NETTALI.COM - Dans un entretien, le chef de l’État alerte sur les dérives possibles au sein de son parti et appelle à revenir à ses fondamentaux.

Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a adressé un avertissement clair à son propre camp politique. Dans un entretien accordé ce samedi, il estime que la trajectoire actuelle de Pastef, dirigé par Ousmane Sonko, pourrait fragiliser le parti à long terme.

Ancien secrétaire général de Pastef, Diomaye Faye est revenu sur l’histoire et la structuration du parti, dont il dit avoir contribué à poser les bases, notamment lors de l’Assemblée générale de 2014. S’il reconnaît le rôle central joué par Ousmane Sonko dans l’essor du parti, il alerte toutefois sur une évolution qu’il juge préoccupante. « Avec la radiation, ils ont commencé à installer la personnification », a-t-il affirmé.

Selon lui, cette dynamique est apparue à partir de 2018-2019, au moment où le leader du parti gagnait en visibilité. Le chef de l’État insiste sur un point : le projet politique de Pastef n’a jamais été conçu autour d’un homme, mais autour d’une vision collective. Il rappelle d’ailleurs une position attribuée à Ousmane Sonko lui-même : le Sénégal n’a pas besoin de « messie » ou de « héros », mais d’une masse critique de citoyens engagés. « Sonko n’a jamais cru au messianisme », souligne Diomaye Faye.

Malgré cela, le Président estime que la trajectoire actuelle du parti s’éloigne de ces principes. « Si ses membres ne la stoppent pas, Pastef risque de se détruire », a-t-il averti.

Pour lui, le danger réside dans une confusion entre le projet et la personne qui l’incarne. Bassirou Diomaye Faye plaide ainsi pour un retour à une distinction claire entre le projet politique, appelé à durer dans le temps et le leader, qui ne doit en être qu’un porteur temporaire. « On ne peut construire cela autour d’une personnification outrancière du projet », a-t-il martelé.

Il insiste également sur les valeurs fondatrices du parti : la délibération, la contradiction et le choix démocratique. Pour le chef de l’État, l’enjeu dépasse les considérations immédiates. Il estime que si le projet politique de Pastef doit s’inscrire sur plusieurs décennies, il doit transcender les générations et ne pas dépendre d’une seule figure.