oublier l’absence d’équilibre de l’information reposant sur le simple fait de n’avoir donné la parole qu’à des opposants au pouvoir. Il y a pourtant bien eu des manifestations, mais intégrées dans le cadre de séries de manifestations à thèmes divers de l’opposition.

Aliou Sall avait aussi accepté l’invitation de Mamoudou Ibra Kane pour son émission Le jury du dimanche sur i-radio. Aux dernières nouvelles, il a préféré décliner l’invitation. Preuve d’un cafouillage dans sa communication ?

Il s’y ajoute que dans cette affaire, Aliou Sall cherche bouclier en vain. La preuve : presque tous les responsables de la mouvance présidentielle et même de l’Alliance pour la république (Apr) se terrent depuis la publication de l’enquête explosive de la Bbc. Si certains boudent pour faire payer à Macky Sall leur limogeage du gouvernement, d’autres disent ne rien maîtriser de cette affaire. Une affaire au fond bien difficile pour le puzzle qu’il constitue.

En fait, ils semblent tellement seuls face à leurs accusateurs que le chef de l’Etat a été, lui-même, obligé de monter au créneau pour défendre son petit frère. Visiblement gêné, le président de la République a ensuite envoyé au charbon la porte-parole du gouvernement. N’ayant aucune maîtrise de ce dossier bien embarrassant, Ndèye Tické Ndiaye Diop, encadrée par El Hadji Hamidou Kassé, s’est contentée de lire un texte préparé à l’avance avant de plier bagages. Aucune question des journalistes. Elle est bien loin l’époque où Mouhamad Boun Abdallah Dionne, alors chef du gouvernement, montait au créneau pour non seulement défendre Macky Sall et son frère, mais aussi menacer la presse. «Nous ne pouvons plus laisser prospérer les propos diffamatoires, les allégations sans fondements et les attaques malveillantes. Ça, c’est terminé. Il faut qu’on soit clair. Le gouvernement prendra toutes ses responsabilités pour défendre l’intérêt général, pour défendre l’intérêt national. Désormais, quiconque diffusera de fausses nouvelles, s’exposera à la rigueur de la loi. De la loi pénale, je veux dire», avait déclaré l’ancien Premier ministre en septembre 2016 quand des personnes comme Ousmane Sonko, Abdoul Mbaye, Birahim Seck… ont soulevé l’affaire Pétro-Tim.

Aujourd’hui, tout indique qu’aucun des hauts responsables du pouvoir ne veut se mêler à cette affaire Pétro-Tim. En tout cas, pas pour le moment. Les quelques rares qui s’y aventurent, se limitent à donner à la Bbc, des leçons d’éthique ou même de rappeler les règlements de la collecte et de traitement de l’information. Mais dans le fond, les arguments solides sont très rares. Une affaire très difficile au fond car il faut savoir par quel bout la prendre. S’en mêler juste pour faire plaisir au Président Sall sans toutefois avoir les armes appropriées, pourrait se révéler bien plus catastrophique pour ceux qu’on voudrait aider. Résultat : les Sall se sentent bien seuls.